Le minaret qui cache la forêt
DORZEE,HUGUES
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Lundi 30 novembre 2009
La Suisse est souveraine, et son peuple maître en son sein. Il n’empêche : le résultat de cette consultation est interpellant.
Un minaret est un élément architectural de la mosquée. Comme le clocher d’une église ou le toit d’une synagogue. C’est donc un sujet qui relève de l’aménagement du territoire : cet édifice s’inscrit-il dans le paysage urbain ? Est-il conforme aux règles en vigueur ? etc. Le frapper d’interdiction dans la Constitution – imaginez : la loi fondamentale d’un État ! –, c’est aller bien au-delà des briques. Avec un message aussi clair que la voix du muezzin : l’islam a droit de cité s’il se fait discret et transparent ; l’islam est toléré s’il n’empiète pas sur l’espace public.
C’est le prix à payer pour maintenir la « paix religieuse », soutiennent les partisans des mosquées sans minarets. En toute logique, il faudrait alors proscrire les carillons des églises, les gospels évangélistes, les cloches protestantes, etc. Mais passons.
Le minaret fait peur. C’est l’islam surélevé et dominant. C’est la langue arabe qui envahit le ciel. C’est Istanbul ou Rabat au coin de la rue. Il y a gros à parier que si la votation existait en Belgique, une majorité de citoyens se prononceraient contre, eux aussi. Fascistes notoires et néopopulistes se faisant fort d’attiser les passions les plus basses.
La consultation populaire peut être utile et, parfois, oxygénante pour la démocratie. En particulier lorsqu’elle traite de questions de société. Dans pareil cas, c’est tout l’inverse. Elle déforme par une simplification excessive du propos. Pire : elle fait d’un sujet marginal (le nombre de lieux de culte avec minaret est ultra-minoritaire) un symbole de tous les excès et de toutes les peurs – comme dans le cas du débat autour du foulard islamique.
Prendre pour cible des tours verticales en s’attaquant, en réalité, aux fidèles qui sont en bas, c’est hypocrite et fallacieux. Et par les temps qui courent, un jeu dangereux.
