Un premier couac pour Leterme II

n.c.

Mercredi 25 novembre 2009

Le Premier ministre Yves Leterme a donné lecture mercredi à la Chambre d’une courte déclaration gouvernementale dont un projet avait été éventé sur internet. Cette fuite a été vertement dénoncée par le président de l’assemblée, Patrick Dewael à l’ouverture de la séance.

« C’est tout sauf un départ idéal », a lancé Patrick Dewael à l’adresse du nouveau Premier ministre. Applaudi par l’ensemble des députés, M. Dewael a souligné que cette fuite dans la presse de la déclaration, avant même qu’elle ne soit lue à la Chambre (et avant la prestation de serment du gouvernement), constituait une première en 160 ans d’existence de la Belgique.

Dans les couloirs, l’opposition analysait l’incident comme « un signe que la confiance ne règne déjà pas » au sein de l’équipe gouvernementale. Pour Renaat Landuyt (SP.A), c’est l’indice que le nouvel exécutif n’est pas un groupe uni, et que certains ont intérêt à « sortir quelque chose » pour gêner son bon fonctionnement. D’autres députés de l’opposition parlaient déjà d’un retour du « style Leterme », marqué par un manque de confiance dans le parlement, alors que dans les rangs de la majorité, on ne cachait pas non plus son embarras.

A l’entame de la lecture de la déclaration, le nouveau Premier ministre a dit partager, au nom du gouvernement, la préoccupation de la Chambre. Il a invité l’auteur de la fuite à « se regarder ce soir dans le miroir ».

« Avant tout un sentiment de responsabilités »

Yves Leterme a reconnu, dans les couloirs du parlement, que son retour au 16 rue de la Loi était pour lui quelque peu imprévu, faisant ainsi allusion au départ précipité de son prédécesseur Herman Van Rompuy à la présidence européenne. « C’est avant tout un sentiment de responsabilités », a-t-il répondu lorsque la presse lui demandait si son retour au poste de chef du gouvernement lui faisait plaisir.

Comparant le CD&V à une équipe de football dont la tête évolue en Ligue des champions, Yves Leterme s’est dit fier pour son parti, qui envoie Herman Van Rompuy à l’Europe, alors qu’une autre personnalité, Jean-Luc Dehaene, est appelée à travailler sur l’institutionnel.

A ce propos, il a rappelé que M. Van Rompuy avait lui-même envisagé une formule de cinq « sages » pour les dossiers institutionnels et que cette idée avait donc été reprise. Le qualificatif de « belle-mère » qui est accolé à Jean-Luc Dehaene lui paraît d’autant plus incorrect qu’il lui avait déjà demandé d’intervenir pour sauver la 2e plus grande banque de Belgique (Dexia), et que celui-ci avait accepté. « La responsabilité de Jean-Luc Dehaene est grande, mais aussi celle des autres partis de la majorité », a-t-il martelé.

De retour à la tête d’un gouvernement qu’il avait quitté il y a 11 mois après la « Fortisgate », Yves Leterme a été désigné à la tête du gouvernement par le roi Albert II en fin de matinée.

Dans sa première intervention devant la Chambre, il a signifié qu’il ne voulait pas laisser traîner les choses. « Cela fait trop longtemps que des discussions institutionnelles paralysent le fonctionnement optimal de ce pays », a-t-il dit. « Le gouvernement espère aboutir à un accord au printemps 2010 », a-t-il affirmé, tout en laissant entendre qu’il ne passerait pas de force.

Yves Leterme a encore dit vouloir inscrire l’action de son gouvernement dans « la continuité » de celle menée par son prédécesseur, qu’il a remercié, sous les applaudissements nourris de la majorité, pour la « solidité tranquille » avec laquelle il a agi au cours de l’année écoulée. Le programme socio-économique de l’équipe Van Rompuy sera réalisé intégralement, a assuré son successeur. « On apprend toujours des expériences passées. Je reprends le flambeau avec (…) une volonté d’apaisement », a-t-il conclu.

Le gouvernement Leterme II a demandé la confiance à la Chambre. Elle se prononcera vendredi à l’issue du débat qui commencera à 10h30.

(avec afp, belga)

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