Tester les drogues festives pour protéger la santé publique

n.c.

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Jeudi 22 octobre 2009

Carte blanche

Un collectif de signataires (1)

Samedi prochain, le 24 octobre, Gand connaîtra à nouveau la venue de 35.000 fêtards à l’occasion de « I Love Techno », grand-messe européenne des amateurs de musique techno. La couverture médiatique de l’événement ne manquera pas, comme à chaque fois, de stimuler l’imagination : interviews, comptes rendus des festivités et articles de journaux sur les quelques grammes de drogue confisqués, sans oublier les dealers arrêtés. Et les fêtards ? Ils se seront bien amusés ! Certains n’auront rien consommé, d’autres auront fait le choix de l’alcool ou d’autres drogues.

Evidemment, les drogues circulent en milieu festif, mais aussi dans tous les lieux de vie de notre société. L’usage de drogues reste une réalité, tout comme les risques pour la santé physique, mentale ou sociale qui peuvent en découler. Des dizaines d’enquêtes ont montré que la qualité des drogues varie énormément. Leurs inévitables produits de coupe vont du « relativement inoffensif » au « danger mortel ».

On voit circuler de plus en plus de « research chemicals » (produits issus de recherche en laboratoire). Ces drogues synthétiques provoquent des effets totalement inattendus et on ne sait que très peu de choses sur les effets à court et long terme.

De plus, il ressort des recherches limitées de l’Institut Scientifique de Santé Publique que la teneur en MDMA (principe actif de l’ecstasy) peut varier sur un ordre de grandeur de 1 à 20 d’une pilule à l’autre. Une vraie roulette russe pour débutants.

Par ailleurs, la consommation de drogues festives reste substantielle (20 % des jeunes qui sortent consomment régulièrement de l’ecstasy) ou augmente de manière significative.

Les 629 échantillons que la ministre de la Santé publique, Laurette Onkelinx, a fait analyser en 2008 n’étaient qu’une goutte dans la mer, tant la diversité des drogues proposées est grande. De plus, les échantillons sont loin d’être représentatifs. La plupart proviennent de grandes saisies réalisées par la police et il s’agit bien souvent de drogues peu coupées car proches de la source. Mais on n’a pas la plus petite idée de ce qui circule exactement dans le milieu festif. Qui ne sait rien, ne se doute de rien. Encore que… Neuro-intoxications, hyperthermie, crises d’angoisse, blocages rénaux, nausées, hallucinations, etc. : les intervenants de première ligne pourront vous en raconter des choses.

Malgré les efforts louables des organisateurs d’événements et leur étroite coopération avec de nombreux volontaires présents dans le cadre d’initiatives de prévention et de réduction des risques, il est impossible de protéger les fêtards de tous les risques liés aux substances consommées.

L’aversion morale généralisée suscitée dans notre société par les drogues « festives » ne doit pas inciter les politiques à adopter la stratégie de l’autruche. Les drogues illégales sont impossibles à bannir et continuent d’être distribuées en masse. La politique inadaptée de la Belgique en matière de drogues reste surtout fondée sur la pénalisation. Pourtant, il incombe aux pouvoirs publics de protéger la santé publique.

Que fait-on pour ces usagers qui décident de consommer malgré les messages répétitifs de prévention ? Perdent-ils pour autant leur droit à la santé ? Combien d’entre nous n’ont pas déjà conduit leur véhicule plus vite que la vitesse autorisée, est-ce pour autant que notre ceinture de sécurité nous est retirée ? De plus, les chiffres partiels de la ministre de la Santé publique montrent bien que l’attitude actuelle des autorités belges n’est pas la bonne alors que, pour nous, c’est précisément la vulnérabilité des individus, la santé en tant que droit humain universel, qui est le seul bon réflexe et le réflexe primordial. La dissuasion, le démantèlement des canaux d’approvisionnement, la lutte contre les dealers doivent aller de pair avec une volonté active des pouvoirs publics de limiter les risques pour la santé liés à la consommation de drogues.

Aux Pays-Bas, où le marché de la drogue est fort similaire au marché belge du point de vue de l’offre et de la demande, les consommateurs peuvent déjà éviter les risques graves pour la santé grâce au réseau de testing DIMS (drugs info and monitoring system) qui a testé 6.200 échantillons en 2008. Début octobre 2009, il avait déjà analysé 9.000 échantillons apportés par des utilisateurs rendus inquiets par une vague de pilules empoisonnées au mCCp. Un tel système de monitoring partant du bas vers le haut, qui s’adresse aux particuliers à la recherche d’un test préventif ou d’un test sur site, constitue un premier filtre permettant de détecter la toxicité aiguë des substances consommées, ce qui permet au secteur de prévention de la drogue de mener une politique de dissuasion générale et individuelle plus efficace grâce à une approche différenciée. Cette politique alliant réalisme et pragmatisme est fondée sur le principe de la réduction des effets nuisibles et elle incite les utilisateurs à se mettre en contact avec les initiatives de prévention et d’aide. Une plate-forme crédible de ce type, capable d’offrir des informations fiables sur la nocivité des substances, aura pour effet d’amener un grand nombre d’utilisateurs à réfléchir plutôt que d’inciter un plus grand nombre de jeunes à consommer de la drogue.

Le testing permet de rencontrer le consommateur dans un cadre individualisé sans risque d’être jugé ou de perdre son anonymat, de répondre à ses questions liées à la consommation de drogues ainsi que de l’informer sur les risques qu’il prend et les moyens de les réduire.

Cela fait des années que la ministre insiste sur l’utilité de tester les drogues illégales afin de protéger la santé publique. Or, rien de substantiel n’a été fait. Les sorties et la drogue sont indissociables et toute rigidité morale ne fera qu’entraver la mise en place d’une politique de santé progressive et adaptée.

(1) Signataires : Paul Wille, sénateur Open Vld et vice-président du Conseil de l’Europe ; Geert Lambert, sénateur indépendant ; Freya Piryns, sénatrice Groen ; Walter Grootaers, chanteur des Kreuners et présentateur ; Bruno Vandegehuchte, collaborateur universitaire de l’Open Vld ; Koen Raes, professeur de philosophie du droit et d’éthique appliquée à l’Ugent ; Tom Decorte, professeur de criminologie à l’Ugent ; Margriet Hermans, artiste flamande ; Catherine Van Huyck, directrice de Modus Vivendi, responsable de la prévention, de l’aide et du testing à petite échelle à Bruxelles et en Wallonie ; Herman Schueremans, organisateur de I Love Techno et Rock Werchter, parlementaire Open VLD ; Jacques Brotchi, Député, membre du Parlement de la Communauté française, neurochirurgien ; Hendrik Willemyns, artiste et membre du groupe « Arsenal » ; Philippe De Backer, président des jeunesses VLD ; Dr Serge Zombek, psychiatre, Médecin Directeur de la Maison d’Accueil Socio-Sanitaire de Bruxelles ; Pierre Schoemann, Jerry Werenne, directeurs du Projet Lama asbl ; Dominique David (à titre privé), responsable du programme de prévention et de réduction des risques liés aux usages de drogues au Service de Prévention de la Ville de Mons et, en charge d’un projet transfrontalier INTERREG IV dans les mégadancings du Hainaut occidental ;

Ludovic Henrard, directeur de la Fédération des Institutions actives en toxicomanies de Bruxelles ; Catherine Vegairginsky, directrice du Centre Local de Promotion de la Santé de Bruxelles ; Martine Dal, directrice Prospective-Jeunesse, Bruxelles ; Zoé Genot, députée fédérale ECOLO.

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