Le buzz du vrai faux documentaire
MANCHE,PHILIPPE
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Mercredi 25 novembre 2009
Cinéma Sortie ce mercredi de « Paranormal Activity »
Dix ans plus tard, pas plus tard que ce mercredi, Paranormal Activity débarque sur nos écrans. En utilisant le même procédé du faux documentaire. Jugez plutôt. Un jeune couple est persuadé que sa maison est hantée. Histoire d’en avoir le cœur net, les amoureux placent une caméra dans la chambre pour enregistrer toute manifestation suspecte. Si le film n’est pas ce qu’il convient d’appeler un chef-d’œuvre, sa démarche est intéressante parce que tout fonctionne comme si le spectateur assistait à un vrai documentaire. Sauf que…
« Au niveau du paranormal, explique Fabien Gérard, professeur de cinéma à l’ULB, je préférerais avoir un vrai documentaire parce qu’on a l’impression que la fiction force le trait. L’exemple Blair Witch Project est parlant parce qu’on tire parti de certaines tendances pour faire fonctionner le tiroir-caisse. Et ce genre de procédé qui plonge dans une irréalité discrédite le propos. »
Un propos qui ne date pas d’hier (1938) puisque Orson Welles, en radio, certes, avec sa fameuse Guerre des mondes, fait office de référence du genre. « Là où j’ai un problème, concède Luc Dardenne, qui grâce à l’utilisation du plan séquence dans son travail accentue cette impression de réalité, c’est lorsque le documentaire fait exister des situations qui n’ont pas existé dans la réalité. Et là, comme avec Bye Bye Belgium, je trouve que le contrat de confiance avec le spectateur est rompu. Quant aux faux documentaires proprement dits, c’est intéressant même si cela dépend du contexte. »
Comment le cinéma construit-il une fausse réalité ? Faut-il prêcher le faux pour dire le vrai ? Ce qui est clair, c’est que l’impact de ce qu’on appelle le documenteur peut faire des dégâts. En 1965, Peter Watkins avec La Bombe se voyait essuyer un cinglant refus de la BBC pour avoir simulé de façon absolument crédible (La Bombe est considérée comme l’influence majeure de Death of a President, NDLR) la gueule de bois provoquée par une attaque nucléaire.
« Imaginez aujourd’hui un reportage du genre sur la mort de Berlusconi, reprend Luc Dardenne. Ça pourrait permettre de jauger les réactions dans la population mais ça resterait malhonnête sur le fond. » Cette question morale et quasi politique est plus que jamais symptomatique d’une époque où l’image est reine. Pas évident de s’y retrouver dans cette autoroute d’images et de déceler la véracité des propos à travers les films postés sur des blogs ou sur You Tube. « Les premières victimes sont les moins de 20 ans, prévient Fabien Gérard, parce qu’ils voient ce flux de films et d’images sans savoir vraiment à quoi cela correspond. »
Nous, perso, on se souvient s’être bien gondolé en visionnant ce qui reste un modèle du genre 100 % rock’n’roll : This is Spinal Tap (1984). Ou un faux rockumentaire de Bob Reiner sur les aléas d’un (faux) groupe de hard rock se moquant de tous les clichés. Tellement vrai qu’on en oublierait que c’est faux. Et si c’était tout simplement cela la clé d’un documenteur réussi ?
Quatre titres cultes
1992. Cultissime faux documentaire tourné en noir et blanc par Belvaux, Bonzel et Poelevoorde autour d’une équipe télé qui suit, Ben, le tueur.
Death of a President
Inspiré du docu-fiction La Bombe, Gabriel Range raconte avec une extraordinaire et troublante efficacité l’inimaginable : l’assassinat de
George W. Bush le 19 octobre 2007.
Zelig
1983. Woody Allen reconstitue un biopic fictif, celui de Leonard Zelig, un homme-caméléon. La construction film est une forme de collage de fausses images d’actualité,...
Blair Witch Project 1 et 2
1999 et 2000. A la base du premier film de Myrick et Sanchez : une vidéo retrouvée sur les lieux de la disparition de trois étudiants partis tourner un documentaire en forêt.
