« C’est fin, ça se mange sans faim »

MAKEREEL,CATHERINE

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Jeudi 17 décembre 2009

Théâtre « Le Père Noël est une ordure » en version belge

ENTRETIEN

C’est une tradition. Le Kloug roulé sous les aisselles et le gilet-serpillière de Pierre sont devenus aussi incontournables que la dinde et les bûches.

Bref, les fêtes ne seraient pas les fêtes sans un petit Le Père Noël est une ordure à se mater à la télé pour faire passer les orgies de fin d’année. Créé sur la scène du Splendid en 1979, ce Père Noël méchamment drôle s’est fait une place au chaud dans le cœur des spectateurs. Jugée scandaleuse à l’époque, la pièce est devenue un classique de boulevard. Avec des répliques et des personnages cultes qui ne rendent pas la tâche facile à quiconque veut prendre la relève de Thierry Lhermitte, Anémone ou Gérard Jugnot. Alors que la pièce se joue actuellement dans une distribution 100 % belge, Marie-Anne Chazel analyse ce Père Noël increvable.

Comment expliquer cette longévité ?

C’est un mystère ! On a été très surpris du succès quand la pièce a été créée. On l’a jouée pendant trois ans. Puis il y a eu le film, qui n’a pas démarré de façon retentissante car nous n’avions pas le droit de coller les affiches, jugées comme une « atteinte à un mythe enfantin ». C’est vous dire comme les choses ont changé. Mais la pièce a fait boule de neige parmi certains milieux étudiants, lecteurs de Charlie Hebdo et compagnie. Au fil des passages à la télé, la pièce s’est fait connaître. Je crois que, ce que les gens ont aimé, c’est la qualité des dialogues et l’originalité des situations. On était de jeunes acteurs fougueux et notre jeu tentait d’allier la sincérité à la comédie, dans un esprit de troupe où aucun personnage n’est mis en avant. Il y a le ton de la pièce aussi, iconoclaste, provocateur mais jamais méchant. Au début, on voulait un sujet tragique dont on puisse rire. Tout le monde est censé être heureux la nuit de Noël mais cette recherche de bonheur peut être tragique. On s’est amusés comme des fous à l’écrire. Aujourd’hui, je vois des ados de 12 ans voir le film pour la première fois et s’éclater. C’est une énigme !

Vous avez donné les droits de la pièce à l’équipe de Daniel Hanssens. C’est une chose que vous faites facilement ?

Nous n’avons jamais donné d’autorisation en France à des troupes professionnelles, juste à des troupes d’amateurs. Et je sais que certaines scènes sont travaillées dans les écoles de théâtre, des scènes comme celle du formulaire de la sécu ou celle des cadeaux que s’offrent Thérèse et Pierre. A l’étranger, c’est différent. On donne les droits à des compagnies professionnelles. Et puis, en Belgique, on sait que vous avez de très bons acteurs.

Quelles sont les clés de la réussite pour ce « Père Noël » au théâtre ?

La pièce est très écrite, ce n’était pas du tout de l’improvisation sur scène. Il y a de vrais personnages qui doivent être à la fois fous et sincères. Il faut trouver une certaine folie mais ne pas tomber dans la caricature même si les personnages sont extrêmes. Quand on les a écrits, on était très inspirés du cinéma italien et de Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola. Mais avant tout, je pense qu’il faut essayer de s’éloigner de ce qu’on a fait, nous.

Ce n’est pas facile ! Avec les passages réguliers à la télé, les gens sont imprégnés de vos personnages ?

C’est vrai, cela a marqué l’imagination des gens. En France, il y a eu de nombreuses tournées dans les cinémas, par exemple dans des cinés à la plage pour Les Bronzés et à la montagne pour Les bronzés font du ski. Pour Le Père Noël est une ordure, les gens sont venus à la projection déguisés en Père Noël, en Josette, etc. Les gens nous racontaient qu’ils jouaient parfois les scènes chez eux. Et puis, les gens associent ça aux soirées de fêtes. Il y a autour du film une impression de nostalgie, de convivialité aussi parce qu’on le regarde généralement en famille, qu’on le partage entre amis… et ça, c’est très fort.

CRITIQUE

Encore plus noir

Avec ce Père Noël est une ordure, le metteur en scène Daniel Hanssens sait où il met les pieds. Lui qui a adapté de nombreux succès télévisés comme Le Dîner de cons, La Cage aux folles ou encore Ladies Night récemment, a une expertise des comédies cultes.

Cette nuit de Noël s’annonce plutôt bien dans les locaux de SOS Détresse Amitié où Pierre et Thérèse sont de permanence. Les deux s’échangent leurs cadeaux : un tableau de Thérèse nue au bras d’un porc pour celle-ci et un gilet indéfinissable pour celui-ci : « Il me manquait justement quelque chose pour sortir les poubelles, » remercie Pierre. Car Le Père Noël est une ordure, c’est d’abord des répliques hilarantes qu’on connaît par cœur. Au fil de la soirée se succèdent de sacrés paumés : le voisin bulgare et ses fameux Dobitchous et autres Klougs infects, le travesti sapeur-pompier neurasthénique et la cousine de Thérèse, simplette enceinte jusqu’au cou d’un Félix violent, qui débarquera en Père Noël bourré.

Daniel Hanssens a dégoté une fameuse distribution pour ce Père Noël caustique. Citons entre autres une Marie-Paule Kumps formidablement coincée dans le rôle de Thérèse, un Pascal Racan terriblement drôle de gravité sous son rouge à lèvre et sa robe léopard ou encore un Othmane Moumen à mourir de rire en M. Preskovic qui met les pieds dans le plat (toujours répugnant) quand il ne les met pas dans d’impayables numéros folkloriques. Pourtant, à user des mêmes tics que l’équipe du Splendid, les comédiens n’arrivent pas à se détacher des personnalités immortalisées par le petit écran. Ainsi, quand Eric De Staercke y va de son « C’est c’lâ oui » surgit irrémédiablement l’image de Thierry Lhermitte. Ingrid Heiderscheidt manie à merveille le zézaiement de Josette mais, du coup, on peine à oublier Marie-Anne Chazel. Et les références belges peinent à imprimer une touche singulière à cette pièce bien huilée. Certaines mêmes, d’Anne-Marie Lizin à Yves Leterme, nous ont paru un peu forcées. Reste qu’on découvre avec bonheur une pièce qui assume quelques différences de scénarios avec le film et ravit par son humour piquant, décapant, noir de noir.

Jusqu’au 31 décembre au C.C. d’Uccle, 47 rue Rouge, Bruxelles. www.argan42.be.

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