Le côté inconscient de la force

STIERS,DIDIER

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Jeudi 17 septembre 2009

Cinéma « Les tremblements lointains » de Manuel Poutte

On les retrouve constamment au fond de la boîte aux lettres, ces petits papiers photocopiés, vantant les talents d’un Professeur Machin ou les mérites d’un Monsieur Bidule. Médium, marabout spécialiste des cas désespérés de manque de chance (au jeu ou à l’examen du permis de conduire), d’impuissance, d’envoûtement…

Licencié en philo et en écriture de scénarios, Manuel Poutte a laissé traîner un de ces billets sur sa table de salon. Clin d’œil ou pas, Les tremblements lointains est précisément un voyage dans cette Afrique des croyances qui nous échappent. « L’une des sources du film est mon intérêt intellectuel pour l’ethnopsychiatrie, comme les travaux de Tobie Nathan. Ces psychologues et psychiatres ont constaté que les modèles de la psychanalyse ou de la psychiatrie occidentale traditionnelle ne fonctionnaient pas du tout pour les migrants d’Afrique par exemple. A Paris, il existe un hôpital où ceux d’entre eux qui souffrent de troubles psychiques sont soignés par des féticheurs sorciers. Et on s’est rendu compte de la force opérationnelle de ces pratiques. »

Dans Les tremblements lointains, Boris cherche un fétiche pour un client parisien. Au Sénégal, il rejoint son ami Jean, médecin blanc, à qui sa fille Marie pense pouvoir échapper en s’amourachant de Bandiougou. Un futur migrant aux plans contrecarrés, qui va guider « l’expédition ». Malgré lui, car elle heurte ses croyances. Le titre du film fait référence à ces forces inconscientes qu’on refuse de prendre en compte ou qu’on traite au quotidien.

« Il y a dans l’animisme un rapport poétique au monde, reprend Manuel Poutte. Les objets, les éléments, les gestes, tout prend un sens poétique ou une interprétation qui me semblait riche en termes scénaristiques. » Il se fait aussi qu’il a beaucoup voyagé en Afrique d’où il a ramené quelques documentaires. « J’ai notamment rencontré un jeune Africain qui rêvait de venir ici et qui était dans cette culture animiste. En fait, ils sont souvent chrétiens, ou musulmans, mais l’animisme reste la pratique courante. » Une pratique que l’émigration finit par altérer : « Ce garçon était prêt à partir à tout prix et, sans s’en rendre compte, sacrifiait déjà des choses essentielles pour lui. En général, on ne parle pas de tout ça parce qu’on considère que le modèle de vie occidental est universaliste. Ça entraîne une uniformisation des cultures qui m’a toujours fait très peur. » Un thème cher au réalisateur.

Trois questions à Boris l’antiquaire

entretien

Jean-François Stévenin, qu’est-ce qui vous a convaincu de dire oui au rôle de l’antiquaire dans ce film ?

Quand j’ai eu le coup de fil, rien que le titre résonnait assez fort. Et puis, j’ai rencontré le producteur et Manuel Poutte, un grand Occidental tout blond. Quand on lit le scénario, on a l’impression que c’est le regard de quelqu’un né en Afrique. Ce n’est pas un décor, c’est une âme qui vogue entre deux civilisations. Tout ça m’a semblé extraordinaire, vu depuis une table de bistro à Paris. Quand on s’est retrouvés sur le tournage, ça a effectivement été très fort.

Pour Manuel Poutte, vous incarnez l’électron libre du cinéma français…

Ah oui… c’est vrai. Je ne l’ai pas fait exprès, mais je slalome au gré des envies, de ce qu’on me propose, sans aucun plan de carrière, sans agent… Je crois que c’est un peu une histoire de destin.

Des projets en tant que réalisateur ?

C’est très long d’écrire et faire un film. Là, je cherche de l’argent pour écrire. Le problème, c’est que je suis moins libre qu’il y a trente ans. Or, je ne peux travailler qu’en voyageant, en traînant. Personne ne finance ça, c’est normal, on paie pour un projet déjà écrit. Comme je suis très perfectionniste, il me faut du temps, et je n’ai pas l’argent qui me permette de le trouver. Ce qui me fait chier, parce que ça fait deux ou trois ans que ça dure, sur un truc qui commence à prendre corps et que j’espère bien aboutir.

Pas de résultats.