D’Obama à Sarkozy, ce qu’ils ont dit de la nomination de Van Rompuy

n.c.

Vendredi 20 novembre 2009

Barack Obama a félicité Herman Van Rompuy pour son élection comme président du Conseil européen. Nicolas Sarkozy a rassuré en affirmant que le choix de Van Rompuy n’est « pas un choix par défaut », mais au contraire le « président fort » qu’il avait toujours souhaité. Excepté le président français, les politiques français sont plus sceptiques.

Les félicitations d’Obama

Le président américain, Barack Obama, a félicité le premier ministre Herman Van Rompuy sur son élection comme président du Conseil européen, et Catherine Ashton pour sa désignation en tant que Haut représentant aux affaires étrangères.

Pour les Etats-Unis, la désignation des deux nouveaux responsables européens, couplée à l’exécution du Traité de Lisbonne, va permettre à l’Europe de renforcer sa position et d’être un partenaire encore plus fort pour les Etats-Unis.

Le président des Etats-Unis dit attendre avec intérêt de travailler étroitement avec le président Van Rompuy et Mme Ashton, ainsi qu’avec le président Barroso et ses nouveaux commissaires, pour honorer les engagements pris lors du sommet Europe – Etats-Unis du 3 novembre et relever ensemble des défis bilatéraux, régionaux et globaux.

Sarkozy : Van Rompuy n’est « pas un choix par défaut »

Le président français Nicolas Sarkozy s’est employé à assurer aux journalistes que le nouveau président de l’Union européenne n’était « pas un choix par défaut », mais au contraire le « président fort » qu’il avait toujours souhaité.

« J’ai toujours pensé qu’il fallait un président fort », a souligné M. Sarkozy à l’issue du sommet européen où les 27 se sont entendus sur le chef du gouvernement belge.

« Il y avait d’autres solutions, notamment celle de Tony Blair », a-t-il reconnu. Mais Herman Van Rompuy n’est « pas du tout un choix par défaut, ce n’est pas du tout ça », a-t-il souligné.

Au contraire, M. Van Rompuy est « profondément européen », c’est « un homme extrêmement décidé qui sait où il va, un parfait connaisseur de la politique européenne », et « un homme de très grande qualité dont j’ai toujours apprécié les prises de position volontaristes à la table du Conseil », a-t-il ajouté.

Selon lui, M. Van Rompuy « a su faire preuve de beaucoup d’habileté s’agissant de la Belgique. Et c’est un problème d’ailleurs puisqu’il devra quitter ses fonctions de Premier ministre belge ».

Herman Van Rompuy est « habitué au compromis, au bon sens du terme, qui est la base du fonctionnement des institutions européennes. Je suis persuadé qu’(il) portera fièrement le drapeau européen », a-t-il également soutenu.

Rocard : « une mauvaise décision »,

L’ancien Premier ministre socialiste français Michel Rocard a estimé que la nomination du Premier ministre belge Herman Van Rompuy à la tête de l’Europe était « une mauvaise décision » jugeant qu’il aurait fallu quelqu’un d’expérimenté plutôt qu’ » un petit nouveau ».

« Je pense que c’est une mauvaise décision, je la regrette profondément », a déclaré M. Rocard sur France Inter, mais, selon lui, « l’Europe politique est morte en fait, elle a déjà subi cinq assassinats tous meurtriers ».

Selon lui, l’ensemble des pays européens, Royaume-Uni en tête, veulent en fait « préserver leurs territoires et empêcher que l’Europe devienne une entité capable de faire vraiment de la politique à leur place ».

« M. Van Rompuy est probablement un homme charmant, tout ce qu’on dit de lui est complètement délicieux » mais « le président de l’Europe doit être quelqu’un qu’on a vu au travail depuis 15 ans ou 20 ans avant et qu’on connaît. Un petit nouveau, même s’il est bien, il va lui manquer ce ressort », a-t-il dit.

« Quant à l’idée de confier la diplomatie de l’Europe à l’Angleterre c’est-à-dire à un pays qui ne veut de diplomatie européenne en aucun cas, là on est dans la caricature », a aussi jugé M. Rocard commentant la nomination de la Britannique Catherine Ashton au poste de Haut représentant de l’UE aux affaires étrangères.

Bayrou aurait préféré Juncker à Van Rompuy

Le leader centriste français François Bayrou a estimé vendredi que le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker aurait dû être choisi comme nouveau président de l’Europe et non le chef du gouvernement belge Herman Van Rompuy.

Le Premier ministre belge « a été choisi pour ne faire d’ombre à personne, il a été choisi parce qu’il n’avait pas une personnalité, un charisme, j’espère de toutes mes forces qu’il va faire mentir ce pronostic-là (…), qu’il va se révéler et qu’il va être le contraire de l’exécutant effacé qu’on voudrait qu’il soit », a déclaré M. Bayrou à la chaîne de télévision Canal +.

« L’Europe aurait eu besoin d’avoir à sa tête quelqu’un qui soit fort et entraînant », a-t-il ajouté, jugeant que « Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg, avait ce profil, cette expérience et cette ambition » à l’inverse du Premier ministre belge « effacé et inconnu sur la scène politique européenne ».

Le chef du Mouvement démocrate (MoDem) a toutefois reconnu le mérite à M. Van Rompuy d’avoir « fait sortir la Belgique de l’affrontement pour la faire entrer dans une meilleure entente ».

« J’espère qu’il va faire la même chose » à la tête de l’Europe, a-t-il dit.

En tout état de cause, « cette manière de désigner le président de l’Europe dans les antichambres, en secret, par des tractations, ça ne va pas », a considéré le leader centriste plaidant pour l’élection du président de l’Europe au suffrage universel.

M. Bayrou était arrivé en troisième position en 2007 lors du premier tour de l’élection présidentielle française, derrière Nicolas Sarkozy et la socialiste Ségolène Royal.

Cohn-Bendit : l’UE « a atteint le fond » avec Ashton et Van Rompuy

Avec ces nominations, « l’Europe a atteint le fond. Ce qui est bien, c’est que nous n’avons plus devant nous que des bonnes surprises. Les choses ne peuvent que s’améliorer », a assuré M.

Cohn-Bendit.

« Après avoir nommé un faible président de la Commission européenne, ils ont désormais nommé un président du Conseil falot et une Haute représentante insignifiante », a-t-il dénoncé.

En somme, selon lui, « les chefs d’Etat et de gouvernement ont poursuivi leur politique d’affaiblissement des institutions européennes ».

Pour la co-présidente des Verts Rebecca Harms, la nomination de Mme Ashton est néanmoins « un succès » dont peuvent se targuer « les femmes au Parlement européen ».

Beaucoup d’eurodéputées de divers groupes avaient fait campagne pour plus de parité dans les postes de premier plan de l’UE.

Du côté des socialistes européens, leur président de groupe Martin Schulz se félicite de la nomination de la travailliste britannique aux Affaires étrangères.

« En tant que commissaire au commerce, elle a acquis de l’expérience dans des négociations internationales très complexes », a-t-il fait valoir.

Quant au leader du groupe conservateur PPE au Parlement européen, Joseph Daul, il s’est félicité de ce qu’avec la nomination de M. Van Rompuy, le PPE « est ainsi conforté dans sa position de première famille politique en Europe ».

« Mon Groupe attend maintenant de Catherine Ashton et Herman Van Rompuy qu’ils se montrent forts eux aussi, chacun à son niveau, au service de l’intérêt général européen », a conclu le chef de file des conservateurs.

Brown : « un homme de consensus »

Le Premier ministre britannique Gordon Brown a salué jeudi soir le sens du consensus d’Herman Van Rompuy, ainsi que son intégrité.

M. Brown, qui défendait avant le sommet la candidature de Tony Blair au poste de président du Conseil européen, a expliqué aux journalistes de son pays, dont certains avaient vigoureusement M. Van Rompuy, qu’il était l’homme adéquat pour la poste.

M. Van Rompuy est un « homme de consensus qui gère une coalition de cinq partis », a-t-il souligné, ajoutant qu’il avait « apporté de la stabilité à son pays ».

« Son intégrité est au-dessous de tout soupçon », a renchéri M. Brown.

Interrogé sur la candidature de M. Blair, Gordon Brown a souligné qu’ « il aurait fait un excellent président du Conseil, mais que le Parti populaire européen (dont est issu M. Van Rompuy, ndlr) avait exigé le poste ».

(D’après AFP)

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