Ces albums qui ont changé la BD

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS

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Mercredi 7 octobre 2009

Bande dessinée Une expo qui fête les vingt ans du CBBD

Quand, voici vingt ans, le Centre belge de la bande dessinée (CBBD) a ouvert ses portes, les choses étaient simples. A l’image du lieu, d’anciens grands magasins Art nouveau signés Horta, le neuvième art avait conquis ses galons culturels. Mais la BD à laquelle on pensait au moment d’inaugurer ce musée originel était de facture classique et franco-belge. Une vague de BD adulte avait bien secoué les mœurs mais seuls Hergé, Jacobs, Franquin et leurs élèves étaient alors dignes d’entrer au musée.

Vingt ans plus tard, la BD a changé du tout au tout. Le manga, quasi introuvable dans les librairies de 1989, occupe désormais une place de choix. Avec le manhua chinois et le manhwa coréen, le manga a féminisé le lectorat et conquis près de 40 % du marché. Venu des pays anglo-saxons, le roman graphique a séduit un public féru de littérature, qui prenait jusque-là la bande dessinée pour un divertissement de gosses. A l’occasion de ses vingt ans, le CBBD a imaginé une exposition originale pour éclairer ces évolutions.

« Plutôt que de se lancer dans une grande rétrospective, nous avons choisi 21 albums, parus entre 1989 et 2009, symboliques de l’évolution de la bande dessinée à un moment précis de son histoire, explique le commissaire de l’exposition, Daniel Couvreur, journaliste au Soir. Ce ne sont pas nécessairement les meilleurs albums mais bien ceux qui ont innové dans un genre précis comme Le photographe, en 2003, qui a inventé la BD reportage. En se limitant à un seul titre parmi les milliers édités chaque année, on a dû laisser sur la touche des chefs-d’œuvre comme Quartier lointain de Taniguchi, From Hell de Moore et Campbell ou Jimmy Corrigan de Ware. »

L’innovation, on la trouve, par exemple, dans le domaine graphique (Sin City) ou dans la mécanique de la série (Le Décalogue). On retrouve dans cette sélection Titeuf, premier gamin de BD à grandir dans la vraie vie, Kid Paddle, premier enfant trash du journal Spirou, ou Lanfeust de Troy, première série d’héroïc-fantasy à la française. Au rayon asiatique, l’expo présente Monster, terrifiant manga qui a imposé le genre en Europe, et Death Note, dont l’esthétique a inspiré la mode gothique chez les ados.

En 2009, le classicisme franco-belge n’est plus le nombril du 9e art (malgré le clin d’œil de l’expo au Spirou dépoussiéré par Bravo). La BD a explosé les genres : biographie (Kiki de Montparnasse), autobiographie (Persépolis), reportage (Le photographe), intrusion de la philosophie (Le chat du rabbin) ou de la littérature (Gemma Bovary), thèse politique (V pour Vendetta, Une vie chinoise). La BD, c’est devenu un monde !

La BD 20 ans après : 21 œuvres racontent la BD, CBBD, 20 rue des Sables, 1000 Bruxelles, jusqu’avril 2010.

20 ans, 21 albums

1989. V pour Vendetta, Alan Moore et David Lloyd.

1990. Largo Winch, Philippe Francq et Jean Van Hamme.

1991. Bone, Jeff Smith.

1992. Titeuf de Zep.

1993. Sin City, Frank Miller.

1994. Lanfeust de Troy, Didier Tarquin, Christophe Arleston.

1995. Monster, Naoki Urasawa.

1996. Kid Paddle, Midam.

1997. Murena, Franck Delaby et Jean Dufaux.

1998. Donjon, Lewis Trondheim, Joann Sfar et divers dessinateurs.

1999. Gemma Bovary, Posy Simmonds.

2000. Persépolis, Marjane Satrapi.

2001. Le décalogue, Frank Giroud et divers dessinateurs.

2002. Le chat du rabbin, Joann Sfar.

2003. Le photographe, Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier.

2004. Death Note, Tsugumi Ohba et Takeshi Obata..

2005. Black Hole, Charles Burns.

2006. My boy, Olivier Schrauwen.

2007. Kiki de Montparnasse de José-Luis Bocquet et Catel Muller.

2008. Le journal d’un ingénu, Emile Bravo.

2009. Une vie chinoise de Li Kunny et P. Otié.

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