Un minuscule espoir pour ne pas sombrer
WYNANTS,JEAN-MARIE
Lundi 30 novembre 2009
Scènes « En attendant Godot » au Théâtre des Martyrs
Difficile de nier qu’il existe plus d’un point commun entre les deux. On ne les voit jamais, on en parle sans cesse, on les attend indéfiniment. Même physiquement, Godot ressemble étrangement à l’image classique d’un Dieu à la longue barbe blanche. Mais cela suffit-il à tout expliquer ? Bien sûr que non.
Avec En attendant Godot, Beckett livre une pièce d’après-guerre. Une pièce dont on peut penser qu’elle se déroule dans un monde où la bombe atomique aurait été bien plus meurtrière encore qu’elle ne le fut. On ne sait rien de ce monde. Rien de ses habitants.
En dehors de Vladimir et Estragon, personne ne semble peupler la région. Jusqu’à l’arrivée d’un étrange et désagréable personnage : Pozzo. Un bonhomme aigri, méchant, fouet à la main, tenant au bout d’une corde son serviteur Lucky.
Celui qui découvre la pièce pour la première fois se dit alors que tout, peut-être, va basculer avec ces deux-là. Mais cet espoir ne dure qu’un temps. Pozzo et Lucky occupent un peu la journée de Vladimir et Estragon avant de reprendre la route.
Ils repasseront le lendemain, l’un aveugle, l’autre muet. Chaque jour un peu plus diminués.
Dans l’univers de Beckett, tout semble se rétrécir sans cesse. Rien ne se passe, l’attente est le seul « moteur » de la pièce. Pourtant, on reste suspendu aux lèvres des personnages. Parce que cette attente est en partie la nôtre. Chaque jour, le duo pense à se pendre aux branches de l’arbre. Mais ils n’ont pas de corde. Et ils ne peuvent aller en chercher puisqu’ils attendent Godot. Toute l’absurdité de la vie est contenue dans ce cercle vicieux.
Mais ce qui fait la plus grande force de cette pièce est sans doute la langue de Beckett : incisive, brève, claquant comme le fouet, passant par de multiples variations et nous surprenant sans cesse.
Au Théâtre des Martyrs, Elvire Brison monte la pièce avec sobriété. Elle suit bien sûr les indications de l’auteur qui n’a rien voulu laisser au hasard obligeant les metteurs en scène à entrer dans son monde pour tenter de s’y dépêtrer. Pour y arriver, la meilleure solution est encore de s’appuyer sur les comédiens. C’est ce que fait Elvire Brison avec une distribution parfaite et étonnante. Le duo Vladimir Estragon est composé d’un John Dobrynine posé et d’un Michel Jurowicz lunaire. Idwig Stéphane campe un Pozzo inquiétant à souhait tandis qu’Emmanuel Dekoninck est un Lucky inattendu. Antoine Motte dit Falisse complète parfaitement l’équipe dans le rôle du jeune garçon.
Une troupe idéale pour une pièce toujours aussi perturbante.

