Rongvaux, Russell et les autres
FRICHE,MICHELE
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Lundi 16 novembre 2009
Théâtre « Eloge de l’oisiveté »
Hésiteriez-vous à en être spectateur au seul énoncé du titre sévère ? Vous auriez tort. L’intelligence, aussi dense soit-elle, se fait ici aussi légère qu’une plume qui vole et plane au fil de la pensée, sertie dans un rythme ludique, auquel la sobre mise en scène de Véronique Dumont et les lumières de Bruno Smit ne sont pas étrangères.
Russell est bien là et livre quelques pépites : « Le fait de croire que le travail est une vertu est la cause de grands maux dans le monde moderne » ou « L’idée que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqué les riches », ou encore « La bonté est, de toutes les qualités morales, celle dont le monde a le plus besoin, or la bonté est le produit de l’aisance et de la sécurité, non d’une vie de galérien ».
Lucide mais non désespéré et en prise directe avec nos temps troublés, cet Eloge de l’oisiveté est l’axe-pivot de ce monologue et quand il reprend les propos de Russell, le comédien sort sa pipe et ses lunettes. Mais d’autres auteurs apparaissent également.
On passe ainsi de Jean de la Fontaine (Le savetier et le financier, jouissif !), à Denis Grozdanovitch (on y rit des mœurs des paresseux, l’on médite ce superbe passage du pêcheur à la ligne, dans son Petit traité de la désinvolture). Et l’on saisit immédiatement ce qui relie les uns aux autres, avec une sorte de séduction naturelle et pas mal d’humour.
Entre un fauteuil et un bureau, filant au second étage en quête d’un dictionnaire, plongeant son regard dans le vôtre ou épluchant méthodiquement une pomme à vous mettre l’eau à la bouche, Dominique Rongvaux partage ses gourmandises avec une élégante nonchalance et une connivence décontractée. Cet Eloge de l’oisiveté est un des bonheurs de cet automne, à ne pas rater.
