Le bilan carbone ne cartonne pas
DE SCHRIJVER,MARIE
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Lundi 24 août 2009
Environnement Quels outils pour lutter contre le réchauffement climatique ?
Aujourd’hui, la réflexion, la conscientisation se mènent à tous les échelons. Quelles sont, dès lors, les actions privilégiées par les communes bruxelloises ?
Depuis plusieurs années, différents outils et programmes sont mis à la disposition des pouvoirs locaux : URE (Utilisation rationnelle de l’énergie), Plage (Plan d’actions pour la gestion énergétique), Agenda 21…
Depuis 2007, certaines communes s’intéressent plus particulièrement à un autre outil, né en France : le bilan carbone. Certaines villes y ont déjà eu recours, c’est le cas notamment de Bruxelles et de Charleroi. Mais la précision et l’actualisation des données pour notre capitale sont décriées, notamment par Didier Gosuin, bourgmestre d’Auderghem. La commune du sud de Bruxelles est pionnière en la matière. Elle a présenté, au printemps 2008, son bilan carbone. Uccle a suivi quelques mois plus tard. Et aujourd’hui, Saint-Gilles annonce un premier bilan carbone pour le printemps 2010.
Mais en quoi consiste exactement le bilan carbone ? Les éléments étudiés, la méthodologie peuvent varier d’un bureau d’études à un autre, mais dans tous les cas, on dépasse le simple audit énergétique désormais largement pratiqué sur les bâtiments des communes bruxelloises. Cet état des lieux a pour objectif de chiffrer, le plus précisément possible, l’impact environnemental de l’entité, en calculant les émissions de gaz à effet de serre, directes et indirectes, de chaque secteur d’activité, en prenant en compte différents polluants. L’administration, les habitants, les transports et déplacements, le logement, l’activité économique… Tous les émetteurs de CO2 présents, ou ayant des répercussions sur le territoire communal, sont inclus dans ce bilan. En ville, la principale source de CO2 est l’usage domestique, le chauffage étant le poste le plus important.
De l’observation à l’action. Du bilan au plan. Elaboré sur base des chiffres, le plan carbone donne des pistes de réflexion pour une action concrète à hauteur de la commune. Ce diagnostic est un outil supplémentaire pour guider les politiques publiques dans leurs démarches de développement durable.
Si les données chiffrées sont propres à chacune des communes passées sous la loupe carbone, certaines pistes qui s’en dégagent sont, par contre, aisément transposables à toute autre. La majeure partie des communes bruxelloises se disent intéressées par un tel outil, mais estiment que ce n’est pas une priorité, au regard des finances. Reste alors l’option d’un cofinancement, à l’image de Saint-Gilles.
Trois communes sur dix-neuf ont recours au bilan carbone
Une cogénération pour novembre
C’est le fief du FDF Didier Gosuin qui a la primeur du bilan carbone à Bruxelles, et même en Belgique (Charleroi a suivi à quelques mois près). Un diagnostic commandé par Auderghem en 2007, sur base des données 2006, qui a déjà donné lieu à un inventaire de mesures. « Nous avons déjà voté toute une série d’actions. La rénovation de bâtiments communaux, de nouvelles constructions, une sensibilisation du personnel suivie de mesures coercitives, une sensibilisation des habitants mais aussi des entreprises présentes sur notre territoire, et surtout les grandes surfaces, grosses émettrices de gaz à effet de serre », explique le bourgmestre d’Auderghem.
Un des grands projets nés du plan carbone sera opérationnel dès le mois de novembre de cette année, une nouvelle première bruxelloise : la mise ne place d’un système de cogénération dans la maison communale, mais aussi au centre culturel. « Cela devrait permettre de diminuer la facture énergétique de 20 à 25 % pour ces deux bâtiments. »
Le bourgmestre se dit satisfait de l’outil « bilan carbone », payé sur fonds propres par la commune. Bon instrument de sensibilisation et de vulgarisation, notamment à l’adresse des habitants, il reviendrait cependant à la Région de prendre cette responsabilité. « On le fait au niveau communal parce qu’il y a un vide à la Région. En soi, ça n’a beaucoup de sens à notre échelle. L’idéal serait un vrai bilan pour toute la Région, en incluant l’hinterland économique autour de Bruxelles », plaide Didier Gosuin.
UCCLE
Un plan d’action dès septembre
Uccle ne dévoilera pas les mesures les plus audacieuses inspirées par son bilan carbone. Pas avant un mois et leur adoption par le collège et le conseil communal. Mené sur base des données 2007, financé sur fonds propres, il a fourni un état des lieux et des objectifs. Mais le plus concret est à venir. Le plan carbone doit encore passer l’étape de l’approbation.
L’administration communale, les missions de service public, le tissu économique et l’entièreté de l’activité sur le territoire communal sont passés au peigne fin pour dégager des pistes limitant les émissions de gaz à effet de serre. Parmi celles-ci : le recours à l’électricité verte (déjà adoptée en 2009) et la réduction des consommations électriques et de combustibles. Le recours au covoiturage pour un quart des employés de l’administration, une meilleure gestion des véhicules et des achats plus « propres », une réduction de la consommation du papier, l’achat de biens nécessitant moins d’émissions de gaz à effet de serre, garanti par des clauses dans les marchés. Mais aussi, la valorisation des déchets pris en charge à la déchetterie, des incitants fiscaux pour l’achat de véhicules « propres » par les habitants et un travail de sensibilisation. Enfin, la mise sur pied de groupements d’achats durables, ou encore une sensibilisation à l’alimentation à faible émission de carbone.
« Le bureau d’études fournit également un outil informatique permettant à nos services d’évaluer les progrès enregistrés a posteriori », précise encore Marc Cools, échevin de l’environnement.
SAINT-GILLES
Premiers chiffres au printemps 2010
D’ici huit mois, Saint-Gilles devrait rejoindre le cercle restreint des communes bruxelloises présentant un bilan carbone. A la différence d’Uccle et Auderghem, la petite commune du centre profite d’un cofinancement fédéral, via le programme Politique des grandes villes. « Ce bilan calculera les émissions de gaz à effet de serre générées sur l’ensemble du territoire communal et par l’ensemble des activités liées au service communal. Le but premier sera de sensibiliser les différents acteurs, pour ensuite diminuer ces émissions. La comptabilité carbone n’est pas une fin en soi, elle sera accompagnée d’une série de recommandations, leurs coûts, les priorités… », explique l’échevin Carlo Luyckx.
Pour l’instant, la commune en est seulement à l’appel d’offres. 60.000 euros ont été débloqués et le bureau d’études pourrait être désigné dès la fin septembre. Saint-Gilles prévoit une présentation du bilan dès avril 2010. Ces données serviront notamment de relais à l’Agenda 21, lancé par la commune, et épauleront le travail de sensibilisation déjà entamé. Les habitants devraient eux aussi y trouver des informations précieuses. « Nous allons disposer d’une photographie des dépenses énergétiques, explique Martine Wille, bourgmestre ff. Nous comptons collaborer avec le privé, lui indiquer ce qui peut être fait en la matière. »
Le document final établira un calendrier pour chacun des objectifs, mais aussi une synthèse courte, le rendant accessible à tous, et permettant une large diffusion auprès des habitants.
LES AUTRES COMMUNES
Le scepticisme de Berchem et Boitsfort
Et pour le reste de la capitale ? Les seize autres communes ont-elles en projet d’établir un diagnostic carbone pour leur territoire, leurs activités et leurs habitants ? Dans la majeure partie des cas, elles se disent intéressées par l’outil, mais celui-ci ne fait pas partie des priorités. Qu’il s’agisse de fonds propres ou de chasse aux subsides. La marge d’erreur, existante et non négligeable, fait douter Annemie Vermeylen, échevine de l’environnement à Watermael-Boitsfort, de l’efficacité d’un tel dispositif. « Nous faisons des bilans carbone de nos bâtiments depuis 2004. Nous avons un plan Kyoto local et un Agenda 21. Je ne suis pas certaine qu’une telle étude ait un intérêt et une pertinence à un échelon aussi réduit… »
Même son de cloche à Berchem-Sainte-Agathe. Une réflexion a été menée, mais pas de bilan carbone à l’horizon. « Nous avons pris l’avis de différents acteurs. Du point de vue de l’Institut bruxellois de gestion de l’environnement, ce n’est pas le choix le plus judicieux pour notre commune, de petite taille. Nous avons préféré faire des audits énergétiques, et nous impliquer directement dans des actions plus concrètes, dans le cadre de l’Agenda 21. Il semble plus raisonnable de s’inspirer des bilans des autres communes », explique-t-on à l’administration.
Même raisonnement à Bruxelles-Ville. A Woluwe-Saint-Pierre, par contre, l’Agenda 21 en cours pourrait définir le bilan carbone comme outil à privilégier. Mais ici, pas question d’avoir recours à un bureau d’études. Les services se dirigent vers des formations en interne.
