Ne leur dites pas qu’on a fait un budget d’austérité

DEMONTY,BERNARD

Mercredi 14 octobre 2009

Ils avaient annoncé du sang et des larmes. Un budget 2010 de rigueur, sinon d’austérité, assorti de vilaines taxes. Et au final, à entendre les commentaires ministériels enjoués, la drache nationale a épargné les nationaux.

Flash-back. En 1981, le gouvernement annonce du sang et des larmes. Un budget de rigueur, sinon d’austérité. Et la douche froide n’épargne pas les Belges : hausses de fiscalité, sauts d’index, dévaluation du franc, mesures d’accompagnement, blocage des salaires.

Alors, qu’est-ce qui a changé en trente ans ? Rien. Sinon, que la composition du gouvernement fédéral, devenue beaucoup plus hétéroclite, rend impossible les compromis sur des mesures désagréables. Et qu’internet permet aujourd’hui à des bataillons de pétitionnaires de se mobiliser dès qu’un ministre envisage de lever un semblant de taxe.

Aussi le gouvernement d’Herman Van Rompuy a-t-il décidé d’imposer son budget d’austérité en « stoemelings », appliquant une stratégie qu’il est permis de résumer ainsi : on ne taxe pas le citoyen, mais on taxe les entreprises qui taxeront le citoyen.

Car il ne faut pas se faire d’illusion : ni les banques, ni les producteurs d’électricité, que le gouvernement a sollicités pour près d’un milliard d’euros sur deux ans, ne sont devenus subitement des mécènes des finances publiques. Plusieurs banques ont d’ailleurs déjà annoncé qu’elles répercuteraient la piqûre sur leurs clients.

Un scandale ? Oui. Les banques ne payeront pas la crise et Electrabel ne créera pas les 10.000 emplois supplémentaires annoncés.

Mais un scandale pardonnable. Car avec ce tour de passe-passe, le gouvernement dégage cinq milliards d’euros pour protéger les chômeurs d’aujourd’hui, les malades de demain, et les pensionnés d’après-demain. Il amorce aussi une fiscalité verte cohérente, et corrige quelques injustices fiscales. Et il met surtout fin à la dangereuse tradition qui s’installait de bâcler les budgets.

A trop critiquer Herman Van Rompuy pour ce budget d’austérité déguisé en cadeau de Noël, on en oublierait presque l’essentiel : la Belgique a un budget. Ce n’était plus arrivé depuis longtemps.

Pas de résultats.