Un voyage au pays des ombres

WYNANTS,JEAN-MARIE

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Mardi 29 décembre 2009

Scènes « Darshan », nouvelle création de Zingaro à Aubervilliers

Il y a quelques années, nous évoquions avec Bartabas, le créateur de Zingaro, le côté de plus en plus épuré de ses créations. Il nous avait alors lancé, en forme de boutade, qu’il pourrait bien, un jour, faire un spectacle équestre où les chevaux seraient invisibles. Il y est quasiment arrivé avec Darshan, sa toute nouvelle production.

Dixième spectacle de la troupe, Darshan ne sera donné qu’au siège de Zingaro, à Aubervilliers. Pas de tournée internationale mais plusieurs mois de représentation dans un espace remodelé et déroutant.

Dès l’entrée, l’étonnement est de mise. Les habituels gradins encerclant la piste de terre ont disparu. C’est au centre de l’espace que les spectateurs sont dirigés. Là, un nouveau gradin a été installé en forme de pièce montée. On s’installe donc en regardant vers l’extérieur et non plus vers l’intérieur de la salle. Autour de nous, une étroite piste de terre et, au-delà, une paroi circulaire de toile blanche. Le spectateur, encerclé, a ainsi l’impression d’être installé au cœur d’une lanterne magique du passé.

Lorsque la lumière décroît, les murs de toile se couvrent de représentations colorées de divinités indiennes tandis que le gradin entame une lente rotation sur lui-même. Etrange sensation qui durera jusqu’à la fin du spectacle, chevaux et public tournant autour d’un même axe mais à des vitesses différentes.

Bientôt, un homme surgit sur la piste de terre, tirant un cheval sur lequel sont juchés deux jeunes gens aux allures de moines bouddhistes. Derrière eux, la toile blanche s’anime. En ombres chinoises, une succession de chevaux fantomatiques apparaît.

Par la magie du théâtre d’ombres, ceux-ci semblent monter et descendre à vive allure, s’éloigner puis se rapprocher aussitôt. Sous la pluie, les cavaliers qui les accompagnent protègent leur compagnon ou s’abritent sous leurs flancs. L’un mange aux pieds de sa monture, un autre fait de même, juché sur la sienne.

L’effet est étonnant, déroutant. Comme des étoiles filantes dans un ciel d’été, les chevaux et leurs cavaliers ne font que passer laissant une trace plus ou moins nette dans l’espace qu’ils traversent.

De temps à autre, un équipage en chair et en os surgit sur la piste, les cavaliers portant alors d’étranges masques à gaz. Comme s’ils revenaient d’un futur apocalyptique. Ou comme si le seul fait de nous approcher les obligeait à prendre quelques précautions.

Hormis ces quelques échappées solitaires, tout le spectacle se déroule derrière la toile blanche circulaire. On entend, on sent la course des chevaux. On ressent leurs vibrations mais on n’en voit que les ombres. Ce parti pris gonflé génère une multitude d’images magiques rappelant l’univers de Méliès mais aussi les dessins des grottes de Lascaux lorsque l’ombre des animaux n’est plus qu’une série de traits traversant l’espace. Dans ce rêve éveillé, on croise des anges et des démons, des cavaliers à tête animale, un incroyable défilé d’animaux à bascule…

Souvent superbes ces images sont parfois un peu longues en raison d’un dispositif scénique mettant le spectateur dans une position d’attente qui détend les uns et exaspèrent les autres. Car Darshan exige une disponibilité totale, une aptitude au rêve et à l’imaginaire. Ceux qui viendront ici en attendant acrobaties et démonstration de dressage repartiront déçus. On est plus proche de la performance (et quelle performance) ou de la chorégraphie. Et dans celle-ci, ce sont les hommes et les femmes de Zingaro qui paieront de leur personne au cours d’une ultime séquence vertigineuse où tous courent à perdre haleine, durant plusieurs minutes, jusqu’à l’effondrement. Une scène qui semble surgir d’un spectacle de Pina Bausch et qui rappelle le titre d’un film culte : On achève bien les chevaux.

Jusqu’au 20 juin chez Zingaro,

176 avenue Jean Jaurès, 93300 Aubervilliers

(métro ligne 7 - Fort d’Aubervilliers).

Infos : www.zingaro.fr

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