Lettre ouverte à Axel Witsel : we have a dream…
n.c.
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Mardi 8 septembre 2009
Carte blanche
Ce qui me pousse donc à t’écrire aujourd’hui, c’est plutôt une réflexion que je me suis faite et que j’aimerais te faire partager. L’atmosphère du football est devenue gravement délétère et je n’ai pas attendu ce match maudit pour le déplorer. Les passions débordent des limites acceptables au point d’allumer de dangereux foyers de haine. Il est temps de réagir, tous ensemble, pour éteindre ce qui peut devenir un incendie mortel.
Ces excès, et d’autres d’ailleurs qui ne sont pas moins redoutables comme le dopage et la corruption, nous ont amenés à créer, voici quelques années, des associations qui s’efforcent de porter la bonne parole et de remettre les valeurs du sport au cœur des débats : ce sont les clubs de Panathlon.
Entre autres projets, le Panathlon Wallonie-Bruxelles a choisi d’accorder une priorité à l’éducation des jeunes. Son objectif principal est de donner un « supplément d’âme aux formateurs du sport ». Cela semble quelque peu déclamatoire. Pour le dire plus concrètement, nous organisons, chaque année, des actions dans les enseignements primaire et secondaire afin de promouvoir l’éthique et le fair-play auprès des élèves.
Le Panathlon, comme le laisse entendre son origine grecque, concerne tous les sports, mais chacun sait que, dans notre pays, le football est très largement le plus populaire. Si j’en crois le site officiel de l’Union belge, il y a, tous les week-ends, quelque 250.000 jeunes qui s’affrontent sur un terrain de foot. C’est un phénomène social dont on mesure difficilement l’ampleur.
Au cours des dernières semaines, la presse a répété, à longueur de colonnes ou d’émissions télévisées, qu’il était inacceptable qu’un joueur international, champion de Belgique et Soulier d’or par surcroît, donnât un pareil exemple à ces dizaines de milliers de jeunes. Je ne peux décemment lui donner tort.
Je veux croire toutefois que, dans le feu de l’action, tu n’as pas pensé à ces énormes responsabilités qui pèsent désormais sur tes épaules. Mais je suis aussi persuadé que, aujourd’hui, elles te tourmentent inlassablement. Les consolations de tes proches, les encouragements de tes amis, les vrais, pas les adulateurs hypocrites, le temps qui passe aussi, tout cela t’aidera sans doute à reprendre une vie normale, mais n’effacera pas le souvenir de cette absurde soirée.
Tu as contracté une sorte de dette envers le football qui t’a beaucoup donné en quelques années, la notoriété, l’admiration des foules et – n’en négligeons pas l’importance – des gains que beaucoup estiment, non sans raison, démesurés. Ces privilèges, exorbitants à vingt ans, il faut bien convenir que ton comportement ne les justifie pas. Je me permets de te dire qu’il est temps pour toi de songer à t’acquitter de cette dette. Il ne s’agit pas, cela va de soi, de l’amende dérisoire de 250 euros que la fédération t’a infligée ni même des quelques semaines de suspension que le Comité d’appel a finalement décrétées. C’est insignifiant en regard des devoirs auxquels tu as manqué.
Il y a dans la notion de punition deux dimensions, celle de la sanction et celle de la réparation. Il faut que le « puni » comprenne sa faute. La sanction doit conduire le « fautif » à reconnaître que ce qu’il a fait n’aurait pas dû. Il faut ensuite que le « puni » répare sa faute.
Je n’ai pas de peine à te faire une proposition à ce sujet au nom de notre mouvement panathlonien. Je t’ai dit, au début de ma lettre, que nous attachions beaucoup d’importance à la formation éthique des jeunes sportifs. Or, il reste énormément à faire dans le monde de l’éducation en général et du football en particulier.
Il n’y a pas si longtemps, tu évoluais dans les équipes d’âge et tu n’as certainement pas oublié l’ambiance détestable qu’y font parfois régner certains parents. Peut-être, vu tes extraordinaires qualités, as-tu été pris en cible par ces supporters indignes.
Quelle leçon pour tous si, un soir, à la buvette d’un obscur stade de province ou dans une école primaire, Axel Witsel, le dernier Soulier d’or, venait expliquer aux enfants que, réflexion faite, après tout, le foot n’est qu’un jeu. Le Panathlon Wallonie-Bruxelles est prêt avec toi à mettre ce beau projet en œuvre conforté aussi par la volonté de la Communauté française à inculquer dans l’enseignement primaire et secondaire les notions essentielles de l’Ethique sportive.
Vendredi dernier, j’ai assisté au Mémorial Van Damme et j’en ai retiré, comme les cinquante mille spectateurs d’ailleurs, un formidable plaisir. Je sais qu’il n’y a pas de comparaisons possibles entre un grand meeting d’athlétisme et un match au sommet en football. Je n’en ai pas moins été conquis par le charisme de cet athlète d’exception qu’est Usain Bolt. Pour lui, le sport reste de toute évidence une fête.
Est-il naïf de croire que ce n’est plus possible en football ? Est-il utopique d’exiger de nos professionnels qu’ils respectent aussi bien l’adversaire que l’arbitre ? Et est-ce une forme d’angélisme que de rejeter toute violence qu’elle soit physique ou verbale ?
L’autre jour, je te le confesse, j’ai « osé » une idée folle, presque une utopie. Marcin Wasilewski, enfin rétabli de son terrible accident, t’accompagnait pour remettre notre prix annuel du fair-play. Il y avait là, afin d’immortaliser l’événement, une nuée de journalistes, même les plus inconscients, ceux qui se régalaient de la guerre entre Anderlecht et le Standard. Et devant leur écran, cette foule de supporters, d’enfants et d’ados, de sportifs et d’autorités de tous genres conquis par ce message porté par l’un des plus jeunes « Souliers d’or ».
Bien entendu, ce n’était qu’illusion passagère. En son temps, un certain Martin Luther King en avait fait un rêve, certes bien plus ambitieux. Pourtant, moins d’un demi-siècle plus tard, Barack Obama est devenu président des Etats-Unis.
Si tu le veux bien, mon cher Axel, continuons à rêver…
