La fermeture des bureaux permettra d’économiser 75 millions d’euros par an. Une paille au regard des
n.c.
Page 18
Vendredi 4 septembre 2009
La fermeture des bureaux permettra d’économiser 75 millions d’euros par an. Une paille au regard des 900 millions que la Poste veut offrir à ses actionnaires.
Cette dérive s’explique par le « tout au profit » mis en œuvre depuis l’arrivée d’actionnaires privés.
Le contrat de gestion arrive à échéance. C’est le moment de revenir à une Poste 100 % publique, axée sur le service à la population.
La Poste : l’urgence de changer de cap !
Carte blanche
Doit-on s’étonner de l’évolution actuelle de la Poste qui ferme progressivement la moitié de ses bureaux, supprime chaque année 1.500 équivalents temps plein et remplace progressivement les facteurs par des distributeurs au statut précaire ? Non, si l’on se rappelle que 25 % de la propriété de la Poste a été vendu en 2005 au fonds d’investissement britannique, CVC Capital Partners, spécialisé dans la restructuration des entreprises publiques dans le but d’en retirer un maximum de profits, ainsi que cela est inscrit noir sur blanc sur son site internet. Il y a deux mois, CVC est d’ailleurs discrètement monté à 50 % dans le capital de la Poste. Le patron actuel de la Poste, Johnny Thijs, tout comme d’ailleurs Didier Bellens, est un ancien conseiller de CVC et l’on a récemment appris qu’il continuait à l’aider gracieusement pour certaines missions.
De l’aveu même des dirigeants actuels de la Poste, la fermeture des bureaux permettra d’économiser 75 millions d’euros par an. C’est moins que ses bénéfices actuels et une paille au regard des 900 millions d’euros de « caisse » que les dirigeants actuels souhaitent distribuer aux propriétaires. Est-ce cela le fonctionnement souhaitable d’un service public ?
L’épisode de Louvain-la-Neuve, comme les dizaines d’autres combats citoyens des derniers mois (Gand, Saint-Gilles, Thiers à Liège, Marolles, Cointe, Tournai…), tous laissés sans réponse par la Poste, montre que sans changement de cap, la déglingue du service postal va se poursuivre.
La libéralisation est une cause centrale de cette déglingue. Ce choix fait par nos gouvernements à l’échelon de l’Union européenne est dangereux et absurde. Nous risquons d’avoir bientôt plusieurs camionnettes de firmes concurrentes circulant dans nos rues afin d’y distribuer le courrier. Ceci est d’autant plus choquant que les pouvoirs publics prétendent s’engager dans le combat contre le réchauffement climatique. La logique de profit à court terme conduit également à l’abandon du transport du courrier par le rail au profit « du tout au camion ». Enfin, à l’heure où la crise financière provoque de sérieux dégâts économiques, la libéralisation montre qu’elle est synonyme de pertes d’emplois. Il faut cependant questionner également la privatisation qui est en cours.
Que faire ? Le contrat de gestion actuel arrive à échéance et, dans les prochaines semaines, le gouvernement va devoir fixer les conditions d’application de la libéralisation du secteur postal. Afin de préserver un service postal de qualité, afin parallèlement de sauver un service bancaire de proximité (important notamment pour les personnes âgées et les plus modestes), fonction qu’assurait la Banque de la Poste, il est important de réclamer deux changements de cap. Premièrement, nous devons réclamer la sortie du fonds d’investissement CVC du capital de la Poste et le retour à une poste 100 % publique, axée sur le service à la population et non sur le profit. Deuxièmement, nous devons exiger une refonte complète des conditions de la libéralisation telles qu’annoncées par le ministre Van Quickenborne et validées fin 2008 par le gouvernement Leterme démissionnaire. Celles-ci font la part belle aux concurrents de la Poste désireux de lui disputer les secteurs rentables du marché et risquent d’accélérer la dégradation du service rendu à la population et des conditions de travail des travailleurs du secteur.
Parallèlement, le contrat de gestion doit être totalement refondu afin de correspondre aux missions de service public de l’opérateur postal. Notamment, le critère absurde qui réduit le nombre de bureaux de poste à un seul bureau par commune doit être revu. Une étude d’Eurostat pointait déjà fin 2007 le manque de bureaux de poste en Belgique. Depuis, de nombreux autres ont été fermés. Le retour à un minimum de 1200 bureaux de poste offrant un service bancaire est nécessaire.
À l’heure où nous ressentons douloureusement les effets du « tout au marché », il est fondamental de défendre des services publics forts et modernes, autrement dit : au service de la population, notamment dans le secteur postal.
