Nos jazzmen sur leur 31
COLJON,THIERRY
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Mardi 27 octobre 2009
Musique De Toulouse à Paris, le jazz belge s’exporte
Samedi, carte blanche était donnée au label bruxellois Igloo. Qui fête justement ses 31 ans. « Pur hasard », selon Daniel Léon, de la Sowarex, le festival ayant l’habitude d’inviter tous les ans un label différent.
Au travers d’Igloo, c’est en fait à un pan important du jazz belge et de son histoire que le festival toulousain a tenu à rendre hommage. Ce n’est pas pour rien que Christine Jottard, la directrice du label, a tenu à bien faire les choses en proposant au public gascon qui a facilement rempli le Magic Mirror de 300 places planté au cœur de la cour de l’immense bâtiment froid du Conseil général, trois artistes issus de trois générations. Pascal Mohy, avec Mélanie De Biasio en invitée de son trio, le quartette de Manu Hermia et le trio de Steve Houben ont joué les ambassadeurs dans ce qui ressemblait véritablement à un igloo préservant la chaleur du jazz dans un monde architectural froid au possible.
Lors d’une présentation à la presse de cette soirée, tout ce petit monde n’a même pas pensé à rappeler qu’au travers de Franc’amour, le label frère consacré à la chanson française, la maison entièrement subsidiée par la Communauté française avait révélé Maurane, la nouvelle chérie des Toulousains très sensibles à toutes les formes d’hommage à Nougaro. Une Maurane qu’on a retrouvée assez vite au sein du projet HLM (pour Houben Loos Maurane) qui mérite aussi en France une plus grande visibilité.
S’il est toujours bon de rappeler que les Américains Chet Baker, Joe Lovano et John Ruocco ont enregistré pour Igloo, l’essentiel de la mission du label consiste en la promotion d’artistes belges souffrant d’une particularité géographique plutôt défavorable. L’étroitesse du marché les oblige, de fait, à sortir du pays. Comme l’ont fait Philip Catherine ou Eric Legnini, tous deux produits par des labels français.
Une voie à suivre par les « petits jeunes » comme Pascal Mohy dont le jeu et l’inspiration au piano ont tout pour plaire. Il a séduit un public conquis avant même l’apparition, en deuxième partie de son set, par l’intrigante Mélanie De Biasio qui n’a pas son pareil pour habiter ses chansons.
Avant leur prestation très remarquée, on a retrouvé un Manu Hermia en toute grande forme, malgré un concert la veille au Sounds qui s’était terminé fort tard (et pas qu’en musique !). Des rives du Gange au Lubéron au petit matin, le saxophoniste a livré un concert d’une petite heure, très équilibré, soutenu par de solides Sylvain Romano à la basse, Erik Vermeulen au piano et Lieven Venken aux drums. Un Lieve qu’on a retrouvé avec Mohy, de la même manière que Mohy partage avec Houben son contrebassiste vedette Sal La Rocca.
Steve, véritable chef de file de ce label auquel il est fortement associé, a merveilleusement rempli son rôle de patron, clôturant une soirée avec une maîtrise époustouflante, à la flûte comme au sax, avec ses compos, comme celles de Jobim ou de Strayhorn.
Le public a ainsi pu se rendre compte que le jazz belge contemporain était bien vivant et diversifié.
Quand Marc Danval jazze…
Marc Danval, homme de radio, écrivain, plasticien, poète et gastronome… est aussi et avant tout un amoureux fou de jazz. Et de son histoire. Nourrissant son exposition de documents qu’en tant que collectionneur, il a amassés au fil des ans, il dresse un joli portrait du jazz belge, de sa naissance à aujourd’hui. Une contemporanéité minoritaire mais fort joliment défendue par les tableaux du jeune illustrateur liégeois Yves Budin qui, en plus de l’affiche de l’expo, signe quelques superbes tableaux de jeunes jazzmen belges.
Marc nous convie chez lui. Après les photos murales, on entre carrément dans son bureau reproduit à l’identique. Et là, tout de suite, on déborde du cadre jazz pour découvrir l’univers d’un passionné de Sacha Guitry et de littérature. Il n’a pas pu tout mettre, nous confie-t-il, mais elles valent le déplacement ces photos rares comme celles de Toots sur scène aux côtés de Charlie Parker, ou de Bobby Jaspar jouant avec Miles. Robert Goffin, le père des critiques jazz, pas plus qu’Adolphe Sax, ne sont oubliés.
Depuis 1846 et l’invention du saxophone, notre pays a livré des artistes qui ont fait l’âge d’or de ce qui, dès le début des années 20, à Bruxelles, allait jazzer. Les âges d’or étant ici au nombre de trois. D’où le titre de l’expo. Toots, Thomas, Pelzer, Jaspar, Catherine… avant les Legnini et Houben d’aujourd’hui. Les affiches de concerts dans des lieux souvent disparus montrent à quel point la Belgique a été au rendez-vous du jazz. En accueillant très tôt les plus grandes pointures, tout en livrant au monde de la musique de sacrées pointures.
REPÈREs
fêtait l’an dernier ses trente ans. En 1978, c’est un label de poésie sonore que fonde Daniel Sottiaux. Peu de temps après, sa fusion avec Les Lundis d’Hortense en fera un label spécialisé en jazz belge. Une firme de disques qui a la particularité, au sein de la Sowarex, d’être subsidiée par la Communauté française, comme Franc’amour et Igloo mondo. Avec une mission claire : la découverte et la promotion des artistes belges.
