La Belgique mise à plat

DUNSKI, CAROLINE

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Lundi 30 novembre 2009

Mons Flamands et Wallons sur scène

Il y a deux ans, les Montois pouvaient découvrir « Cette histoire-ci commence là-bas » que Frédérique Lecomte avait créée avec des citoyens montois et des artistes congolais à l’initiative de la Maison folie. Frédérique Lecomte est écrivaine et metteuse en scène. Elle est aussi la directrice de l’association « Théâtre et réconciliation » qui travaille avec des acteurs non professionnels, des citoyens vulnérables, et fait monter ensemble sur scène bourreaux et victimes de tortures ou parties antagonistes d’un conflit. C’est une spécialiste du travail dans des zones de conflits : Afghanistan, Burundi, Rwanda…

L’idée de « Belga Bordeelo (Jef) », la nouvelle création qui sera présentée en janvier prochain à Mons et à Gand, est née d’une interpellation. « Pourquoi t’occupes-tu toujours du conflit des autres et pas de celui qui divise les Belges ? » m’a-t-on demandé. La metteuse en scène bruxelloise avait pourtant déjà travaillé avec des Flamands comme avec des Wallons, mais n’avait jamais réuni les deux publics.

Depuis ce dimanche, elle est le lien entre la Maison folie de Mons et Victoria Deluxe, un centre socio-artistique gantois dont la démarche est très proche de celle de la Maison folie dans son travail « participatif ». Avec « Belga Bordeelo (Jef) » qui sera écrit à partir d’improvisations nées de la parole personnelle des acteurs par Frédérique Lecomte et Yves Wellens, écrivain et dramaturge bruxellois auteur d’Outre Belgique.

Mais qui sont ces acteurs, justement ? Des citoyens, donc. Sept Gantois et sept Montois. Ces derniers seront sélectionnés cette semaine après avoir pris part à une journée d’information et de premières improvisations dominicales. Ils étaient dix-neuf candidats à se présenter dans l’Espace des possibles. Frédérique Lecomte aura la tâche ingrate de les départager. Les Gantois qui étaient présents à Mons ont été choisis en amont. Ils travaillent déjà sur Arbeid, un projet qui tourne autour du travail.

En guise de méthode, il y a l’improvisation à partir du vécu des comédiens – citoyens. Chacun s’exprimera dans sa langue et une traduction simultanée sera produite sur le plateau. Il n’y aura pas de texte à apprendre par cœur. « Je fais les autres se dire », explique la metteuse en scène dans ce qui ressemble déjà à une « traduction belge ».

Le fil rouge de la « belgitude »

Le fil rouge est la « belgitude ». Comment ces Flamands et ces Wallons se sentent-ils « Belges » ? « On va essayer de trouver les traces des prémices et du développement du conflit belgo-belge. On ne va pas tenter de le résoudre, mais le déplier, le mettre à plat et l’exposer à travers la parole personnelle des acteurs. »

Dominique Willaert, directeur de Victoria Deluxe, souligne que l’axe central de son association est de chercher à savoir qui est l’autre et que politiquement, il est résolument engagé contre le séparatisme. Et le rôle du spectateur ? « Il sera “otage”, tout au plus, pour applaudir et dire “oui” », précise Frédérique Lecomte. « Ou pour chanter la Brabançonne », ironise Dominique Willaert.

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