Compostelle vert et solidaire

LEJEUNE, REGINE

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Jeudi 23 juillet 2009

Hainaut occidental La Démarche de l’après-croissance rejoint Ath

La nuit fut courte mais bonne : passée sous une tente ou à la belle étoile près du feu, sur l’une des prairies de la Ferme bio du Dôrloû, à Wodecq (Ellezelles). En ce mercredi matin, dernier jour de la troisième édition de la « Démarche de l’après-croissance », les derniers démarcheurs émergent doucement. Assis autour d’une table en bois, ils tiennent dans une main, un verre ou un bocal de café et une tartine de confiture (de leur cru) de pommes et de myrtilles, dans l’autre. La veille, l’heure était à la fête. Le groupe avait convié les campeurs en vacances à la Ferme, histoire, notamment, de leur expliquer leur « Démarche ». « Comme la plupart étaient Hollandais, la discussion s’est faite dans les deux langues », explique Marie. « Très chouette rencontre », précise Cathy. Rencontrer, échanger, partager font résolument partie du vocable des démarcheurs.

En ce soir de fête, l’heure était aussi au bilan de ces deux semaines de « Démarche », de Tournai à Ath, en passant par le pays des Collines. Il y eut ainsi les sept étapes dont la nuit, parmi les moutons, dans la réserve naturelle de « Frasnes-les-Bassins » ou encore la fabrication de flûtes et de cerfs-volants. « Tiens, on l’essaierait bien ce matin, avec tout ce vent », propose l’une des démarcheuses. Il y eut aussi les jours de réflexion au « Camping du bonheur », à Maubray, où les questions de souveraineté alimentaire et d’objection de croissance ont été au cœur des débats ; sans oublier les quatre jours à la Ferme du Dôrloû. Des activités organisées avec Reclaim the fields y étaient proposées : débats, discussion, trucs et astuces pratiques autour de l’installation paysanne avec des acteurs de l’agriculture bio, et deux jours d’immersion à la Ferme.

Au bout de ces deux semaines, démarcheurs de la première heure ou petits nouveaux, présents pour quelques jours ou plus longtemps, Wallons, Bruxellois, Gantois et même Lillois, sortent renforcés de leur croyance en une autre société. Celle de l’après-croissance.

Sans charte, sans statut juridique, la Démarche est un « collectif flou » sans étendard religieux, syndical ou politique. « On tente de construire une grille de réflexion par rapport à la société normale », explique Cathy. « La démarche nous permet d’expérimenter des solutions politiques auxquelles nous croyons », affirme quant à lui Bastien. Où le vivre ensemble prend tout son sens. Où le processus décisionnel se fait en groupe, grâce à un système de prise de parole en cercle qui tend à trouver un consensus maximal.

Une société respectueuse de l’environnement où l’autonomie dans la gestion des ressources est visée et dans laquelle on tend à consommer ce que l’on produit soi-même. « Mercredi soir, tout ce qu’il y avait sur le buffet, nous l’avions produit nous-mêmes. C’est un véritable bonheur, ça ! », s’exclame Bastien.

Pour lui et ses comparses, il est plus que temps, en cette période de crise, de proposer des alternatives au modèle économique et sociétal actuel. Plus respectueux d’autrui et de la planète. Ou l’on peut s’arrêter de courir pour marcher et prendre le temps. Pour l’heure, une utopie. Un autre lieu, parcouru l’espace de deux semaines.

Durant quinze jours, beaucoup de démarcheurs se sont rencontrés, jusqu’à soixante à certains moments.

Durant quinze jours, beaucoup de démarcheurs se sont rencontrés, jusqu’à soixante à certains moments.

Ils sont à la recherche d’un autre modèle économique, basé sur le respect de soi, d’autrui et de l’environnement, où l’on consomme ce que l’on produit.

« Il faut remettre du sens dans la vie et dans la bouffe… »

Marie 26 ans, de Pommerœul

Je suis venue ces quatre derniers jours mais j’étais déçue de ne pas pouvoir être là durant les deux semaines à cause de mon travail. Je sens que je n’ai plus les mêmes réactions qu’au début, notamment pour prendre une décision en groupe. Maintenant, ça me semble important de laisser une discussion mûrir. J’ai aussi trouvé qu’il y avait beaucoup de tendresse et de soutien dans la « Démarche ». C’est merveilleux de rencontrer des gens qui ont la même démarche que toi, qui estiment qu’il y a moyen de proposer une alternative à la société actuelle. Dans quelques jours, je vais monter un collectif agricole en Allemagne. Tout le monde me disait : « monter une ferme, ce n’est pas rentable ». Mais c’est quoi la rentabilité ? Bien sûr, l’agriculture, c’est dur mais c’est aussi magnifique. Il faut pouvoir trouver un équilibre entre ses rêves et les risques que l’on prend. Et moi j’estime qu’il faut remettre du sens dans la vie et dans la bouffe.

« Poser la question de la nourriture, c’est se questionner sur sa qualité »

Ben 40 ans, d’Assesse

Je suis arrivé à la Ferme jeudi dernier. Mais j’avais participé à quelques réunions de préparation et soutenu quelques idées. Et puis, j’avais participé aux deux mois de la « Démarche », l’an dernier. Cette année, il y a eu beaucoup de gens et aussi quelques nouveaux qui sont arrivés avec de nouveaux critères, ce qui a permis de redynamiser le processus. Cela a permis aussi de se défaire de nos réflexes de la société normale. Ici, manger est un questionnement. On est proche de nos besoins primaires. On pose la question : que mange-on, demain ? Qui a une idée ? Poser la question de la nourriture, c’est aussi se questionner sur sa qualité. Cela a permis aussi de remettre en cause mes propres décisions. La vie en groupe, sans hiérarchie qu’on aurait pu tirer de la société, cela amène une prise de risques. Pour rechercher le consensus, on doit prendre du recul par rapport à sa première idée et trouver une solution qui réunira tout le monde.

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