Nouvel envol pour l’Ange gardien
BODEUX,JEAN-LUC
Page 18
Mardi 11 août 2009
Orval Transformations et extension radicales
Le projet est pour le moins ambitieux, à tel point que certaines personnes qui connaissent le dossier estiment qu’il est démesuré. Mais la communauté trappiste considère qu’elle n’avait pas le choix et qu’il faut vivre avec son temps et une certaine ambition touristique. « Le bâtiment était hors norme du point de vue de l’Afsca, inutilisable aux étages », commente frère Xavier, responsable du projet.
Du bâtiment actuel, qui n’est pas classé, il ne restera plus que les façades de face et de côté, d’un style art déco de type « paquebot » assez rare dans le sud du pays. « Un moment, on a songé à préserver les carrelages des murs intérieurs, mais ce serait dérisoire. Il n’y a aucune sécurité incendie, pas de trottoir. La structure du bâtiment, tout en béton, ne permet pas d’adaptation minimaliste. » Le gestionnaire actuel de l’Ange Gardien, Willy De Hertog, a développé une clientèle locale et régionale, avec de la petite restauration de terroir et a étendu ses semaines d’ouverture, car voilà 15 ans, l’auberge était fermée durant 5 mois. « Mais le but premier reste l’accueil des touristes, poursuit frère Xavier. Orval était un passage obligé pour des pèlerinages en bus. Beaucoup de Français passaient ici à la messe de 11h puis mangeaient à l’Ange gardien, avant d’aller à Banneux et Beauraing. Cette clientèle a disparu. Les mentalités ont changé, mais avec les touristes de passage, il n’y a plus de place. Les tours operators passent outre ! »
L’Auberge peut accueillir 250 personnes, avec sa terrasse extérieure, mais « elles sont serrées comme des sardines, et assises sur des tabourets. La salle est sombre, bruyante. Il n’y a pas de WC pour personnes à mobilité réduite. C’est paradoxal, mais cela plaît malgré tout. Nous devons nous positionner professionnellement tout en retrouvant ce climat familial et chaleureux actuel. Le projet a été confié aux architectes Eric Hance – qui travaille depuis des années pour l’abbaye – et Bertrand Ridremont. »
Que deviendra l’Ange Gardien ? « L’Afsca exige que la moitié de la surface soit occupée par des services techniques. Cela permettra de travailler sur place, ce qui n’est pas le cas actuellement. » L’ancienne aile ne sera plus accessible au public. Le rez sera la partie professionnelle et aura une salle d’accueil de la brasserie qui n’en possède pas. Les réserves vont être agrandies. A l’étage, la communauté a voulu une salle culturelle de 100 places, pour des conférences et colloques, externes ou liés aux pensionnaires. Dans la nouvelle aile, on trouvera une salle pour les tours operators et une pour les visiteurs classiques, ainsi qu’une terrasse. Cet aspect semble trop majestueux pour ceux que le projet irrite. Last but not least, un chemin d’accès sera créé dans la forêt voisine, donnant un accès direct au départ de l’abbaye, limitant ainsi la cohabitation piétons-voitures.
D’autres projets
L’Ange gardien sera le projet numéro un de l’abbaye. Mais pas le seul. La communauté a aussi dans ses cartons la rénovation du bâtiment Abraham Gilson… Qui aurait dû être fonctionnel au printemps 2009 mais les moines attendent toujours la signature du ministre du Patrimoine. Il permettra d’évoquer la fabrication de la célèbre trappiste. L’autre projet est la transformation d’un fond de vallée humide en réserve naturelle domaniale.
L’auberge de l’Ange Gardien a été érigée en 1932, dans l’urgence. Lorsque les premiers moines reviennent à Orval en 1926, pour la reconstruction de l’abbaye, il n’y avait aucun lieu d’accueil pour les familles. Or, à l’époque, quasiment personne n’entrait dans le monastère. La communauté a donc construit ce lieu comme hôtellerie des familles des frères. L’architecte Vaes a sorti les plans d’un bâtiment tout fait, qui n’était pas destiné à Orval. D’où son style particulier. (J.-L. B.)
