Dans le silence ou dans le bruit

COLJON,THIERRY

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Mercredi 30 décembre 2009

Il nous a quittés cette année. Il nous a hantés toute l’année. On l’a écouté toute l’année. Il est l’artiste de l’année 2009.

Au lendemain de sa mort, le 14 mars, on était tous sonnés. Plus qu’orphelins. Seuls, désemparés, abattus. Pour s’en remettre, écouter sa musique à perte de vue, à l’arrière des berlines. Dans le silence ou dans le bruit. Avec, dans les bottes, des montagnes de questions où subsistait son écho. Il a fait hennir les chevaux du plaisir. Quand plus rien ne s’oppose à « La nuit, je mens ». Des coups de latte…

Toute l’année, on s’est passé ses chansons, ses albums, ses best of, ses live. Et puis Barclay a balancé la purée pour la période des fêtes. Du marketing ? Du pognon ? Oui, of course, mais aussi du beau travail. De l’indispensable même.

La dernière tournée ? Celle qui nous a tant fait vibrer au Cirque royal, aux Ardentes de Liège, à l’AB. Ce spectacle en tout point parfait, avec ce répertoire ciselé, esquissé comme une volute, on le retrouve en version CD (Dimanches à l’Elysée) et en DVD (A l’Olympia), séparément, avec une set-list forcément (un peu) différente. Et puis, tant qu’à parler d’images, il y a ce coffret, A l’arrière des berlines : deux DVD puisant dans les archives de l’INA, de 1980 à aujourd’hui.

Et puis, pour nous achever, le coffret de l’intégrale, À perte de vue.

Il y a d’abord eu le cube de 1992. Avec ses neuf premiers albums (dont deux live et un CD Réservé aux Indiens d’inédits et raretés). Et puis, dix ans plus tard, il y eut Les hauts de Bashung : onze albums, dont le Cantique des Cantiques, chanté avec sa douce Chloé Mons, trois live (les Confessions publiques s’ajoutant au Tour 85 et au Tour Novice). Un CD d’instrumentaux et un double CD de duos, reprises et raretés et un DVD de portraits, entretiens et scène complétaient la belle œuvre.

Qu’apporte de plus À perte de vue ? Avec L’Imprudence et Bleu pétrole, les CD studio sont au nombre définitif de douze. Au Cantique des Cantiques s’ajoute La Ballade de Calamity Jane (avec Chloé et Rodolphe Burger). Les albums live sont maintenant au nombre de cinq (avec La tournée des grands espaces et Dimanches à l’Elysée). Les instrumentaux remplissent dorénavant deux CD, puisque s’ajoutent les extraits du film Ma petite entreprise et des enregistrements récents, comme « Hier à Sousse » ou « Vénus » en version instrumentale.

Et puis, il y a surtout trois CD de documents, duos et raretés. Et c’est là qu’on se régale, puisqu’en plus des déjà publiés duos avec Noir Désir, Rachid Taha, Marc Ribot, Aston Villa ou Brigitte Fontaine, et en plus des reprises de Brel, Christophe, Annegarn, Ferrer, Manset…, il y a les sessions acoustiques de titres de Gaetan Roussel (pour Bleu pétrole), réalisées avec le chanteur de Louise Attaque. Tout ça sous forme d’un gigantesque album au format 33-tours, avec, en bonus, 25 photos tirées à part à encadrer et un livre illustré de 52 pages.

La somme d’une œuvre essentielle qui a marqué d’une pierre blanche l’histoire du rock français.

S’agit-il d’une réelle intégrale ? Non, car jusqu’ici, Bashung s’est toujours opposé à la réédition de ses nombreux 45-tours, parus entre 1966 et 1977. Tout ce qu’il a fait avant Roman photos, en fait. Et qui n’a pas marché. Bashung estimait que ces disques n’avaient rien à voir avec lui ni sa musique. Certains de ces disques appartiennent aujourd’hui à Universal. Qui, jusqu’à présent, respecte les vœux de l’artiste en ne les publiant pas. Jusqu’à quand ?…

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