Les lauriers d’Astérix
COUVREUR,DANIEL
Page 35
Mercredi 13 janvier 2010
Edition La bande dessinée échappe à la crise et vend toujours plus d’albums
Certains genres ont plus la cote que d’autres. Gilles Ratier pointe, parmi les surprises de 2009, le retour inattendu des séries historiques, le renouveau des albums jeunesse et le coup de chaud de la bande dessinée érotique. Parmi les déceptions, l’ACBD souligne le recul des recueils de BD d’humour, du fantastique, de la science-fiction et du polar. Le manga, dont le nombre de titres a explosé de 227 à 1.460 entre 2000 et 2009 subit un vrai tassement. Ces trois dernières années, les ventes se sont stabilisées autour de 1.450 publications mais avec des taux de retour importants. Selon Gilles Ratier, « il n’y a que dix séries de mangas qui assurent plus de 50 % des ventes » et « l’écart n’en finit pas de se creuser entre les best-sellers et le peloton des ventes moyennes ». Derrière Naruto (250.000 exemplaires à la nouveauté), on retrouve les stars pour ados du shônen (mangas pour jeunes garçons) et du shojo (mangas pour jeunes filles), de One Piece (80.000) ou Fullmetal Alchemist (76.000), à Nana (55.000).
Ovni dans cet univers asiatique : le manga franco-belge Dofus, dessiné par le petit prodige mouscronnois Ancestral Z : 60.000 exemplaires pour chacun des trois tomes sortis en 2009 ! Diplômé des Beaux-Arts de Tournai, biberonné à Gaston Lagaffe et aux Tuniques Bleues, héritier de Leonard le génie, Ancestral Z a tout capté de One Piece et Ranma 1/2 pour fabriquer la bombe mythologique de Dofus. Chez les classiques de l’édition franco-belge, 99 séries ont été tirées à plus de 50.000 exemplaires. Ces héros du box-office, de l’étoffe de Blake et Mortimer, Lanfeust, Astérix, Boule et Bill, XIII, Cédric, Murena, Gaston, les Schtroumpfs ou les Nombrils, ont bénéficié pour tenir leur rang de gros investissements publicitaires. Ils appartiennent quasi tous aux écuries du « G9 », le groupe des éditeurs les plus puissants du marché dont le catalogue pèse 60 % de la production annuelle de bande dessinée.
Parmi ces dominants, Média-Participations (Dargaud, Lombard, Kana, Dupuis…) conforte sa place de premier producteur d’albums en langue française avec 586 titres en 2009. Dans l’ombre de Média, le phénomène de concentration se poursuit. Le groupe Glénat, numéro 2 du marché, s’est offert la filiale BD d’Albin Michel et l’éditeur indépendant Treize Etrange. Delcourt, 3e poids lourd français de l’édition a racheté Robert Laffont BD. Enfin, Hachette s’est payé Astérix via l’acquisition chahutée (et contestée par la fille d’Uderzo) des éditions Albert-René.
Mais de bons chiffres peuvent cacher une réalité contrastée et, si la santé des gros éditeurs reste florissante, Gilles Ratier rappelle qu’il n’y a pas de BD sans auteurs. Ils sont 1.439 à tenter de vivre du 9e Art aujourd’hui. « Pour survivre, la grande majorité de ces créateurs doit avoir au moins trois albums disponibles au catalogue d’éditeurs bien diffusés et un contrat en cours, un emploi régulier dans la presse ou l’illustration jeunesse. Une situation peu enviable », conclut l’ACBD.
BD franco-belge
1. L’Anniversaire d’Astérix et Obélix, le Livre d’or. Uderzo, Albert-René, 1,2 million d’exemplaires
2. La Malédiction des trente deniers (Blake et Mortimer). Van Hamme, Sterne et De Spiegeleer, Dargaud, 500.000 exemplaires
3. Happy Sex. Zep, Delcourt, 380.000 exemplaires
4. Bien fait pour toi ! (Petit Spirou). Tome et Janry, Dupuis, 330.000 exemplaires
5. L’énigme Or-Azur (Lanfeust). Tarquin et Arleston, Soleil, 300.000 exemplaires
MANGAS
1. Naruto. Kishimoto, Kana, 6 tomes à 250.000 ex.
2. Soul Eater. Ohkubo, Kurokawa,
1 tome à 85.000 et 5 tomes à 61.000 ex.
3. One Piece. Oda, Glénat, 3 tomes à 80.000 et 2 tomes à 75.000 ex.
4. Fullmetal Alchemist. Arakawa, Kurokawa, 3 tomes à 76.000 ex.
5. Fairy Tail. Mashima, Pika, 6 tomes à 70.000 ex.
