« La Belgique perd une vraie vedette »
n.c.
Mardi 13 octobre 2009
Les réactions au décès subit de Frank Vandenbroucke n’ont pas tardé. Le président de la Ligue vélocipédique belge a dit tomber des nues. Le coureur avait le projet de reprendre le guidon.
Le Belge Frank Vandenbroucke, décédé lundi à l’âge de 34 ans, a eu un destin tragique rappelant celui de Marco Pantani, a estimé mardi son ancien directeur sportif de l’équipe Cofidis, Alain Deloeil. « Quand il a fait sa tentative de suicide il y a deux ans, les gens se sont dit : ‘il finira comme Pantani’. Mais on espérait tous qu’il n’en arriverait pas là. Et puis ces derniers temps, ça semblait aller mieux. Il avait couru les critériums en Belgique où il était adulé, il avait l’air un peu plus serein, son manageur lui cherchait une équipe pour l’année prochaine », a déclaré à l’AFP Alain Deloeil.
Marco Pantani, le grimpeur italien vainqueur du Tour de France et du Giro en 1998, est mort à l’âge de 34 ans lui aussi, victime pour sa part d’une overdose de cocaïne en 2004.
« VDB » a obtenu son plus grand succès sous le maillot Cofidis (Liège-Bastogne-Liège 1999) quelques semaines après ses débuts victorieux dans l’équipe française. « Il m’avait dit pendant l’hiver ‘je te gagnerai la première course’ (GP La Marseillaise) et c’est ce qu’il a fait », s’est rappelé son ancien directeur sportif en notant que le Wallon était « un gagneur dans l’âme » : « Il a toujours été doué et il s’est imposé tout de suite chez les professionnels. Même dans une partie de cartes, il voulait être le meilleur. » « Mais, la caractéristique d’un champion, c’est aussi la solidité psychologique », a souligné Alain Deloeil. « C’était la faille de Frank. Et ses rencontres, ses déboires sentimentaux aussi, n’ont rien arrangé ».
« C’était quelqu’un d’adorable. Son parcours, sa vie privée, ses démêlés, avaient fait que le public l’avait pris en sympathie. Il y avait encore beaucoup de pancartes pour l’encourager sur le bord des routes », a conclu son ex-directeur sportif qui n’a pas voulu se risquer sur le terrain de l’entourage de « VDB » ces dernières années : « Les gens se sont intéressés à lui. Mais, même quand on l’impression d’accompagner, c’est très difficile psychologiquement. La solitude reste. »
L’oncle de Frank Vandenbroucke était sous le choc lundi soir à l’annonce du décès de son neveu. « J’ai eu son papa il y a une heure », expliquait l’ancien coureur et directeur sportif sur le site internet de la Dernière Heure-Les Sports. « Il m’a dit qu’on l’avait averti depuis le Sénégal que Frank était décédé. Mais il n’avait encore aucune précision. » « Nous savions qu’il n’était pas bien, qu’il avait des hauts et des bas, côté santé et côté moral. Ce n’est malheureusement qu’une demi-surprise. Il était parti la veille pour le Sénégal. En vacances je suppose. Nous appréhendions qu’avec son parcours chaotique, celui-ci pouvait se terminer mal. À la Pantani ou que sais-je. Je le répète, nous n’avons aucune précision quant à la cause de son décès à ce moment-ci. C’est dramatique. C’était encore un jeune homme. »
Le président de la Ligue vélocipédique belge (RLVB), Laurent De Backer est tombé des nues en apprenant le décès de Frank Vandenbroucke lundi au Sénégal. « Un sportif, avec une trop courte, mais formidable carrière nous quitte », a-t-il exprimé.
« Je l’avais encore vu à l’oeuvre à Grammont, lors du GP de la ville de Grammont. Il m’avait confirmé qu’il voulait se construire une nouvelle carrière. Il était très populaire. Chez moi à Wetteren, je vois encore les calicots à son nom pour le criterium. Je crois que de très nombreux fans de cyclisme seront en deuil. Je connaissais Frank depuis qu’il était chez les débutants. Déjà là, il était au-dessus du lot. Frank Vandenbroucke était une vedette comme nous en avons très peu connu en Belgique. »
La semaine dernière, il avait annoncé vouloir poursuivre sa carrière professionnelle et avait demandé à l’Italien Aldo Sassi, l’actuel entraîneur du champion du monde, l’Australien Cadel Evans, de le remettre en forme. « À 34 ans, ce ne sera pas évident de trouver une nouvelle équipe car tout le monde pensera que les vieux démons vont resurgir pour moi », avait déclaré Vandenbroucke. « Je pars bientôt en vacances au Sénégal. D’ici la fin du mois d’octobre, j’espère intégrer une nouvelle formation ».
« Un fantastique talent s’en est allé ». Hilaire Van Der Schueren était très ému à l’annonce lundi du décès de Frank Vandenbroucke avec lequel il avait eu l’occasion de travailler une demi-saison.
« Je l’avais pris au moment de Mr Bookmaker et d’Unibet.com pour lui redonner une chance après quelques problèmes privés de son côté. À la fin de cette courte période chez moi, il avait retrouvé un certain niveau et il était de nouveau sur le bon chemin pour retrouver son meilleur niveau. Mais il a fini par replonger. Nous ne devons pas oublier qu’il était un très gentil garçon et doté d’une énorme intelligence. J’espère que les ragots et les rumeurs ne surgiront pas tout d’un coup autour de sa mort. Ne retenons de VDB, en toute sérénité, qu’il a été l’un des plus grands talents que notre pays ait comptés. »
Le décès du cycliste Frank Vandenbroucke a « bouleversé » le ministre francophone des Sports, André Antoine. « Il s’agit d’une immense perte pour le sport », a-t-il souligné.
Le ministre est particulièrement touché car il a rencontré le cycliste lors des Championnats du monde qui se sont déroulés à Mendrisio le 27 septembre. Ce dernier lui avait demandé de l’aide pour reprendre la compétition.
« Nous avons eu une conversation et il m’avait fait part de son désarroi. Il avait évoqué ses qualités et ses faiblesses mais avait surtout mentionné qu’il souhaitait reprendre la compétition et revenir pour une dernière grande et belle saison. Il m’avait demandé de l’aide. Il souhaitait un maillot et un vélo. Il faisait preuve d’une réelle volonté de revanche sur lui-même », a commenté André Antoine.
(Belga, AFP)
