Siné massacre depuis 60 ans
COUVREUR,DANIEL
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Jeudi 15 octobre 2009
Presse L’album de tous les coups de gueule
Porte-voix des réfractaires, des déserteurs, des insoumis, des révolutionnaires de tous poils, le caricaturiste fonde sa revue, Siné Massacre, en 1962, pour s’attaquer à l’establishment, l’armée, la police, l’église. Le journal s’arrêtera devant l’avalanche des procès mais Siné poursuit sa rébellion dans L’Enragé puis dans Charlie Hebdo, où il ira « semer sa zone, tel un fauve derrière ses barreaux » aux cris de « 14 juillet au viol », « Pompidou assassin » et « Coluche président de tous les Français ».
En septembre 2008, cet ennemi des constipés de la pensée est renvoyé de Charlie Hebdo par un rédacteur en chef foutre au cul. « Pour vivre heureux, vivons virés », clame l’expulsé. Hargneux, il va fonder, à près de 80 ans, Siné Hebdo pour pendre les banquiers « par les couilles en or ». Un an plus tard, ce nouvel hebdo de parti- pris frise les 3 millions d’exemplaires vendus. Son audience dépasse celle de Charlie et Siné célèbre 60 ans de caricature avec un album grinçant contre les képis stupides. Antipolitisme virulent, sexe drôle, anticléricalisme universel et passion du jazz : le meilleur de Siné en 200 pages libertaires pour témoigner de son talent. Il nous a reçus dans son petit Centre d’affaires de Montreuil, entouré de femmes : c’est sûr nous n’avons pas rancard chez un vieux con !
Je fais tout de même attention à ne pas me faire matraquer toutes les semaines ! Et puis quand on condamne un dessinateur, ce n’est jamais trop méchant. Cela dévore du temps et il y a des choses plus sérieuses à faire comme le journal, par exemple. Mais j’ai eu des menaces de mort. Il n’y a pas que des rigolos alentour. Il faut être solide moralement. Cela convient à ma nature : les procès me rendent teigneux !
C’est vrai que j’entends régulièrement parler de journalistes menacés de perdre leur boulot s’ils dérogent à la ligne. Ce sont peut-être des bruits de chiottes mais je sens une vraie panique dans la profession. Un journaliste a été viré sous de faux prétextes après avoir publié deux fois dans Siné Hebdo. Nous n’avons pas les moyens de faire un pont d’or à tous ceux qui risquent d’être jetés de leur boulot à la radio, à la télé ou dans les journaux. La France des médias vit un peu en période de guerre. C’est pour ça que Siné Hebdo est indispensable. Nous sommes la voix de tous les gens emmerdés par un régime qui pue au nez.
On a du mal à en trouver d’aussi costauds que moi. Pas assez révoltés sans doute. Ils n’ont peut-être pas mangé assez de vache enragée. Ou alors, quand on leur dit d’y aller plus fort, ils tombent dans le pipi-caca. Il ne faut pas confondre méchanceté et vulgarité : ce qu’on leur demande, c’est du rentre-dedans.
Je ne m’en rends pas vraiment compte. Je n’ai pas d’ambition artistique. Mon style est répétitif un peu comme celui du Chat de Geluck. D’ailleurs j’ai aussi commencé avec un Chat mais je m’en suis débarrassé pour ne pas me faire plomber. On ne supporte pas que je refuse de m’assagir en vieillissant. Je radote de temps en temps mais mes cibles restent à abattre : l’ordre policier et les religions en général, qui sont pour moi une aberration à tout point de vue. Je suis né anticlérical, je ne suis ni islamophobe ni antisémite mais les femmes voilées, ça me fout en l’air. Je suis triste pour elles et pour tout le monde.
