L’Afrique d’Olivares

CROUSSE,NICOLAS

Page 27

Mercredi 2 septembre 2009

Cinéma Sortie aujourd’hui de « 14 kilomètres »

C’est sous le crachin belge de la rentrée, tandis que le ballet des voitures reprenait autour de la rue de la Loi, que l’Espagnol Gerardo Olivares était hier soir chez nous : un film sous le bras, sentant le soleil, la poussière, les beautés mais aussi les drames du continent africain. Le film s’appelle 14 kilomètres. Il vous prend à la gorge, il est dense, il est fort. Il parle, au-delà de la référence aux 14 kilomètres séparant l’Afrique de l’Espagne, du périple de trois jeunes Africains, en provenance du Niger et du Mali, qui rêvent de lendemains – européens – qui chantent.

Bien qu’actuellement pris par un nouveau projet (il est en plein tournage, et nous rencontre dans sa semaine de repos), le très sympathique Olivares est intarissable dès qu’il s’agit d’évoquer les enjeux que son film soulève. « Le film vient de deux souvenirs qui m’ont marqué. Quand j’étais enfant, j’habitais à Córdoba, dans le sud de l’Espagne, et je m’interrogeais constamment sur ces nombreux voyageurs, souvent marocains, qui débarquaient chez nous. Qui étaient-ils, où allaient-ils, que cherchaient-ils ? Bien plus tard, en 2002, je fais un documentaire sur les caravanes de Touareg, dans le désert du Sahara. Et je découvre des camions un peu comparables à des boat people, inondés de monde et de sacs, valises, couvertures. Là aussi, vers où allaient-ils ? »

Le film naît de ces deux questions. En interrogeant, de façon très émouvante, le drame de l’immigration. Pour apporter quelle réponse ? Olivares rit. Pas facile. Il se lance, pourtant : « En Belgique, comme ailleurs en Europe, vous savez par votre histoire combien il a pu être intéressant d’aller exploiter les richesses d’Afrique. Cela vaut pour l’Occident. Eh bien, il est aujourd’hui temps de rendre ce que nous avons pris. Les trois grands défis du futur sont le réchauffement climatique, le terrorisme et l’immigration. L’origine du terrorisme, c’est la pauvreté, et cela va donc de pair avec la question de l’immigration. Si nous ne donnons pas leur chance aux gens, dans le sud, qui continuent aujourd’hui de mourir de faim, si nous ne les accueillons pas, c’est sûr, nous irons au casse-pipe. » Tout en sachant, nuance l’homme, que le rêve européen est une illusion. « Lors de la première à Madrid, j’ai fait venir les trois Africains du film (NDLR : des non-professionnels, débauchés par Olivares dans la rue, au Mali et au Niger). Je leur ai montré comment y vivaient les Noirs. Ils ont vu. Et ils m’ont dit : si c’est comme ça, on préfère rester au pays. »

Olivares s’attaque aujourd’hui à un projet très différent, avec entre autre Carolos Bardem, frère de Javier : l’aventure, tirée d’une histoire vraie, d’un enfant pratiquement sauvage, ayant grandi à partir de ses sept ans avec des chèvres et des loups. « Et celle-ci est une histoire vraie », insiste-t-il en blaguant. Et en ajoutant, espiègle : « Je sais bien que c’est ici, au Soir, qu’on a révélé la saga de Misha Defonseca. »

Pas de résultats.