Tous les partis derrière Liège 2017

BODEUX,PHILIPPE

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Mercredi 16 décembre 2009

Evénement La candidature liégeoise est lancée par le Conseil, à l’unanimité

Près de huit millions de visiteurs attendus durant trois mois : la Ville de Liège veut organiser, en 2017, une exposition internationale d’envergure à Coronmeuse. Le même site a accueilli, en 1939, une exposition internationale sur l’eau, brusquement interrompue par la guerre. « Le choix du thème pour “Liège 2017“ doit être décidé en janvier », déclare le bourgmestre Willy Demeyer (PS) qui a présenté lundi soir le dossier au conseil communal. A l’unanimité, les quatre partis démocratiques ont approuvé le dépôt de la candidature ainsi que la constitution d’un groupe de concertation permanente destiné à transcender les éventuels changements de majorité en cours de parcours.

Liège 2017 est une réponse de la majorité PS-CDH à l’élan populaire qui a porté la candidature liégeoise pour être capitale culturelle en 2015, tentative finalement avortée. « Nous avons travaillé dans la discrétion pour monter un projet d’événement international d’envergure », explique le bourgmestre Willy Demeyer. Un projet révélé dans nos pages (Le Soir des 28/10 et 9/12). Patrons, syndicats, université et Province soutiennent la démarche tandis qu’une étude réalisée par le GRE valide l’équilibre du plan financier évalué à 571 millions d’euros (lire ci-contre).

Dans l’immédiat, outre le choix du thème par un panel d’experts – « nous devons trouver un thème universel pertinent en 2017 et susceptible d’intéresser le plus grand nombre de pays », dixit Willy Demeyer –, la Ville de Liège va constituer son dossier de candidature qui devra être déposé, début 2011 par l’Etat fédéral auprès du Bureau international des expositions à Paris. Ce n’est que fin 2012 que Liège saura si elle est sélectionnée. Comme pour les jeux olympiques, la sélection de la ville d’accueil se fait via un vote : il faut rallier la majorité absolue auprès des 156 états membres du BIE. « C’est dire si le ballet diplomatique préalable est important », déclare le bourgmestre. D’ores et déjà, Liège est en concurrence avec Edmonton, ville de 750.000 habitants de la province d’Alberta au Canada.

L’investissement en études et constitution de dossier est proportionnel à l’envergure de l’événement : 9 millions d’euros sont nécessaires. Une somme qui est en passe d’être dégagée (lire ci-contre) et qui sera « perdue » en cas de non-sélection. « Nous avons l’avantage de posséder, à Coronmeuse, un site de 25 hectares pour l’accueil des pavillons », poursuit le bourgmestre qui, par cette exposition internationale, entend « inscrire Liège sur la carte du monde ».

« Je me réjouis de l’avènement d’un projet mobilisateur qui rayonne bien au-delà de Liège. Nous avions déjà proposé et soutenu plusieurs événements comme Liège 2015 mais sans être suivis, déclare le chef de file des libéraux liégeois Didier Reynders. Il va falloir à présent très rapidement choisir un thème relié à la modernité et trouver un modèle de rentabilité pour financer les 500 à 700 millions d’euros nécessaires, via la participation du secteur public et privé. Il ne faut pas se limiter à ce projet mais intégrer d’autres éléments comme que le tram. Enfin, la concertation doit être permanente entre les partis ». Si Ecolo appuie la démarche du collège, il émet quelques craintes. « Le concept d’exposition internationale n’est-il pas suranné ? Certaines expositions comme Hanovre 2000 n’ont pas été rentables, déclare Bénédicte Heindrichs. Liège est-elle en position financière pour le faire ? Selon nous, l’exposition internationale doit être un moyen et non une fin pour amener du développement durable. Que deviendra le site après l’exposition ? Enfin, la participation citoyenne doit être au coeur de l’événement ». Pour l’échevin Firket (CDH), l’événement doit « servir à optimaliser tous les outils mis en place. C’est un

ascenseur de notoriété internationale ».

S’il incombe à la Ville de Liège de porter le dossier de candidature, elle devra fédérer un maximum de pouvoirs locaux. « Nous allons créer un véhicule spécifique pour rassembler tous les acteurs », conclut Willy Demeyer.

Saragosse, 2008

Inaugurée en juin 2008, l’exposition internationale de Saragosse, ville de 665.000 habitants en pleine expansion située à mi-chemin de Madrid et de Barcelone, fut pendant trois mois la capitale mondiale de l’eau et du développement durable. Sur le site de 25 hectares étalé le long de l’Ebre, 140 pavillons ont accueilli 5,7 millions de visiteurs (6,5 millions étaient attendus). Près de 800 millions d’euros ont été investis pour l’organisation de l’exposition et près de 1,5 milliard d’euros a été nécessaire pour achever en temps utile les grands chantiers urbains de la capitale d’Aragon. (Jo. Ma.)

AIchi, 2005

« La Sagesse de la nature » : c’est ce thème très zen qu’ont voulu explorer les 22 millions de personnes – les organisateurs en attendaient 20 millions – qui, entre le printemps et l’été 2005, ont voulu explorer la préfecture japonaise d’Aichi. Un train à sustentation électromagnétique, appelé Linimo et spécialement conçu pour l’occasion, reliait le parc d’exposition à Nagoya. Il était accompagné de bus hybrides (avec piles à combustible), de mini-trains électriques et de tramways. Le budget de l’organisation frôlait le milliard d’euros. (Jo. Ma.)

Lisbonne, 1998

Organisée l’année du 500e anniversaire du voyage de Vasco de Gama en Inde, l’exposition « Les océans : un patrimoine pour le futur » a su réhabiliter un site industriel désaffecté d’une cinquantaine d’hectares pour y faire venir 10,2 millions de visiteurs. Le pont Vasco de Gama, une ligne de métro de sept stations et un nouveau terminal multi-modal (trains, métro, bus et taxis) signé par Calatrava furent inaugurés en ce même printemps 1998 pour faciliter l’accès à cette exposition qu’occupaient les pavillons de 141 pays et 14 organisations internationales. Le site accueille aujourd’hui le Parc des Nations, dont fait partie le plus grand aquarium d’Europe. (Jo. Ma.)

Expo et chiffres

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Espérée entre le printemps et l’été 2017, l’exposition internationale de Liège devrait accueillir 8 millions de visiteurs. Une raisonnable prétention au regard des précédentes expositions – à l’exception de celle organisée à Saragosse. À titre de comparaison, la manifestation – universelle, celle-là – qui eut lieu à Séville en 1992, a attiré 42 millions de personnes.

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C’est le nombre d’hectares contractuellement réservés à une exposition internationale.

570 millions

A répartir entre les études préalables et les campagnes de promotion (165 millions), l’aménagement du site et de ses abords (406 millions), ce sont donc – à la très grosse louche – 571 millions qui devraient être investis sur le site de Coronmeuse.

1 milliard

Si organisation il y a, les retombées devraient être à la hauteur de l’investissement, sinon le dépasser : les premières projections de la Ville de Liège font état de 570 millions d’euros de recettes directes (billetterie, sponsoring…) et près de 620 millions supplémentaires sous la forme de valeur ajoutée pour la région liégeoise (activités commerciales et touristiques, créations d’entreprises et donc augmentation des recettes fiscales…).

Liège met en jeu sa soif de grandeur

Commentaire

Huit millions de visiteurs attendus, 620 millions de retombées espérées : comme au début du XXe siècle, Liège rêve de grandeur et veut (ré)inscrire son nom sur la carte du monde. Basta les dizaines d’années de profil bas, acculée par le poids de sa dette : la Ville veut accéder au statut de métropole et entraîner le redéploiement économique de toute la région.

L’occasion est donc unique pour tous ceux qui croient à la grandeur passée et future de Liège d’embarquer dans « Liège 2017 » et, comme on dit en économie, de maximaliser les profits des grands travaux passés ou à venir tels que la nouvelle gare, le Curtius ou le futur Centre international d’exposition de la Boverie. À condition que, pour une fois, les forces vives liégeoises s’additionnent ou lieu de s’annuler. Trop souvent, comme pour l’aménagement du quartier des Guillemins, les entêtements antagonistes nuisent au développement de la cité. Ici, l’événement est trop rare pour ne pas être souligné : les quatre partis du conseil communal liégeois ont voté à l’unanimité pour « Liège 2017 ». Et d’ici 2012, les pouvoirs publics vont mettre 9 millions d’euros sur la table sans garantie de retour sur investissement. Si c’est le prix à payer pour forcer une action commune dans tous les dossiers en cours, finalement, même si Liège échoue au BIE en 2012, ce sera toujours ça de gagné.

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