Les projets liégeois des exécutifs
GUTIERREZ,RICARDO; BODEUX,PHILIPPE; WAUTERS,LAURENCE
Page 18
Mardi 14 juillet 2009
Province La nouvelle majorité à la Région et à la Communauté avance ses pions
Avec l’olivier, les provinces ne passent pas à la trappe mais vont subir une réforme pour se muer en ce que la déclaration de politique régionale appelle des « entités de gestion des intérêts supra-communaux ». Contrepartie : pour simplifier, il y aura un basculement vers la Communauté ou la Région des compétences provinciales telles que le logement, la gestion des voiries, les relations internationales, l’énergie, le patrimoine et le contentieux électoral.
« C’est le recentrage de notre core business, déclare le député permanent André Gilles. Les provinces wallonnes ont construit un modèle dans lequel nous sommes chargés de la coordination des communautés urbaines. En outre, avec l’effet de taille, nous pourrons épauler les plus petites communes, pour un appui logistique par exemple ».
Il y a un bémol : le basculement des compétences en matière de patrimoine pourrait avoir un impact sur les rénovations de bâtiments classés. Rappelons que la province de Liège abrite 40 % du patrimoine classé de Wallonie : « Souvent, la Province de Liège intervient dans la restauration de patrimoine à raison de 1 à 15 % du montant des travaux, note André Gilles. Si nous n’avons plus cette attribution, la Région prendra-t-elle ce volet financier en charge ou limitera-t-elle les rénovations ? Les deux derniers ministres du Patrimoine étaient liégeois (Michel Daerden, puis Jean-Claude Marcourt). Au cabinet de ce dernier, on se veut rassurant : « Même si cela n’a pas été spécifié noir sur blanc, en toute logique, s’il y a glissement de compétences il y aura ajustement de budget ». À suivre…
Le tram
« Développement progressif d’un réseau en complémentarité avec les autres transports »
Si la nouvelle majorité wallonne confirme le retour du tram à Liège, elle ne s’avance guère sur l’ampleur du réseau. Une seule ligne Herstal-Jemeppe ? Un réseau en croix dans le noyau urbain liégeois ? « Au moins le débat reste ouvert », déclare François Schreuer de l’association Urbagora qui souhaite la création d’un comité de concertation intégrant les associations et les comités de quartier. « En ce qui nous concerne, nous défendons la réalisation d’un réseau urbain allant d’Amercœur à Fontainebleau et de Coronmeuse à Sclessin, là où l’impact urbain est majeur et la demande est la plus forte. De plus, il vaut mieux, pour Liège, de réaliser les travaux en une fois que de laisser traîner ça des années. La réussite du tram en dépend. Enfin, le réseau en croix permet de libérer de place au centre-ville avec la disparition des terminaux de bus. Par la suite, ce réseau droit être prolongé vers Seraing et Herstal. » L’accord prévoit aussi une complémentarité avec le train (REL) ce qui augure une offre eurégionale de transport public.
Le train
« Améliorer les dessertes urbaines SNCB par des services de type RER autour de Liège »
Pourquoi se contenter du tram et des bus alors que l’infrastructure ferroviaire existante permettrait d’activer, à moindre coût, un Réseau express liégeois (REL) ? C’est la réflexion que semblent avoir menée les négociateurs du programme du nouveau gouvernement wallon. « Il était temps », commente un observateur, rappelant que l’Université de Liège a publié, dès 1989 (voici 20 ans !), une étude de Jean-René Lejeune intitulée « Pour un réseau express liégeois ». Les meilleures idées prennent parfois du temps à s’imposer. Il aura fallu dix ans pour le conseil communal de Liège vote une motion en faveur du REL (en 1999). Et dix années de plus pour voir la Région s’accorder sur cette priorité. Entre-temps, des gares (Haut-Pré, Tilleur, Comblain…) et des lignes ont été supprimées. « Mais aménager des quais n’est pas un chantier insurmontable et impayable », réagit-on chez Infrabel, qui estime néanmoins qu’« un accord préalable s’impose entre l’opérateur SNCB et le gouvernement wallon ». Suspense !
La liaison CHB
« Ne pas poursuivre la liaison CHB et examiner les conséquences de cette décision (…) »
Reportée mais pas abandonnée : c’est le sort réservé actuellement à la liaison autoroutière Cerexhe-Beaufays. Certains y verront une exigence des Verts pour participer au gouvernement, d’autres une simple question budgétaire. « Moi, je remarque qu’Écolo était pour l’abandon pur et simple de la construction de cette autoroute avec pour conséquence la suppression de la zone de réservation et la fin des expropriations des riverains, déclare Frédéric Falisse, chef de file des opposants à CHB. Écolo a peut-être baissé pavillon sur cette question : à la lecture du texte, on ne sait toujours pas si la zone de réservation va être abandonnée. Or, c’est ce qu’on demandait. Le texte est volontairement flou, c’est la preuve qu’il y a encore des hommes politiques qui s’y accrochent. Et ce n’est pas parce que CHB est encore reportée d’une législature qu’elle ne se fera pas. Où sont les grandes déclarations de lutte contre le réchauffement climatique, de diminution de la pression automobile ? Écolo pouvait en finir avec CHB. Ce n’est pas le cas. »
L’aéroport
« Raccordement de Bierset à la ligne TGV fret (projet Euro-Carex) »
Trois pages sont consacrées aux aéroports wallons dans la note gouvernementale. L’accent est plutôt mis sur leur développement plutôt que sur la fin des vols de nuit… comme le réclamait Écolo à une certaine époque. À Liège, outre la valorisation économique des terrains autour de l’aéroport (300 ha), il est prévu de poursuivre le projet TGV Fret et biologistique tout en diminuant progressivement l’investissement public et veillant au respect des limites de bruit, quitte à interdire du tarmac liégeois les avions trop bruyants. « C’est un package équilibré même si nous sommes un peu inquiets quant à l’interdiction de certains avions », juge Luc Partoune, directeur de Liège Airport. « La Région continue à soutenir le TGV Fret, c’est un minimum », déclare Jean-Pierre Grafé, président de Liège Carex. Pour rappel, il s ’agit de construire un terminal TGV Fret au nord de la piste et de le connecter à la ligne TGV Bruxelles-Liège de manière à relier l’aéroport de Liège à d’autres aéroports européens embarqués dans le projet.
Les particules fines
« Réduction de la production de particules fines émises dans certaines industries »
Les Liégeois – les cyclistes en particulier – étouffent sous l’effet des particules fines. Ces polluants émis principalement par les moteurs au diesel, les fours industriels ou les chaudières tuent, chaque année 10.000 à 13.000 personnes en Belgique. Liège est le site wallon qui enregistre le plus grand nombre de dépassements de la norme autorisée, avec 48 journées « rouges », depuis le début de l’année (là où l’Europe n’en autorise que 35 par an !). La Commission européenne vient de constater que la Région wallonne n’avait pas pris toutes les mesures qui s’imposent, depuis 2005… Le gouvernement wallon n’avait donc d’autre choix que d’« étendre les mesures de réduction de la production de particules fines émises dans certaines industries, dans certaines zones à risques ». « Mais on ne peut s’en contenter, commente un expert : Le fédéral doit embrayer et impérativement mettre un terme au régime fiscal de faveur accordé aux voitures de société et au carburant diesel ». Une autre paire de manches…
