Guillaume Gallienne, l’homme à suivre
WYNANTS,JEAN-MARIE
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Mardi 5 janvier 2010
Scènes Au théâtre, en télé et en radio
entretien
Il est sorti du conservatoire de Paris en 1998 et a rapidement intégré la Comédie-Française où il interprète régulièrement les plus grands classiques. Certains l’ont découvert dans divers films français comme Jet Set ou internationaux comme Marie-Antoinette de Sofia Coppola. D’autres ne rateraient pour rien au monde ses Bonus sur Canal Plus. D’autres encore sont des fans de l’émission littéraire qu’il produit sur France Inter. Mais depuis quelques mois, toutes les facettes de cet homme étonnant se sont rassemblées pour créer le spectacle Les garçons et Guillaume à table ! Un solo autobiographique où ce comédien brillant, aussi à l’aise dans le flamenco que dans l’imitation du plus pur accent british, raconte avec humour et sensibilité les longues années d’une enfance durant lesquelles il crut être une fille. Présenté chez nous pour la première fois en décembre, ce spectacle a ravi les programmateurs présents dans la salle. On peut donc s’attendre à une tournée chez nous dans les mois à venir. Mais aussi à un film inspiré par le spectacle et à une présence accrue de ce comédien sur tous les fronts.
Comment est né ce spectacle solo ?
En 2007, un hommage à Catherine Samie était organisé à la Comédie-Française. J’y ai fait quelques imitations. Olivier Meyer, du théâtre de l’Ouest parisien, est venu me trouver après cela et m’a proposé une carte blanche dans son théâtre. Si c’était pour lire un texte avec une harpiste derrière moi, cela ne m’intéressait pas. Par contre, j’avais envie de raconter cette histoire. La mienne. Il me semblait intéressant de confronter le spectateur à un moment de vérité. Pure. Sans tomber dans la confession psychanalytique. J’ai payé quelqu’un des années pour ça.
Mon père était en train de mourir. Je venais moi-même d’être père. Tout était réuni pour me lancer dans cette aventure.
Vous vous êtes longtemps considéré comme une fille. Pourquoi ?
Une phrase que lançait ma mère quand j’étais petit : Les garçons et Guillaume, à table ! J’avais deux frères aînés. Le jour où j’ai réalisé ce qu’elle disait, je me suis dit que, pour continuer à être distingué des autres, je devais être une fille. Je l’ai été secrètement dans ma tête dix ou douze ans. Après, j’ai mis des années à faire le deuil de ça. D’abord, redevenir un garçon. Un procédé très long car je ne me sentais pas légitime dans ce rôle. J’ai découvert que dans ma famille, tout le monde me prenait pour un homo. Alors que moi, je me voyais fille. Hétéro.
Vous racontez tout cela avec beaucoup d’humour mais l’émotion est aussi très présente…
Je n’ai pas envie qu’on ait pitié de moi. Je veux juste aller au plus près de la vérité. Parce que plus on est vrai, plus on est universel. Même si votre vérité est totalement éloignée de celle des autres.
Comment êtes-vous devenu comédien ?
Ma cousine Alicia, qui était un peu comme ma sœur, est morte le 24 décembre 1990. Cela m’a fortement marqué. Je me suis dit que si je devais mourir demain, je voulais d’abord faire du théâtre. Au départ, c’était pour ne surtout pas être moi-même. Je ne m’aimais tellement pas : ce garçon qui n’était pas une fille, qui ne voulait pas être homo alors que les autres lui avaient attribué ce rôle…
Plus tard, je me suis rendu compte qu’en fait, j’étais comédien pour pouvoir être moi-même. Et plus tard encore, j’ai compris que c’était aussi pour transmettre.
Pourquoi être entré à la Comédie-Française ?
J’ai fait le conservatoire de Paris. Dès le départ, j’étais particulier. Je jouais toujours des rôles de roi ou Trigorine dans La Mouette de Tchekhov. J’étais la petite star du cours. Et je savais que ce n’était pas bon pour moi. Je savais que j’allais être utilisé pour de mauvaises raisons. Ça allait durer quelques années puis on se lasserait de moi. Quand je suis arrivé à la Comédie-Française, par contre, on m’a dit : « T’es qui toi ? » C’était ce qu’il me fallait. Pour mon premier rôle, j’avais quatre vers à dire à l’acte 4. Un jour, en sortant de scène, un acteur confirmé m’a simplement dit : « Eh bien, il t’a fallu 64 représentations mais tu l’as trouvé. »
Quel est le public qui vient vous voir en tournée ?
C’est très varié. Un jour, quand je dis le mot « salope », toute la salle frémit. Le lendemain, j’ai une salle où tous rient au moindre truc. Certains soirs, je sens qu’il y a un groupe de fans des Bonus…
Avec la Comédie-Française, les gens viennent pour le label de qualité. Ici, les gens viennent pour moi. Parce qu’ils m’ont vu dans Jet-set, sur Canal Plus, à la Comédie-Française… Et puis certains viennent pour le propos. C’est cette variété qui est excitante. C’est un nouveau défi chaque soir.