Paul Magnette fait fausse route !

n.c.

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Jeudi 8 octobre 2009

Carte blanche

Jean-Marc Nollet Ministre wallon de l’Energie (Ecolo) Evelyne Huytebroeck Ministre bruxelloise de l’Energie (Ecolo) Freya Van den Bossche Ministre flamande de l’Energie (SP.A)

Partout dans le monde on prend conscience de l’importance d’investir massivement dans les énergies renouvelables et les économies d’énergie. Il était temps ! Mais, quelque part en Gaule, un petit pays résiste, croyant mieux savoir que les autres ce qu’il convient de faire. En Belgique, le gouvernement fédéral veut ramer à contre-courant.

Ainsi, la semaine dernière, le ministre fédéral de l’Energie a annoncé qu’il comptait prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales nucléaires censées fermer en 2015. Il brandit à cette fin une étude prétendant que l’approvisionnement électrique serait mis en péril si nos centrales nucléaires devaient être mises à l’arrêt, suivant ce que la loi prévoit.

Cette annonce est totalement à l’inverse de la politique déployée par nos trois Régions. À l’intérieur de leurs compétences, elles font un maximum pour déployer des politiques cohérentes d’investissement soutenant à bout de bras les économies d’énergie, la performance énergétique des bâtiments, les énergies renouvelables et la maîtrise de la consommation. Pareil investissement donne aux citoyens l’incitant nécessaire pour s’impliquer eux-mêmes dans cet effort. Faisant fi de tout cela, l’État fédéral annonce par voie de communiqué qu’il ruinera ces efforts à néant. Séduit par les millions de Suez GDF, il cède aux intérêts du géant énergétique français, et laisse au consommateur belge le soin d’en payer la facture.

Soyons clairs : pareille décision unilatérale, prise sans la moindre concertation avec les entités fédérées du pays, nous ne pouvons la comprendre ni même l’accepter.

Nous ne pouvons la comprendre, car des capacités de remplacement existent en suffisance. Les investissements aujourd’hui planifiés tant en centrales au gaz qu’en énergie renouvelable suffisent à remplacer les trois réacteurs qui devraient fermer en 2015. La CREG ne dit d’ailleurs pas autre chose dans les données qu’elle a fournies à Paul Magnette. Affirmer qu’il faudra prolonger les centrales nucléaires qui doivent fermer en 2015 relève donc du mythe.

De plus, nos engagements européens nous obligent à réduire drastiquement notre consommation énergétique et, par là même, notre consommation électrique. Cela requiert que nous déployions des politiques ambitieuses, ce qui est faisable et nécessaire. Dans l’étude brandie par M. Magnette, il n’est pas tenu compte des efforts sérieux entrepris en faveur des économies d’énergie. Or, c’est un élément crucial pour quiconque entend dessiner les contours d’une politique énergétique d’avenir. Nous invitons donc le gouvernement fédéral à ne pas miner cet avenir par des décisions passéistes !

Une autre réalité cruciale semble échapper au ministre Magnette : la domination écrasante d’une poignée d’opérateurs que l’État a rendus tout-puissants sur notre marché de l’énergie. Pareille domination entrave la libre concurrence et étouffe le développement des énergies renouvelables. Le seul intérêt de ces opérateurs est de continuer à générer de plantureux profits « grâce » à une technologie polluante et risquée, largement amortie sur le dos des consommateurs-contribuables.

En prolongeant la durée de vie des centrales, on ouvre grand la voie à ce que Suez GDF perpétue cette position dominante sur le marché belge, déstabilisant au passage les producteurs alternatifs. Tout cela au moment où, partout dans le monde, on considère le basculement vers les énergies renouvelables comme une voie importante pour sortir de la crise économique ambiante.

Sauf à ce que l’État défasse ce qu’il avait lui-même contribué à mettre en place, jamais ces opérateurs surpuissants ne lâcheront d’initiative leur vieille poule aux œufs irradiés, pour investir dans des technologies plus rentables pour le consommateur que pour eux-mêmes et leurs actionnaires.

Or, c’est précisément le consommateur qui fera doublement les frais de pareille capitulation face à Suez/Electrabel, à qui le gouvernement laisse désormais une totale liberté pour maintenir des prix artificiellement élevés, tant pour les ménages que pour les entreprises. Aujourd’hui, les prix de Suez augmentent deux fois plus vite en Belgique qu’en France. Si les bénéfices filent à Paris, les problèmes demeurent en Belgique, où le consommateur continuera de surcroît à subsidier la facture hexagonale.

Une alternative existait cependant : taxer les bénéfices colossaux d’Electrabel/Suez. Pour cela, nul besoin de prolonger la durée de vie des centrales. En respectant la loi de sortie du nucléaire à la lettre, elles pourraient encore nous offrir des rentrées suffisantes pendant de longues années. Cela libérerait des moyens d’action supplémentaires pour que nous puissions davantage investir dans la production d’énergie renouvelable et les économies d’énergie, et nous permettre ainsi plus rapidement encore de nous passer de l’uranium. En déployant pareille politique, le gouvernement fédéral soutiendrait les Régions plutôt que de contrecarrer leurs efforts. Hélas, il n’en est rien.

Telles sont les raisons pour lesquelles, nous, ministres régionaux de l’Énergie, ne pouvons accepter cette désastreuse décision fédérale. Au début du XXIe siècle, notre devoir historique est de forcer l’avenir, et non pas de renforcer le passé !

Vivant les mêmes difficultés financières que l’État fédéral, nous savons combien la tentation est immense de brader notre responsabilité au regard de l’Histoire contre quelques milliards pour équilibrer un budget.

Notre devoir est de refuser d’y succomber. En échangeant notre avenir énergétique contre l’énergie du passé, nous tuerions durablement l’opportunité réelle de voir enfin se concrétiser l’indispensable révolution dont tous nous avons besoin pour faire face au défi environnemental qui nous nargue.

Unis dans cette vision, les trois ministres régionaux du pays invitent le ministre fédéral de l’Énergie au dialogue et à la concertation plutôt qu’à la fuite en arrière. Il est plus qu’urgent d’amener notre pays dans une politique énergétique commune orientée sur l’avenir, dépassant les clivages politiques, et qui investisse fondamentalement dans les énergies renouvelables et les économies d’énergie. C’est ainsi que nous pourrons soutenir durablement l’ensemble de nos concitoyens prêts à s’engager dans de nouveaux comportements environnementaux.

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