Senne polluée : l’autre explication

ROBERT,FRANCOIS

Mercredi 6 janvier 2010

Les dernières analyses des eaux de la rivière indiquent un retour à la normale. La fermeture de la station d’épuration de Bruxelles-Nord par Aquiris, entre le 8 et le 19 décembre dernier, avait provoqué une pollution majeure. L’explication ? Elle reste encore à trouver. Mais aujourd’hui, un spécialiste français de l’eau met en évidence un élément : la technologie de traitement des boues installée à Bruxelles ne conviendrait pas. Par François Robert

La fermeture de la station d’épuration de Bruxelles-Nord, entre le 8 et le 19 décembre, a provoqué une catastrophe écologique majeure en Flandre. Ces derniers jours, les relevés effectués en aval de la station (Haren) montrent que l’on revient à une situation d’avant le 8 décembre. Les dernières analyses sur la qualité des eaux de la Senne, effectuées par Bruxelles-Environnement, constatent un retour à la normale, dit le cabinet de la ministre bruxelloise de l’Environnement Evelyne Huytebroeck (Ecolo).

Rappelons que, du 8 au 19 décembre, suite à l’arrêt du traitement d’épuration décidée par l’exploitant Aquiris, filiale de la multinationale Veolia Environnement, les eaux usées de 1,1 million de Bruxellois ont été déversées dans la Senne. Dès le 21 décembre toutefois, le taux d’oxygène, indicateur significatif de la pollution par matière organique, était revenu à la normale (7,84 mg/l). Il faudra cependant des mois pour que la micro-biodiversité permette le retour de la vie dans le cours d’eau.

La fin de la crise écologique ne ferme pas le dossier. Le ministre-président bruxellois Charles Picqué (PS) a rappelé mardi sur la RTBF que l’option d’un « plan B » (les pouvoirs publics se substituent à un concessionnaire défaillant d’une infrastructure d’intérêt général) restait d’actualité. En outre, on ne connaît toujours pas les raisons de la fermeture de la station.

Deux scénarios sont envisagés. D’abord, la théorie du chantage environnemental (celle de la ministre de l’Environnement) qui veut qu’Aquiris ait fermé la station pour renégocier à son avantage les termes du contrat qui le lie à la région bruxelloise.

Deuxième scénario : l’avarie (thèse d’Aquiris) qui affirme que des gravats provenant des égouts (en piteux état) de Bruxelles encombraient ses installations au point de fermer la station pendant plusieurs jours. L’expertise contradictoire, acceptée par la Région bruxelloise et Veolia, devrait permettre d’y voir plus clair.

Reste peut-être un troisième scénario, jusqu’ici jamais évoqué. Depuis son démarrage industriel, la station ne donne pas satisfaction. Aquiris évoque le problème des sables et gravats récurrents. Mais celui des boues résiduelles l’est tout autant. En 2003, lorsque Veolia a remporté l’appel d’offres de la station Bruxelles-Nord, un élément déterminant a joué : sa capacité de gérer les boues résiduelles et éviter ainsi leur incinération.

Si l’on en croit le cabinet Huytebroeck, Aquiris se trouve contrainte, ces dernières semaines, à expédier des camions de boue en Allemagne, entraînant un surcoût de 450.000 euros par mois. On peut certes saluer la volonté de Veolia de respecter son contrat. Mais une question se pose : Veolia connaîtrait-elle de graves problèmes avec le traitement des boues d’épuration de sa station géante de Bruxelles ?

Un spécialiste français de l’eau qui suit pas à pas Veolia, Marc Laimé, journaliste « engagé », avance l’hypothèse suivante : la multinationale a développé pour la première fois à l’échelle industrielle à Bruxelles un nouveau procédé d’élimination des boues des stations d’épuration : l’oxydation par voie humide (OVH). La méthode convient bien au compost, mais beaucoup moins aux déchets industriels, et la technologie mise en place à Bruxelles ne serait pas au point. Dans cette optique, Veolia aurait profité des gravats pour fermer la station et s’attaquer à l’essentiel : la remise à niveau des installations de traitement de boue, qui lui coûte si cher.

Cette version renforce les rumeurs selon lesquelles Veolia voudrait depuis 6 mois vendre sa filiale belge Aquiris. Précisons que ce n’est qu’une hypothèse. Toujours est-il que, selon Marc Laimé, Veolia a décidé de se faire assister par l’une des plus grandes agences américaines spécialisées dans la gestion de crise, Hill & Knowlton, dont les références en la matière sont impressionnantes.

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