Une nouvelle pulsion de vie

WYNANTS,JEAN-MARIE

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Lundi 4 janvier 2010

Scènes Rétro 2009

Curieuse année que celle qui vient de s’achever. D’un côté, elle restera marquée par une série de disparitions. De l’autre, elle a vu surgir une nouvelle pulsion de vie dans un grand nombre de spectacles.

Du côté sombre, 2009 qui avait commencé avec l’annonce de la disparition de la comédienne Monique Fluzin, se termine avec le décès de l’auteur et metteur en scène du théâtre Agora, Marcel Cremer. Sur un plan international, plusieurs très grands noms ont également disparu : les metteurs en scène Roger Planchon, Otomar Krejca, Peter Zadek et les deux géants de la danse, Pina Bausch et Merce Cunningham.

Mais la vie a aussi triomphé à de multiples reprises avec des spectacles marquants, des comédiens en état de grâce, des metteurs en scène inspirés, des chorégraphes ébouriffants. Chez nous, on se souviendra de plusieurs très beaux moments : Hamelin de Juan Mayorga, monté au Rideau de Bruxelles par Christophe Sermet, Pierre Laroche dans Le rêve d’un homme ridicule, la formidable bande de jeunes acteurs de Mars au théâtre Océan Nord ou encore Les trois vieilles avec lesquelles Jean-Michel d’Hoop a poursuivi son exploration de l’univers de Jodorowski. Du côté de la danse, Anne Teresa De Keersmaeker avec The Song, Michèle Noiret avec Demain mais aussi Claudio Bernardo avec L’assaut du ciel et Barbara Mavro Thalassitis avec l’étonnant Pavane/Objekt II ont confirmé la bonne santé de nos créateurs.

Mais le plus frappant reste Si demain vous déplaît d’Armel Roussel. Sacré meilleur spectacle de la saison lors des Prix de la critique, Si demain vous déplaît est nourri par l’expérience d’un créateur arrivé à pleine maturité et par l’apport essentiel des comédiens avec lesquels il travaille dans une démarche d’échange et de recherche permanente.

C’est aussi un spectacle symbolique d’une année où l’on a vu le défaitisme céder la place à l’envie d’en découdre, où l’on a entendu la parole d’adolescents refusant d’être considérés comme d’éternels glandeurs et clamant leur envie de vivre, de bouger, où l’aquoibonisme a volé en éclat sous les coups de boutoir de spectacles nous mettant face à nous-même à travers la magie du théâtre, de la poésie, de l’humour et de la sincérité.

Du Chagrin des ogres à Grow or Go en passant par Jeunesse blessée, Coalition et bien d’autres, nombreux furent les créateurs secouant nos habitudes, posant les bonnes questions et invitant à se prendre en main.

Loin des spectacles politiques lourdingues et bien-pensants, tous ceux-là ont su allier des propos pertinents à une forme scénique originale et passionnante. Ce fut également le cas, sur la scène internationale avec les créations de David Bobée, Joël Pommerat, Declan Donnellan, Wajdi Mouawad, Krysztof Warlikowski, Thomas Ostermeier…

Autant de formidables moments de théâtre et de vie que nos scènes ont accueillis dans la foulée de leur création.

Car c’est là aussi une des caractéristiques des douze derniers mois. À côté du travail de nos créateurs, de nombreuses scènes de la Communauté française ont présenté de grands spectacles internationaux. Non pas parce qu’ils étaient portés par des acteurs attirant les foules mais parce qu’ils apportaient d’autres regards, d’autres questions, d’autres formes. Et parce qu’il était important de les faire découvrir chez nous.

Une envie d’échanges

À l’instar de la collaboration entre le Théâtre national et le KVS, les liens entre artistes et institutions des deux communautés, flamande et française, ont continué à se développer. Et pas qu’à Bruxelles. À Mons, Liège, Charleroi, en théâtre comme en danse, les artistes flamands viennent désormais à la rencontre du public francophone. L’inverse se développe également avec de plus en plus d’artistes francophones invités dans des théâtres flamands (on verra même en 2010 un focus sur nos créateurs mis sur pied, en Flandre, avec Wallonie-Bruxelles Théâtre).

Les collaborations internationales ont aussi pris une dimension de plus en plus importante. Près de la moitié des spectacles présentés dans le programme officiel du Festival d’Avignon ont ensuite été proposés sur nos scènes. Du jamais vu. Mais le Varia, le Théâtre de la Place, le Manège.Mons, le Théâtre national, le Théâtre de Namur ou encore Charleroi-Danses ont aussi développé de nouvelles synergies avec des institutions européennes.

Ces collaborations nouvelles, un peu forcées par la crise, ont su dépasser les obligations de circonstance pour donner naissance à de nouveaux réseaux et de nouvelles solidarités.

Des mots qui semblent retrouver de l’importance comme on l’a aussi constaté à travers le succès de plus en plus important des festivals. Ceux-ci ont montré à quel point le public pouvait avoir envie de rencontres, de discussions, de questionnements, d’échanges, dans un monde où le théâtre reste l’un des seuls lieux où l’on peut encore se rassembler autour d’êtres vivants.

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