L’ONU étudie la légalité de l’interdiction des minarets
n.c.
Lundi 30 novembre 2009
L’ONU étudie la conformité de l’interdiction des minarets décidée par le peuple suisse avec le droit international, a indiqué un porte-parole des Nations Unies. Des experts sont en train d’examiner le cas après l’acceptation de l’initiative. L’ONU dénonce une « discrimination évidente ».
Un porte-parole du Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a précisé que l’ONU prendra position sur le résultat du scrutin. « Des experts sont en train d’examiner la question sur le plan légal », a-t-il affirmé.
Il n’a pas indiqué quand la prise de position de l’ONU sera rendue publique. Lors de la campagne, des experts de l’ONU avaient mis en garde les autorités fédérales à plusieurs reprises en raison du caractère discriminatoire de l’initiative.
Dans ses recommandations finales, publiées le 30 octobre, le comité des droits de l’homme de l’ONU s’était déclaré préoccupé par l’initiative anti-minarets et « la campagne d’affiches discriminatoire » qui l’accompagnait.
Le comité avait demandé à la Suisse d’assurer activement le respect de la liberté de la religion et combattre fermement les incitations à la discrimination, à l’hostilité et à la violence.
La Rapporteur spéciale de l’ONU pour la liberté de religion s’est montrée lundi « profondément inquiète » suite à l’interdiction des minarets en Suisse, dénonçant une « discrimination évidente à l’encontre des membres de la communauté musulmane en Suisse ».
« J’ai de profondes inquiétudes quant aux conséquences négatives du résultat de cette votation sur la liberté de religion ou de conviction des membres de la communauté musulmane en Suisse », a déclaré Mme Asma Jahangir dans un communiqué.
Cette interdiction dans un pays qui compte environ 400.000 musulmans « revient à une restriction injustifiée de la liberté de manifester sa religion et constitue une discrimination évidente à l’encontre des membres de la communauté musulmane en Suisse », a-t-elle ajouté.
Au lendemain de ce vote – soutenu par le parti de droite populiste UDC, première formation au parlement fédéral –, la Rapporteur spéciale de l’ONU a souligné que cette interdiction « nous rappelle qu’aucune société n’est à l’abri de l’intolérance religieuse ».
Elle a par ailleurs insisté sur le fait que le Comité des droits de l’homme a récemment prévenu la Suisse qu’une telle décision est contraire aux obligations de la Suisse en vertu du droit international dans le domaine des droits de l’homme.
« Je demande donc instamment aux autorités suisses (…) de prendre les mesures nécessaires pour protéger pleinement le droit à la liberté de religion ou de conviction des membres de la communauté musulmane », a-t-elle poursuivi, regrettant que les « craintes irrationnelles à l’égard des musulmans » aient été « largement exploitées en Suisse à des fins politiques ».
La Suisse compte environ 400.000 musulmans sur une population de 7,5 millions d’habitants, faisant de l’islam la deuxième religion du pays après le christianisme, selon les statistiques officielles.
(ats, afp)
