Le Sage voyage chez Schumann

MARTIN,SERGE

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Mardi 10 novembre 2009

Après l’œuvre pour piano en 2007, Eric Le Sage va cette fois nous faire découvrir à Liège l’intégrale de la musique de chambre avec piano.

Entretien

Eric Le Sage nous revient les deux prochains week-ends avec l’intégrale de la musique de chambre avec piano de Schumann. Des partitions qu’il enregistre pour Alpha… dans la Salle Philharmonique.

Eric Le Sage, d’où vient cet intérêt pour la Salle Philharmonique ?

Je l’ai découverte lorsque Jean-Pierre Rousseau m’a invité pour un concerto de Brahms et elle m’a ébloui lors de l’enregistrement des concertos de Poulenc. C’est un lieu magique, avec une acoustique très riche mais sans trop de réverbération. Je voulais enregistrer les trios sur un Steinway de 1875 qui se trouve chez Maene ; Liège s’est donc imposé.

Comment rapprocheriez-vous la musique de chambre de Schumann et son œuvre pour piano ?

La démarche est assez semblable : des petites pièces de caractères qu’il adore comme ces « stücke » pour hautbois, violoncelle ou clarinette qui peuvent d’ailleurs être joués sur différents instruments et ensuite des œuvres plus construites comme les sonates pour piano et violon. Avec, entre les deux, ces pages si mystérieuses que sont les trios.

Ces trios sont souvent mal-aimés. Comment les percevez-vous ?

En dehors du premier qui a encore un ton mendelssohnien, ce sont des œuvres très riches, mais secrètes. Je peux dire que nous avons appris à les aimer en les jouant. Il faut construire quelque chose mais qui ne soit pas trop carré, avec un traitement très lyrique des trois voix instrumentales qui exige des interprètes une très grande liberté. L’équilibre n’y est pas aisé. Le piano dont la main gauche double le violoncelle a parfois tendance à l’avaler. C’est pour cette raison que je voulais disposer de ce Steinway de 1875 qui permet un meilleur équilibre sonore sans rien perdre de l’intensité.

Une conception qui s’oppose un peu à l’immédiateté de Schumann.

La première caractéristique de la musique de Schumann, c’est son métier naturel. Elle ne prend pas la pose. Son inspiration est directe, honnête et généreuse. C’est quelqu’un qui pense en musique, sans avoir besoin de la rhétorique. Quand je le joue, j’ai l’impression d’être dans un musée et de rentrer dans le tableau au lieu de le contempler.

Roland Barthes disait que, dès que l’on joue Schumann au piano, fût-ce comme l’amateur le plus modeste, on développe un rapport autobiographique avec la musique.

Quel rapport faites-vous entre le concert et le disque ?

J’arrive au disque avec des interprétations mûries et je réalise un enregistrement à la fin d’un parcours de concert. J’essaie de jouer les œuvres que je vais enregistrer le plus possible. Souvent, je commence à les travailler 3-4 ans à l’avance. Je ne me retrouve pas du tout dans ce circuit du show-business où l’on enregistre un programme que l’on promeut ensuite en tournée. Je jouerai bien sûr beaucoup de Schumann en 2010, année du 200 e anniversaire de sa naissance, mais je n’ai programmé aucune intégrale. Je jouerai probablement l’œuvre entier mais au fil des concerts.

Vous jouerez Fauré en complément. Pourquoi ?

Oui. Hommage à R. Sch. (op. 15d) de Kurtag aurait dû s’imposer aussi car le compositeur hongrois a incroyablement saisi le côté fantasmagorique et obscur de Schumann mais, faute de répétitions, nous ne pourrons hélas pas le jouer. Fauré, lui, s’impose comme amoureux de la musique romantique. Je suis sûr que sa musique de chambre doit être jouée charnue et pas éthérée.

Comment avez-vous sélectionné vos partenaires ?

Ce sont tous des amis. D’une façon ou d’une autre, ils ont tous participé au festival que nous donnons chaque été à Salon de Provence. Prenez Christophe Coin, qui aime beaucoup le répertoire romantique… qu’on ne lui demande que rarement. Je l’ai approché pour Schumann il y a 7 ou 8 ans. Quant à François Salque, j’ai déjà enregistré avec lui la sonate pour violoncelle de Poulenc. Et Paul Meyer est un partenaire de toujours. Le violoniste japonais Kashimoto est quelqu’un qui joue beaucoup les grands concertos mais qui investit de plus en plus la musique de chambre. Son apport dans Fauré est extraordinaire, à la fois engagé et lumineux. Il nous rejoint pour le quatuor et le quintette. En dehors de nos carrières respectives, nous adorons nous retrouver et la musique évolue à chaque rencontre. Les choses se déplacent au fil du temps, ce qui nous permet de travailler sur le long terme et de conquérir le degré de préparation qui permet d’être libre lors de l’exécution.

Un week-end de festival

Un week-end de festival

Samedi 14 à 16h. Schumann : quatuor avec piano op.47. Fauré : quatuor nº2 avec piano, trio pour clarinette, violoncelle et piano.

Samedi 14 à 20h. Schumann : Cinq pièces dans le style populaire pour violoncelle et piano, Marchenbilder pour alto et piano, Drei Fantasiestücke pour clarinette et piano, Trois romances pour hautbois et piano. Märchenerzählungen pour clarinette, alto et piano. Mozart : Trio des quilles.

Dimanche 15 à 16h. Fauré : quatuor nº1 avec piano Schumann : quintette avec piano, pages pour piano.

Eric Le Sage, piano ; Gordan Nikolich, Daishin Kashimoto, violon ; Lise Berthaud, alto ; François Salque, violoncelle ; Paul Meyer, clarinette ; Sylvain Cremers, hautbois

Tous les concerts ont lieu à la salle Philharmonique, Liège. Réservation : 04 220 00 00 ou www.opl.be

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