Le Pays du sourire de Lehár
MARTIN,SERGE
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Mercredi 9 décembre 2009
L’ORW présente au Palais Opéra « le Pays du Sourire », l’autre opérette célèbre de Franz Lehár, après l’indémodable « Veuve Joyeuse ».
entretien
Surprise, ce sera dans une version française qui finit bien.
Nous avons interrogé Stéfano Mazzonis, le directeur général de l’ORW, qui mettra en scène le spectacle, sur les raisons de ses choix.
Pourquoi cette version française du « Pays du Sourire » ?
C’est mon épouse qui est une très savante musicologue qui m’a incité à programmer le Pays du Sourire en m’expliquant combien c’était un chef-d’œuvre de construction musicale. Je fus vite converti mais je ne me résignais pas à présenter pour les fêtes de fin d’année une opérette qui se terminait mal.
Puis j’ai entendu parler de ce deuxième finale écrit pour Paris dont j’ai ensuite appris qu’il avait été créé à Gand. Le projet était bouclé.
Quels changements Lehár a-t-il apportés à sa partition ?
En fait très peu de chose. La musique reste la même à quelques petits accents près. On reprend le thème de l’air « Je t’ai donné mon cœur » et on comprend que les quatre protagonistes partent ensemble. Dans la version originale, Sou Chong laisse partir son épouse pour l’Europe avec son cousin, gardant sa sœur. Dans la version heureuse, les deux Français reviennent sur leurs pas, Lisa tombe dans les bras de Sou Chong et Mi dans ceux de Gustave et les deux couples prennent le chemin de l’Europe. Lehár a ajouté un petit prélude de dix mesures.
N’y a-t-il pas une certaine naïveté dans ces chinoiseries musicales ?
L’orientalisme est à la mode à l’opéra : Puccini, un grand ami de Lehár, a écrit Madame Butterfly et lui a joué au piano l’essentiel de Turandot, Mascagni a donné Iris.
Mais c’est bien entendu une vision européenne de l’Asie rêvée par des compositeurs qui n’y sont pas plus allés que nombre de romantiques qui ont chanté l’Espagne !
La partition orchestrale est emplie de références.
Lehár est un musicien très cultivé. Son orchestre accumule les allusions à Mozart, Debussy, Tchaïkovski mais aussi aux Maîtres Chanteurs de Wagner.
Son orchestration est très moderne : il renifle Debussy et Mahler et évidemment aussi beaucoup de Puccini.
Nous sommes en plein dans la Vienne sous influence qui a vécu l’écroulement d’un empire.
Et comment situer la Chine dans ce contexte ?
C’est une époque où il n’y a plus d’Empereur, mais on fait encore référence aux mandarins. Nous sommes dans la Chine de l’extrême fin du XIXe siècle telle que l’imagine un Européen. On dit même à Sou Chong : « Le président vous a nommé premier ministre. » Que recoupe ce titre ? Le doute demeure.
Comment allez-vous monter le spectacle ?
Je voudrais me rapprocher de l’esprit de la comédie musicale. Le récit n’est pas très éloigné de celui du King and I. Le ballet jouera donc un grand rôle.
Non comme un moment séparé mais par son imbrication dans l’action où il animera les grands airs et duos qui restent assez statiques.
Ce n’est pas une opérette comique comme La Veuve Joyeuse, qui relève de l’esprit du vaudeville. C’est une « œuvre pour pleurer » et en cela elle se rapproche de certaines opérettes françaises. C’est en tout cas une œuvre sentimentale qui donne libre cours à une foule de mélodies délicieuses. Beaucoup sont d’ailleurs devenues des tubes que l’on a parodiés, jusqu’en Italie. On va donc pleurer du début à la fin. Avec quelques clins d’œil et quelques effets spéciaux.
Et les changements de décor se feront à vue. J’aime cette pratique car elle relève de la magie du théâtre.
Liège, Palais Opéra, boulevard de la Constitution, du 18 au 31 décembre.
Infos : 04 221 47 22 ou www.orw.be
Charleroi, Palais des Beaux-Arts, 9 et 10 janvier 2010.
Infos : 071 31 12 12 ou www.pba-eden.be.
« Le pays du Sourire » sur CD
« Le pays du Sourire »
sur CD
Deux versions à petit prix.
En allemand
Schwarzkopf, Gedda, Loose, Kunz, dir. Akcermann, EMI, 2 CD
En français
Dens, Antoine, Sinclair, dir. Leenart, EMI, 2 CD