L’homme des lumières

MOREL,PIERRE

Page 23

Jeudi 22 octobre 2009

Liège Un musée, un bouquin : Philippe Deitz est une sommité de l’éclairage

De sa belle maison de la rue Henri Maus, dans le quartier du Laveu, Philippe Deitz, 58 ans et fonctionnaire aux douanes, a fait un musée : celui de l’Histoire de l’éclairage. Car telle est la passion de sa vie, depuis l’adolescence. « Mon père avait le goût des objets anciens, explique-t-il. Et j’ai fait longtemps avec lui le tour des brocantes. Jusqu’au jour où je me suis rendu compte qu’il n’y avait chez nous aucune belle lampe. J’ai alors commencé à m’intéresser à la question, lu les rares livres qui existaient sur le sujet, interrogé mes grands-mères. Et j’ai commencé à collectionner. Je devais avoir une quinzaine d’années. Si mes parents voulaient me faire un beau cadeau, au lieu d’une moto, je demandais une suspension à pétrole ! »

La marotte peut sembler saugrenue. Mais ne le sont-elles pas toutes ? Et au final, même ceux que le sujet n’intéresse que modérément visiteront avec bonheur l’antre de Philippe Deitz. De la cave au deuxième étage, sur les beaux meubles anciens, aux murs, au plafond au sol, il n’y a que cela : 1.340 luminaires, qui racontent la riche histoire de l’éclairage. Des simples « crassiers » antiques à graisse ou huile aux lampes les plus ouvragées, à huile, pétrole, gaz ou… électricité, l’ensemble dégage une impression féerique. D’autant que l’homme a, par la force des choses, une connaissance encyclopédique du sujet et que visiter son musée, c’est aussi découvrir un monde insoupçonné de merveilleuses inventions, de prouesses techniques, de brevets contestés, d’âpres luttes entre les « combustibles » pour l’hégémonie.

La maison elle-même est, quelque part, une pièce du musée, puisqu’elle est la dernière de Belgique à être encore parcourue d’un réseau de distribution pour les 55 luminaires au gaz qu’elle abrite.

Les luminaires au gaz sont d’ailleurs un peu les chouchous de Philippe Deitz qui, via son ASBL « Progaz », milite pour qu’on en réinstalle dans des lieux publics : « A Liège, nous avons contribué à remettre en fonctionnement deux réverbères au gaz dans la cour du Vertbois, une quarantaine sur le quai Mativa et six autres sur la place Saint-Barthélemy. Ça coûte plus cher que l’éclairage électrique, mais la lumière est plus belle, et cela a aussi un intérêt patrimonial et historique ».

Depuis 2005, la splendide collection du musée a par ailleurs fait l’objet d’une donation à la Ville de Liège : « A ma mort, il est prévu qu’ils conservent le musée dans cette maison, mais les plus belles pièces iront rejoindre le parcours historique du Grand Curtius. » Parmi celles-ci, une lampe en bronze de l’époque romaine, un crassier mésopotamien vieux de 4.000 ans, un triptyque en porcelaine chinoise comprenant une horloge et deux lampes à huile. Cette année, Philippe Deitz a aussi publié un livre (1) qui envisage la matière de façon chronologique, avec de nombreuses illustrations, et une série de fiches techniques très instructives. Le résultat de cinq ans d’études et le premier travail fouillé sur la question depuis un tome des Merveilles de la Science de Louis Figuier, en… 1868.

(1) Histoire des Luminaires, histoire des hommes, 592 p., Ed. du Perron. Musée ouvert le samedi après-midi (3 euros) ou sur rendez-vous. Infos : 04-253.25.15

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