Tintin boula-matari

COUVREUR,DANIEL

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Jeudi 10 décembre 2009

Victime de son succès populaire, Tintin au Congo est devenu la cible privilégiée de tous ceux qui contestent aujourd’hui l’image insupportable de la suprématie et du mépris de la civilisation blanche à l’égard des Africains. Hergé n’a pourtant jamais eu la moindre intention de signer un album raciste ni xénophobe. Mais cette aventure de Tintin, considérée par son auteur comme un « péché de jeunesse », appartient à la longue liste des œuvres dépassées par le basculement du monde, les révolutions de l’histoire, la mort des idéologies.

Jusqu’en 2006, le respectable Petit Robert de la langue française définissait la colonisation comme « la mise en valeur » des pays exploités. C’est à la demande de 120 associations et collectifs représentatifs des Noirs de France que ces mots ont été finalement retirés des nouvelles éditions.

Il a aussi fallu patienter jusqu’au XXIe siècle pour voir rayer de l’Institut national français de la propriété industrielle le slogan publicitaire « Ya bon Banania ». Une plainte avait été déposée par le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais contre le fabricant de la célèbre poudre de cacao. La formule perçue comme « raciste » était emblématique de ce « parler-petit-nègre », dont on retrouve encore l’écho dans les cases de Tintin au Congo.

« Je comprends que cette expression puisse émouvoir aujourd’hui », déclarait le président de Nutrimaine, la société propriétaire de Banania, au moment de radier « Y a bon Banania ». C’est dans cet esprit que les Studios Hergé doivent penser dès à présent, sans attendre les décisions de justice, à entendre les appels au respect de l’autre. Dans l’intérêt de l’image et de l’héritage moral de l’œuvre d’Hergé, il est temps d’insérer dans les nouvelles éditions de Tintin au Congo un appel à la vigilance contre les préjugés racistes de l’époque où cet album a été dessiné.

Sans ce geste digne, Tintin court le danger de se voir un jour interdit de librairie. Plus grave : le globe-trotter risque de se mettre à dos une partie du monde.

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