Les trois bonnes nouvelles de la semaine

DELVAUX,BEATRICE

Samedi 28 novembre 2009

Il y a eu trois bonnes nouvelles cette semaine. Eh oui, bonnes nouvelles ! Il faut pouvoir le reconnaître, une fois actée l’inévitable désignation d’Yves Leterme que nous laisserons désormais agir et qui a son sort (et partiellement le nôtre) entre ses mains. Par Béatrice Delvaux

Première bonne nouvelle : une semaine quasi jour pour jour après l’annonce du départ de Herman Van Rompuy pour l’Europe, la Belgique est en état de marche : le nouveau gouvernement est formé, son agenda – certes sans surprise – est fixé. Rien de follement enthousiasmant. Mais là où certains voyaient poindre la crise, c’est la continuité qui prévaut.

Tout le monde avait espéré, demandé, exigé que, au minimum, le remplacement de Van Rompuy soit rapide. C’est fait. On finit par se contenter de peu, du moment que ce soit sans interruption.

Deuxième bonne nouvelle : l’arrivée de Jean-Luc Dehaene. Après Van Rompuy et Martens, voici donc le troisième des rois mages du CD&V qui trouve grâce aux yeux des francophones – vu le contexte, les ultras d’antan apparaissent comme modérés –, qui entre en piste. Cette fois, dans le costume du Commissaire royal pour BHV.

Le système est biscornu mais il nous permet à Yves Leterme de ne pas être seul à la barre de ce problème casse-pipe qui requiert créativité, diplomatie, sens du compromis, tactique, discrétion, etc.

Nous n’allons pas nous étendre davantage sur le fait que ce portrait-robot ne correspondait guère au profil du Premier. Ce dont visiblement le CD&V était également convaincu.

Non, le fait positif est que ce qui pouvait être considéré comme l’éventuel pire a été évité, pour donner une chance à la chance. On finit par se contenter de peu, du moment que ce soit sans provocation.

Troisième bonne nouvelle, qui en fait est à la source des deux premières : un vent plus serein semble souffler sur le CD&V, ou plutôt le vent semble nous avoir rendu un peu du CD&V de jadis.

Et, si l’on imagine qu’il s’agit d’une volonté partagée par quelques-uns, nous en attribuerons aujourd’hui cependant le bénéfice à Marianne Thyssen, la vraie personnalité phare de la semaine.

Le Soir lui consacre ce week-end un long portrait, soulignant que tous, au Nord comme au Sud, louent son autorité, sa discrétion, sa fermeté et son bon sens.

Agissant souvent dans l’ombre, elle incarne depuis quelques mois la nouvelle voie d’un parti qui s’était noyé dans les dérives nationalistes de la N-VA.

Le CD&V retrouve donc sa légendaire capacité d’un parti très flamand mais capable de pragmatisme et prenant à différents moments de l’histoire belge, ses responsabilités de parti d’Etat fédéral. C’est sous la houlette de Marianne Thyssen, visiblement liée à l’axe Van Rompuy, que se sont produits la mise sous contrôle d’Yves Leterme, la prise de décision rapide, donc bien préparée, sur la succession de Van Rompuy et, surtout, le cadrage net désormais pour BHV.

Sous la présidence précédentede ce parti, la « perspective » était qu’il y aurait scission de BHV sans concessions. Cette semaine a fait ouvertement et publiquement voler cette menace et ce diktat en éclats : Marianne Thyssen l’a déclaré publiquement, encadrant ainsi nettement et préalablement la plaine de jeux du nouveau Premier. Les amabilités répétées de Laurette Onkelinx à l’égard de Marianne Thyssen, ces derniers jours, n’ont rien d’innocent. Mais tout pour rassurer. Pas parce que l’axe PS-CD&V serait en train de se renouer, mais parce que la bonne vieille tradition des colloques singuliers entre partis flamands et francophones semble avoir repris. C’est, hélas, souvent la seule méthode pour faire tourner le bazar Belgique. Ou, à tout le moins, essayer de le faire tourner.

Pas question de naïveté mal placée quant aux intentions communautaires du CD&V mais il serait malvenu de ne pas rendre justice à un parti qui a tenté, en apparence du moins, d’éviter de nouvelles bombes, comme celles qui ont eu raison de l’Orange bleue. A confirmer. Mais on finit par se contenter de peu dès lors que c’est via la négociation.

Cela dit, le miracle BHV est-il désormais possible ? La « touche Dehaene » va-t-elle encore frapper ? Selon Dave Sinardet, politologue flamand, il pourrait accoucher d’une « solution ni belle ni glorieuse, mais efficace. Tellement complexe et multi-interprétable, que tout le monde pourra déclarer avoir gagné. Même les radicaux, vu qu’elle contiendra probablement, comme dans le passé, les germes du prochain conflit. Ce sera une solution typiquement belge. »

Finira-t-on par se contenter de peu, dès lors que c’est sans séparation ?

Béatrice Delvaux,

rédactrice en chef

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