La poésie de l’absurde et du rire
WYNANTS,JEAN-MARIE
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Mercredi 25 novembre 2009
Scènes Le théâtre de la Place invite « La dame de chez Maxim » au Forum
On en a vu que cela conduisait à de vraies tragédies. Dans le cas présent, c’est à une avalanche de rires que nous sommes conviés. Car Petypon et son entourage sortent tout droit d’une pièce de Feydeau, La dame de chez Maxim. Une pièce que le metteur en scène Jean-François Sivadier a montée avec une imagination, une énergie et une justesse de ton qui font mouche.
« J’avais envie depuis longtemps de monter Feydeau, avoue-t-il. On dit qu’il n’y a pas de fond dans son théâtre. Mais il y a de la poésie comme chez Buster Keaton. Pour moi, c’est un théâtre de la grâce car il plonge ses personnages dans des situations inextricables qui les dépossèdent d’eux-mêmes. »
Ayant monté Brecht, Büchner, Shakespeare et bien d’autres, Sivadier se régale aujourd’hui avec Feydeau. « Chez Shakespeare, le texte délivre constamment une pensée forte. Ici, il y a une espèce de bêtise un peu « soulageante ». La pensée des personnages est quasi inexistante mais la machine théâtrale est extraordinaire, d’une audace folle dans ses expériences avec la langue française. »
Cette langue, le metteur en scène et ses comédiens la font entendre comme jamais, débarrassant le spectacle de tous les clichés. Tout commence sur un plateau nu. Petit à petit, les fameuses portes indispensables à ce type de quiproquo vont surgir du sol ou des cintres. « On ne voulait pas d’un monde fermé. On a décidé de montrer la machine théâtrale qui s’écrit au fur et à mesure en ne gardant que ce qui était absolument nécessaire. »
Et cela marche parfaitement. Après l’étonnement des premières minutes, on entre dans un spectacle aux allures de tourbillon de plus en plus absurde et incontrôlable. « Le chaos, cela me parle. Pour qu’il se passe quelque chose au théâtre, il faut un chaos. Qu’il soit intime comme chez Duras ou Sarraute ou public comme chez Shakespeare. Chez Feydeau, il n’y a aucun conflit. Et c’est pour cela qu’il y a problème. S’il y avait un conflit ouvert, chacun se rendrait compte très vite qu’il n’y a aucune raison de se disputer. Mais tout va trop vite. Personne n’a le temps de réfléchir et chaque acte en entraîne un autre. »
Formidablement efficace, portée par des comédiens magnifiques, cette Dame de chez Maxim suscite un rire de plus en plus impossible à canaliser. « Quand on monte Feydeau, il y a un pacte avec le public. On vient pour rire. Mais le rire, c’est quelque chose d’intime. En répétition, on ne peut pas penser à ça. D’autant qu’il n’y a pas de public. Par contre, on a beaucoup travaillé la poésie de l’ensemble. Si ce n’est pas poétique, ça ne peut pas être drôle. Et cette poésie ressort aussi par les corps qui traduisent ce qu’il y a dans les têtes. » Une course folle des mots et des corps, un formidable moment d’absurde et de rire. Faites-vous du bien : courez-y !
