Au théâtre, une voix qui se faufile

n.c.

Jeudi 31 décembre 2009

La salle en gradins s’étale derrière vous, avec une travée sur les côtés et au centre. » Loin de Corpus Christi, au Théâtre de la Place à Liège, n’échappe pas à la règle : l’audiodescription commence par quelques mots pour décrire la salle. Ça peut paraître anodin. Mais qui, arrivé dans une salle de spectacle un bandeau sur les yeux, ne se tordrait pas le cou pour découvrir la pièce dans laquelle il a atterri ?

La représentation ne commence que dans une grosse vingtaine de minutes, mais le premier rang est déjà bien rempli. Et tous ces spectateurs affichent le même curieux équipement : un casque relié à un émetteur. Pour leur permettre d’entendre les indications des audiodescripteurs sans déranger le reste du public.

« Nous ne voulons pas d’une représentation spéciale, précisent les spectateurs déficients visuels. Mais plutôt être intégrés dans la salle, avec les autres spectateurs. »

Intégrés, mais toujours au premier rang. « Parce que bien entendre ce qui se passe sur scène, ça nous permet de deviner déjà pas mal de choses », explique une spectatrice du groupe.

« Prêts ? Parlez ! »

Le rideau n’est pas encore levé, mais les audiodescripteurs sont déjà au travail.

Il faut présenter la pièce qui est jouée. Histoire, auteur, mise en scène, acteurs, costumes et décors : tout doit être bien clair dans les esprits dès avant le début du spectacle. Quitte à tricher un peu, de temps en temps : « Pour la facilité, nous nommons le premier personnage du spectacle, bien que son nom n’y soit pas cité : c’est Anne. »

« Pour moi, c’est cette introduction qui est la plus importante, explique une aveugle. Ne pas voir ce qui se passe, c’est mon quotidien. Mais, avant, je devais quand même être accompagnée au théâtre. Pour qu’on me lise le programme. Sinon, je n’arrivais pas à suivre la pièce. Maintenant, grâce au prologue, je suis tout à fait autonome. »

Lorsque la pièce commence, ne cherchez pas les spectateurs les plus attentifs dans la salle. Ils sont dans une pièce toute proche, derrière une vitre qui donne sur la scène ou face à l’écran d’une télévision. Ce sont les audiodescripteurs, qui suivent la pièce à la réplique près. Et tournent frénétiquement les pages de leur texte lorsqu’un acteur saute un passage ou intervertit deux répliques.

Un travail énorme

Ils doivent être prêts à chaque instant. Pour décrire ce qui se passe sur scène et qu’un spectateur déficient visuel ne peut pas deviner. « Ça m’aide énormément, insiste une spectatrice mal voyante. Parfois, je devine bien qu’il se passe quelque chose, mais je ne sais pas quoi. Certains gestes donnent du sens à la pièce, il ne faut pas les rater. »

Parmi la multitude de détails, il faut donc choisir les plus significatifs. Que ce soient des mouvements, des mimiques, des couleurs, des changements de décor ou même d’éclairage.

« Le jeune homme avance sa main vers le visage de Richard, qui se lève d’un bond et s’enfuit. » Ecrit comme ça, un commentaire audiodécrit, ça a l’air tout simple. Pourtant, derrière ces quelques mots, il y a un travail énorme. Pour parvenir à décrire les actions en quelques mots. Puis, pour réussir à placer ces mots entre deux répliques.

Sans anticiper, sans arriver en retard. Et en tentant de recréer l’effet que le metteur en scène a voulu produire sur le public voyant. Mais aussi, surtout, sans en dire trop…

« C’est d’abord les comédiens que nous devons entendre, insistent les spectateurs déficients visuels. Sinon, on n’est plus dans l’ambiance de la pièce. »

Pas de résultats.