Marcourt a-t-il vidé le bas de laine du Forem ?
LORENT,PASCAL
Mercredi 25 novembre 2009
L’opposition MR au parlement wallon accuse l’ancien ministre de l’Emploi Jean-Claude Marcourt (PS) d’avoir vidé presqu’entièrement les 124 millions d’euros de réserves du Forem (service public wallon de l’emploi et de la formation), juste avant les élections de juin 2009. L’utilisation de cet argent fait également tiquer l’opposition.
Jean-Claude Marcourt (PS) a-t-il vidé le Fonds de réserve du Forem de manière aussi opportune qu’illicite ? Véronique Cornet (MR) en est persuadée. La députée régionale libérale a en effet pu mettre la main sur une délibération du comité de gestion du parastatal du 21 septembre dernier qui l’atteste.
« Ce fonds, explique la parlementaire de l’opposition, c’est un peu le trésor caché du Forem, sur lequel le parlement wallon n’a aucun contrôle. Il a d’ailleurs été épinglé par la Cour des Comptes qui demandait qu’il soit réintégré dans le budget de l’institution. » Le 2 juin, il était crédité de 124.477.166 euros ; le lendemain, le solde non affecté s’élevait à un million. Le ministre confirme la dépense. D’autant que le fonds de réserve est alimenté par les budgets non utilisés des politiques de l’emploi.
À quoi cet argent a-t-il été utilisé ? À des projets immobiliers liés à la politique de l’emploi (2,464 millions), à des crédits d’embauche dans des ASBL d’insertion, à des projets (maisons de l’emploi, relais emploi à Droixhe, notamment), à des aides aux missions régionales pour l’emploi, au Plan Langue, aux Pôles de compétitivité… Rien d’incongru dans la liste complète qui figure dans la délibération officielle de ce comité de gestion.
Sauf que… Véronique Cornet conteste au ministre le droit d’user d’une telle somme. « Le cavalier budgétaire voté lors du budget 2009 initial, en novembre 2008, habilite le ministre de l’Emploi et de la Formation à décider de l’affectation du compte afférent aux réserves budgétaires du Forem », rappelle-t-elle. Mais ce « privilège » ministériel ne porterait que sur un montant de 10 millions d’euros, le surplus devant alors porter sur des investissements extraordinaires (immobiliers, par exemple). L’entourage de Jean-Claude Marcourt conteste ce dernier point. « Un article du décret budgétaire autorise le ministre à créer ce fonds et à en affecter les montants, répond un membre de son cabinet. Le Forem clôture ses comptes à la fin du premier trimestre. Le comité de gestion les approuve puis en informe le ministre qui affecte les fonds ». Au cabinet de l’actuel ministre wallon de l’Emploi, André Antoine (CDH), on confirme : chaque année, à une date postérieure au 30 avril, le montant du Fonds de réserve est affecté à différents postes de la politique de l’emploi. Par le passé, plusieurs projets immobiliers (création de centres de compétences) ont bénéficié de cette réserve.
L’utilisation de cet argent fait également tiquer l’opposition. Elle y voit un dernier cadeau, à des ASBL proches du PS notamment, juste avant le scrutin. D’autant, rappelle la parlementaire MR, qu’à ce moment de la campagne, le PS s’attendait à être renvoyé dans l’opposition après le revers que lui promettaient les sondages. Cette accusation est-elle fondée ? Précisons qu’à l’instar des autres OIP, le Forem est contrôlé par la Cour des Comptes.
Reste cette question : quelle que soit leur utilisation, ce fonds devait-il être utilisé de manière aussi importante, alors que le parlement wallon ne se réunissait plus, de même que le gouvernement, en affaires courantes, et que la crise (et son impact budgétaire) était déjà connue du personnel politique ? « Le ministre était habilité à utiliser cet argent, que le gouvernement soit ou non en affaires courantes, réplique-t-on au cabinet de Jean-Claude Marcourt. De plus, cet argent a été utilisé pour lutter contre les effets de la crise et venir en aide aux travailleurs qui perdaient leur emploi. » Au cabinet d’André Antoine, on précise que l’affectation du Fonds de réserve ne compromet en rien la politique de l’actuel ministre de l’Emploi.
Jean-Claude Marcourt, lui, rentre ce mercredi de la mission économique au Maroc. Nul doute qu’une volée de questions sur le sujet l’attendra, dès jeudi, en commission du budget. Décidément, la gestion du Forem n’a pas fini de diviser PS et MR.
