Le citoyen n’est pas un numéro

DORZEE,HUGUES

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Jeudi 13 août 2009

Une circulaire ministérielle permet désormais à tous les policiers de collecter, stocker et transmettre à l’Office des étrangers un maximum de données, y compris les plus sensibles, au sujet d’un étranger en situation irrégulière. Et ce dans le but de faciliter son expulsion.

Au même moment, le ministre de la Justice s’apprête à faire passer un projet de loi obligeant les fournisseurs d’accès à internet à conserver durant deux ans des données électroniques afin de permettre aux autorités judiciaires de traquer les infractions pénales. Dans les deux cas, un droit fondamental est mis à mal : la protection de la vie privée du citoyen.

La Belgique n’est pas une dictature fasciste. Les libertés civiles et politiques y sont immenses. Mais, qu’on le veuille ou non, nous évoluons chaque jour

un peu plus vers une société

de la surveillance.

Puces électroniques, caméras

de vigilance, bases de données, fichiers policiers... Avec l’avènement des nouvelles technologies, le contrôle social est devenu la norme. Via son PC, ses réseaux sociaux, ses mails, sa carte de supermarché ou sa plaque d’immatriculation, le citoyen est devenu, malgré lui, un « numéro » – de consommation, de registre national, d’habitudes sociales... Que l’on trace à l’envi. Que l’on encode, stocke et classifie. Et que des autorités publiques (police, administration...) et, plus encore, que des opérateurs privés (télécoms, sociétés de marketing, banques...), exploitent outrageusement (et à quel prix ?). Car, dans notre monde globalisé, ces millions de données électroniques sont devenues un enjeu commercial considérable.

Est-ce un bien, est-ce un mal ? A chacun d’en juger. Une certitude : la transparence et l’égalité de traitement des citoyens devant l’Etat de droit sont loin d’être assurées. Et les organes de contrôle, comme la Commission de la vie privée, le Comité P ou le Comité R, sont relativement impuissants, parce qu’ils manquent de soutien politique, de moyens ou d’ambition.

Combattre la criminalité, assurer l’ordre public, maintenir la sécurité, ce sont là des missions essentielles en démocratie. Mais pas sans garde-fou. Le citoyen n’est pas un numéro et sa vie privée a un prix. Celui de la liberté.

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