Plusieurs sections saccagées à la prison d’Andenne
n.c.
Mercredi 18 novembre 2009
Plusieurs sections de la prison d’Andenne ont été saccagées par des détenus mardi soir, en protestation aux violences exercées par des policiers sur des détenus de la prison de Forest. Le ministre de la Justice a demandé au Comité P d’ouvrir une enquête sur la « maîtrise de la violence » dans les prisons. Et la ministre de l’Intérieur évoque un service minimum en cas de grève des gardiens.
Eric Delchevalerie, le directeur de la prison d’Andenne, chiffre à maximum 6.000 euros les dégâts provoqués par les émeutes qui se sont déclarées mardi soir au sein de l’établissement pénitentiaire.
De nombreux détenus se sont agités pour protester contre l’agression de détenus à la prison de Forest par des policiers et les insultes proférées par ceux-ci à l’égard de l’Islam.
M. Delchevalerie précise que ce sont essentiellement la salle de cours et le bureau de l’agent de section de deux sections qui ont été visés par les détenus : « Sur une section, tout le matériel commun a été détruit : les tables, les chaises, les ordinateurs. Même la peinture est à refaire. Néanmoins, aucune cellule n’a été endommagées. Les dégâts matériels sont dès lors limités et aucun blessé n’est à déplorer ».
Le directeur de l’établissement pénitentiaire ajoute encore que le mouvement des détenus s’est résolu progressivement jusqu’à un retour au calme à 01h00. Il aura cependant fallu l’intervention de la police fédérale vers 02h00 pour faire rentrer la dernière section composée d’une vingtaine de détenus. « Ce soulèvement est de toute évidence une réaction épidermique des détenus en relation immédiate avec les événements de Forest. Mais, actuellement, tout est rentré dans l’ordre », a finalement souligné M. Delchevalerie.
Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck a demandé au Comité P (contrôle des services de police) d’ouvrir une enquête sur la « maîtrise de la violence » dans les prisons lors d’interventions de la police, rapporte De Morgen.
Le ministre se base sur un rapport de la commission de contrôle de la prison de Forest, où des agents de police de la zone Bruxelles-Midi ont dû intervenir lors de deux grèves récentes des gardiens. Il y est question de « violence intolérable ».
« La lumière doit avant tout être faite sur ce cas concret », dit le ministre, qui compte pour ce faire sur la direction et les services judiciaires. « A côté de cela, je veux aussi une enquête élargie sur le rôle de la police dans les prisons », ajoute-t-il.
La ministre de l’Intérieur Annemie Turtelboom a évoqué sur les ondes de la VRT l’idée d’un service minimum en cas de grève des gardiens de prison, afin que du personnel qualifié puisse y demeurer pour surveiller les détenus.
La ministre a souligné que les incidents de Forest étaient « inacceptables », mais a défendu des policiers qui, dit-elle, interviennent immédiatement dans une situation d’autant plus difficile qu’ils doivent « surveiller aujourd’hui ceux qu’ils ont arrêtés hier ».
Les agents manquent en outre d’une formation pour cela, ce qui n’est pas une excuse pour ce qui s’est passé à Forest, précise Annemie Turtelboom.
Pour résoudre ce problème, la ministre de l’Intérieur envisage la formation d’un groupe de policiers qui deviendraient ainsi spécialisés pour reprendre la tâche des gardiens en cas de grève.
Mais elle évoque aussi l’idée d’un service minimum. « Nous pouvons peut-être réfléchir à un service minimum dans les prisons, de sorte que la surveillance des détenus en cas de grève puisse quand même être exercée par du personnel de l’intérieur des prisons », a-t-elle commenté.
Annemie Turtelboom déplace le débat sur la violence policière en parlant de limitation du droit de grève des gardiens, a jugé mercredi le député sp.a Renaat Landuyt en réaction aux propos de la ministre plus tôt en matinée, en radio.
Pour Renaat Landuyt, de telles déclarations signifieraient que les policiers ne sont pas aptes à surveiller des gens. La ministre veut-elle dire qu’il y a, en termes de recours à la force, des règles morales différentes pour une interpellation ou pour une surveillance, s’interroge le député.
Selon lui, Annemie Turtelboom déplace inutilement le débat, et de manière idéologique, vers un débat sur une limitation du droit de grève. « Le problème n’est pas que la police exerce une mission de surveillance, mais qu’elle recoure à la violence », observe-t-il, attendant de connaître la manière dont la ministre va aborder ce sujet de la violence policière.
(belga)
