Ce scénario qui s’appelle la vie
VANTROYEN,JEAN-CLAUDE; CAUWE,LUCIE; DE DECKER,JACQUES; MAURY,PIERRE
Vendredi 13 novembre 2009
Luc Dellisse applique la loi du plus petit écart entre réalité et fiction.
Le professeur de scénario est un plaisir de tous les instants. Sa manière, ici, atteint à une forme de plénitude irrésistible. On a affaire à ce que les Anglo-Saxons appellent un « campus novel », genre où un David Lodge est passé maître. Sauf qu’ici on n’est pas à Oxford, Cambridge ou dans une des nombreuses universités de second rayon que l’auteur d’Un petit monde passe au peigne fin de son ironie assassine, mais à Genève, et plus particulièrement dans une faculté de cinéma. Son personnage, qui s’appelle Luc comme l’auteur, y doit son engagement à une thèse sur Guitry cinéaste (on sait que Truffaut vénérait cet aspect du talent du touche-à-tout qu’était l’auteur du Roman d’un tricheur).
Luc Dellisse est lui aussi enseignant dans ce type d’orientation. D’autres de ses livres en témoignent, L’invention du scénario en particulier, qui est une magistrale introduction en la matière, et maintenant L’atelier du scénariste qui paraît en même temps que son nouveau roman. Il s’agit d’un essai très brillant qui s’attache à certains « secrets de fabrication » de l’écriture scénaristique, au départ d’exemples des plus divers, des frères Coen à Clint Eastwood, de David Lynch à Steven Spielberg, de Jacques Audiard à Jean-Pierre Melville.
La coïncidence des deux sorties n’est pas fortuite, elle est même délibérée. Voilà une manière brillante de se moquer de l’autofiction. Dellisse multiplie les analogies entre son personnage et lui pour mieux brouiller les pistes. Il avoue de la sorte, en réduisant l’écart entre réalité et fiction au minimum visible, que le romanesque l’emporte toujours, que l’imagination décide de tout. Et chez lui, pour notre délectation, l’imagination est dans les détails, dans les formulations. Sa manière particulièrement finaude de conclure ses chapitres est délicieuse, non, osons le mot, dellissieuse.
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