Visite simultanée des gares de Liège et d’Anvers
RENETTE,ERIC
Vendredi 18 septembre 2009
Avec l’inauguration de la gare des Guillemins à Liège ce vendredi, et l’inauguration du parking qui clôture la liste des travaux de rénovation de la gare d’Anvers la semaine prochaine, la SNCB-Holding est à la fête. Et à l’ouvrage.
A travers cette visite simultanée des deux « monuments » en compagnie de leurs architectes respectifs, ce sont deux conceptions, deux styles, deux mondes et deux histoires qui sont racontées.
À Liège, tout sourire, Santiago Calatrava va et vient, emmène son petit groupe en slalom entre les ouvriers qui achèvent le nettoyage de l’immense armature de verre et d’acier, ceux qui s’affairent sur les commerces de la nouvelle galerie qui doivent être opérationnels ce samedi (vu l’état d’avancement, les nuits seront longues…) et les artistes du spectacle de Franco Dragone qui prennent possession des lieux, pour la première fois, afin de mettre au point le spectacle que la RTBF retransmettra en direct vendredi soir. Ça court dans tous les sens au rez-de-chaussée, sous la voûte, des alpinistes nettoyeurs sont suspendus dans le vide, dehors des gens du spectacle sautent sur des trampolines. Entre un essai de musique de spectacle et l’annonce des trains qui entrent en gare, entouré de caméras et de micros, Calatrava parle, explique, raconte.
Dans un même élan, il passe des 32.000 m2 de vitrage aux 11.000 tonnes d’acier (plus que la tour Eiffel) avant d’inviter à regarder la ville, la colline de Cointe, les ouvertures multiples sur les quartiers qui entourent la gare. Sa gare. Un peu en retrait, Robertina son épouse le regarde faire. Elle se souvient de l’aquarelle qui a été la première ébauche de la gare liégeoise même si plus de 100.000 dessins et peintures figurent aujourd’hui dans les archives du bureau de Zurich. « Quand l’esquisse est belle, le résultat est toujours beau », résume celle qui suit, tout en discrétion, les nombreux projets qui appellent son mari à travers le monde. Santiago a voulu une gare en courbe pour parer Liège « qui, si les villes ont un sexe, doit être une femme ». Dans le joyeux bordel liégeois des dernières heures avant l’ouverture, l’ampleur de ce qui reste à faire n’altère pas la certitude des responsables de la SNCB-Holding : ce sera prêt. Sa gare TGV, Liège l’a tellement voulue, qu’il est temps qu’elle se l’approprie. Samedi, 5 h 30 du matin, une nouvelle vie commence.
Quelques heures plus tôt, à la gare Centrale d’Anvers, c’est l’inverse. Tout paraît calme et ordonné dans ce « monument » classé quatrième plus belle gare du monde par les lecteurs américains du magazine Newsweek (derrière Saint Pancrace à Londres, Central Station à New York et la gare Victoria de Bombay). « Au départ, les gens ne voulaient pas d’une gare TGV à Anvers », rappelle Jannie Haeck, le président de la SNCB Holding. Lassés des travaux interminables dans la ville, ils se demandaient ce que pourrait bien leur apporter une halte de ce train pour businessmen en mouvance entre Amsterdam et Paris hormis de nouveaux inconvénients.
Le résultat est là, aujourd’hui, et est devenu une fierté collective. Liège a joué la nouveauté, Anvers a magnifié un bijou classé du XIXe siècle. Liège est horizontale, Anvers est verticale, s’enfonçant sur trois niveaux, reliant la surface au métro et aux lignes internationales. La seule partie restauration de bâtiment de la gare dépasse le budget du nouveau musée Grand Curtius liégeois.
Jacques Voncke, l’architecte, y a ajouté des parties résolument modernes mais dans une certaine discrétion, créant des espaces aux ambiances multiples, mêlant la lumière à une sobriété des formes et des matériaux dans un mélange pourtant inédit et audacieux. Il mène la petite troupe de caméras et de micros au pas de charge, s’en tient aux commentaires techniques, s’efface presque devant son œuvre et les difficultés techniques pourtant colossales qu’il a dû maîtriser, là où Calatrava trône, commente et met du cœur. Voncke n’en est pas à la première inauguration de la gare. Plutôt à la dernière d’une longue série. Et que depuis des mois, chacun constate que tout fonctionne. Et que le quartier autour de la gare a déjà changé de figure.
En couleur ou en douceur, chacune à sa façon, Liège et Anvers entrent dans une ère nouvelle. Par le train.
