Obésité des jeunes : Itinera propose de taxer les sodas
GUTIERREZ,RICARDO
Mardi 24 novembre 2009
« On estime que l’augmentation de l’obésité s’explique à 60 % par l’évolution technologique de nos modes de vie, qui implique davantage de sédentarité, moins d’exercice physique, et à 40 % par l’accès aux calories bon marché, commente Brieuc Van Damme. Lutter contre l’obésité passe par une stratégie multiple, qui combine la promotion d’un mode de vie sain, de meilleures habitudes alimentaires et une activité physique quotidienne. Les pouvoirs publics ont la possibilité d’agir sur les prix en réduisant la différence entre les bonnes et les mauvaises calories. »
Exemple : aux Pays-Bas, la Ville d’Amsterdam lance, l’année prochaine, un projet-pilote qui consiste à offrir à des prix très compétitifs des fruits et des légumes dans les quartiers défavorisés. En septembre, le président américain Barack Obama a confié au magazine Men’s Health ses intentions d’établir une taxe sur les sodas… L’idée avait été formulée, quelques mois plus tôt par deux chercheurs, dans la prestigieuse revue médicale New England Journal of Medicine. Le professeur Kelly Brownell, directeur du Centre Rudd sur la politique alimentaire et l’obésité (Université Yale), et le docteur Thomas Frieden, commissaire à la Santé de la Ville de New York, y rappellent que « chaque canette ou verre supplémentaire de boisson sucrée consommé quotidiennement augmenterait de 60 % le risque d’obésité de l’enfant ».
Pour Brownell et Frieden, « chaque augmentation de 10 % du prix des sodas pourrait diminuer de 7,8 % les consommations ». Ils s’appuient sur des chiffres de l’industrie, notamment le constat, par Coca-Cola, d’une baisse des ventes de 14,6 %, suite à une augmentation des prix de l’ordre de 12 %.
Les deux chercheurs préconisent d’établir une taxe de l’ordre de 0,24 euro par litre, aux Etats-Unis…
L’Itinera Institute rejoint leur constat, mais avance un taux bien plus restreint : 0,03 euro par litre. Concrètement, le litre de jus d’orange passerait ainsi de 1,25 à 1,28 euro (+ 2,4 %) ; la bouteille d’un litre et demi de Pepsi, de 1,03 à 1,08 euro (+ 4,4 %) ; la canette de Fanta de 0,51 à 0,52 euro (+ 2 %)… Des hausses de prix qui risquent de passer inaperçues aux yeux du consommateur.
« Il est vrai que le taux que nous suggérons est six fois moins élevé que celui que défendent les chercheurs américains dans leur étude, mais nous voulons avant tout être pragmatiques, commente Brieuc Van Damme. En France, la Commission des finances avait approuvé le principe d’une taxe sur les boissons sucrées au taux maximal de 0,06 euro par litre, mais l’Assemblée nationale a voté contre, le 29 octobre. Il est plus réaliste de partir sur un montant plus acceptable, quitte à le rehausser progressivement, comme on l’a fait pour le tabac. »
Une taxe forfaitaire présente aussi l’inconvénient de frapper davantage les consommateurs modestes. « Certes, admet Brieuc Van Damme, mais c’est aussi le public le plus touché par l’obésité, le plus victime des calories malsaines, et donc celui qui bénéficierait le plus des mesures de prévention que l’on pourrait financer avec le rapport de la taxe. » Selon les calculs d’Itinera, le dispositif permettrait de lever 36 millions d’euros par an, soit de quoi rehausser de 15 % les budgets actuels de prévention, au niveau des communautés.
Reste à voir si les décideurs politiques suivraient. Voici quelques années, ils avaient finalement rangé au placard leurs intentions d’interdire les distributeurs de sodas dans les écoles, en Wallonie et à Bruxelles.
