Des centaines d’emplois menacés

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE

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Jeudi 7 janvier 2010

Politique Fadila Laanan et André Antoine sur des longueurs d’onde différentes

Rien ne va plus au Belvédère, ce temple rock de la Citadelle de Namur où, depuis deux ans, l’ASBL Panama organise des concerts, des expos, des soirées. Panama se demande même s’il pourra survivre. L’ASBL compte trois employés, payés en partie grâce aux APE versés par la Région wallonne. Et voilà que le ministre André Antoine ne reconduit pas ces aides APE. Panama ne peut pas payer ses trois employés sur fonds propres. La structure est immédiatement menacée.

Elle n’est pas la seule. Et ses trois emplois ne sont pas non plus isolés. Des centaines d’emplois de ce genre sont concernés, dans les télés locales, les ateliers de production audiovisuelle, les centres culturels, les réseaux Plasma (Plate-forme sonore des musiques actuelles), le réseau des salles et organisateurs de concerts de la Communauté française. En Région wallonne uniquement, parce que c’est là que s’est développé le système des APE (à Bruxelles, on parle d’ACS) et c’est là que la politique de subsidiation vient de se modifier.

La Communauté française tient à permettre aux structures culturelles porteuses d’avenir de bénéficier de ces subsidiations. Le ministre Jean-Claude Marcourt avait accepté cette politique. Des structures comme Panama et bien d’autres en ont donc profité. Mais la valse des ministres a, semble-t-il, fait valser les politiques. C’est André Antoine qui s’occupe aujourd’hui de l’emploi en Wallonie. Et ses priorités ne sont plus les mêmes. Il a refusé le renouvellement des APE de Panama, il a refusé l’octroi d’APE au label Jaune Orange, comme à Anorak Supersport. Au fur et à mesure des renouvellements et des demandes, ces refus pourraient se multiplier.

La motivation d’Antoine ? Les APE de ce genre doivent être délivrées en priorité au secteur de la santé, notamment en faveur des personnes handicapées. Le problème, c’est que les aides à l’emploi culturel font toujours bien partie des priorités de la Communauté française.

Fadila Laanan : « Je ne veux pas de suppression »

« J’ai évidemment sensibilisé mon collègue le ministre Antoine à ce problème, a dit la ministre de la Culture de la Communauté française Fadila Laanan au Parlement. Aujourd’hui, la question est posée pour Panama mais d’autres dossiers sont en danger. Il n’entre pas dans mes intentions de demander de nouvelles aides tant que nous serons dans une situation économique difficile mais je ne veux pas de suppression d’emplois dans le secteur culturel car elles mettent en danger ces institutions. »

Affaire à suivre donc pour Panama et les autres structures concernées par des renouvellements. Par contre, pour les demandes de nouvelles aides, c’est sans doute râpé. C’est le cas pour les labels de musique Anorak Supersport (Jeronimo, Soldout) et Jaune Orange (Experimental Tropic Blues Band, Piano Club, Malibu Stacy, My little cheap dictaphone, Girls in Hawaii…)

« C’était notre première demande APE, après neuf ans de bénévolat total, dit Sergio Taronna, d’Anorak Supersport. On se disait qu’il était temps, avec la crise du disque, de passer à une vitesse supérieure, d’aller au dehors de nos frontières, de s’inventer en quelque sorte un nouveau métier pour placer les musiques dans les pubs, les films, etc. Et pour cela, d’avoir un travailleur temps plein. Je n’ai pas encore reçu la notification officielle du refus, mais on me l’a dit. »

« Jaune Orange travaille depuis une dizaine d’années sur une base de bénévolat. Nous voulions profiter de cette subsidiation pour nous professionnaliser, explique Jean-François Jaspers. On demandait deux équivalents temps pleins pour trois personnes. On a reçu le refus le 19 décembre. Une sacrée douche froide… »

Les deux labels continueront à travailler, à se débrouiller, d’accord. Mais pour Panama, c’est désastreux. Une pétition circule d’ailleurs sur le Net pour l’aider.

http://lapetition.be/en-ligne/petition-5852.html

repères

APE.

Aides à la promotion de l’emploi. Par ce mécanisme, la Région wallonne peut octroyer une aide annuelle visant à subsidier partiellement la rémunération de travailleurs (jusqu’à 32.500 euros).

ACS.

Agent contractuel subventionné. C’est le système de subsidiation des travailleurs, du non-marchand uniquement, en Région bruxelloise.

Pas de résultats.