Un Belge dans le coma depuis 23 ans était en fait conscient
n.c.
Lundi 23 novembre 2009
Un Belge de 46 ans a passé 23 années allongé sur un lit d’hôpital dans un état qualifié de végétatif. Des analyses menées en 2006 ont montré qu’il était conscient depuis le début. Aujourd’hui, Rom Houben raconte : « Je criais, mais on ne pouvait pas m’entendre. » Selon les recherches du neurologue Steven Laureys, chercheur à l’Université de Liège, ce cas ne serait pas isolé.
Pendant 23 ans ses médecins l’ont cru dans le coma. Mais, raconte ce patient belge, il était en fait éveillé, mais incapable de communiquer car emprisonné dans un corps totalement paralysé.
« Je criais, mais aucun son ne sortait », a raconté Rom Houben, 46 ans, au magazine allemand Spiegel.
« Je n’oublierai jamais le jour où ils ont finalement découvert ce qui n’allait pas, ça a été ma seconde naissance », a expliqué cet ancien étudiant ingénieur et amateur de sports de combat qui a appris à taper des mots sur un ordinateur spécialement adapté.
Victime d’un accident de la route en 1983, il est depuis soigné dans un hôpital de Liège, où médecins et infirmières ont très vite considéré qu’il était dans un coma végétatif.
Il a fallu des examens médicaux pratiqués à l’Université de Liège pour découvrir, il y a trois ans, que son cerveau était intact.
La mère du patient, Fina Houben, n’a jamais abandonné l’espoir. « J’ai toujours su que notre fils était toujours là, » a-t-elle affirmé.
Le patient a raconté le calvaire qu’il a vécu pendant des années, condamné à entendre tout ce qui se disait autour de lui, sans pouvoir intervenir. « J’ai été le témoin de ma propre souffrance lorsque les médecins et infirmières tentaient de me parler et finissaient par renoncer », a-t-il raconté.
Le pire a été le jour où sa mère et sa soeur sont venus lui raconter la mort de son père. Il voulait pleurer mais son corps demeurait immobile.
Coupé du monde, il passait son temps à méditer. « Tout le temps je rêvais à une vie meilleure. La frustration est un mot trop faible pour exprimer ce que je ressentais », a-t-il ajouté.
Aujourd’hui, il ne peut toujours pas bouger, mais il peut lire grâce à un appareil placé au-dessus de son lit et peut communiquer par clavier interposé. « Je veux lire, parler à des amis par ordinateur, et goûter à la vie maintenant que les gens savent que je ne suis pas mort », a-t-il affirmé.
Son histoire a été révélée après la publication d’un article du neurologue Steven Laureys. Le problème, selon M. Laureys cité par le magazine Spiegel, « c’est qu’une fois qu’un coma a été diagnostiqué, c’est très difficile de revenir dessus ». « Chaque patient », estime ce médecin, « devrait être testé au moins 10 fois avant qu’on ne le catalogue définitivement comme végétatif ».
Pour le docteur Steven Laureys, le cas de Rom Houben serait loin d’être isolé. Il estime, dans une étude publiée récemment dans la revue BMC Neurology, que de nombreux patients dont on considère l’état comme végétatif seraient en fait mal diagnostiqués. « 41 % des patients en état de conscience minimale sont diagnostiqués de manière erronée comme étant en état végétatif », selon les termes du communiqué publié à l’époque.
Cet événement pourrait également relancer le débat sur l’opportunité de mettre fin à la vie de personnes plongées dans le coma depuis des années et dont on estime qu’elles ne recouvriront jamais leurs facultés.
(afp)
