Arrivée des secouristes belges en Haïti
n.c.
Jeudi 14 janvier 2010
Le séisme qui a ravagé Haïti mardi pourrait avoir fait plus de 100.000 morts. L’aide internationale converge vers Port-au-Prince. L’Airbus A330 transportant la soixantaine de secouristes belges y a atterri en milieu d’après-midi. L’appareil a eu des difficultés à se poser. Il transporte du matériel, dont un hôpital de campagne.
L’Airbus A330 transportant la soixantaine de secouristes belges à destination de Haïti s’est posé jeudi peu avant 15h00 (heure belge) à l’aéroport de Port-au-Prince, la capitale haïtienne, a annoncé le ministère de la Défense.
L’aéroport est rouvert depuis mercredi après-midi, mais sa capacité est limitée et il est saturé par l’arrivée de nombreux appareils, principalement militaires.
L’Airbus A330 avait quitté l’aéroport militaire de Melsbroek mercredi peu avant minuit, en emmenant une équipe du dispositif interministériel B-FAST (« Belgian First Air Support Team ») ainsi que du matériel, dont un hôpital de campagne.
L’appareil a été contraint de circler pendant plus d’une heure avant de se poser. Une diversion vers Saint-Domingue, en Républicaine dominicaine voisine, avait été envisagée avant l’atterrissage à Port-au-Prince.
L’équipe B-FAST arrivée en Haïti comprend une équipe d’intervention médicale avec un hôpital de campagne (vingt personnes), une équipe USAR (« Urban Search and Rescue Team ») de 33 personnes avec des chiens de recherche, avec quatre chiens pisteurs, et une installation de purification de l’eau potable, avec deux accompagnateurs.
Le ministère des Affaires étrangères a également dépêché un consul en Haïti, qui devra prêter assistance aux ressortissants belges qui le demanderaient, selon un porte-parole du département.
Le coût total de cette mission est estimé à 451.750 euros, dont 300.000 euros pour le transport, qui sera effectué par l’Airbus A330 de la Défense (deux allers/retours), 80.000 euros pour l’hôpital de campagne et 30.000 euros pour le système de purification de l’eau.
Les gouvernements wallons et de la Communauté française contribueront à hauteur de 100.000 euros à l’action du gouvernement fédéral en Haïti.
Les agences humanitaires sont confrontées à un « défi logistique majeur » en Haïti, où la tour de contrôle de l’aéroport ne fonctionne pas et le port a été dévasté par le séisme, a annoncé jeudi le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha).
« La priorité pour le moment est de sauver des vies, sortir des survivants des décombres, soigner les blessés. C’est l’urgence, c’est la priorité, chaque heure qui passe amenuise l’espoir », a indiqué la porte-parole d’Ocha, Elisabeth Byrs, au cours d’un point de presse à Genève.
Seize équipes de recherches « sont en train d’arriver » et 40 équipes nationales de recherches en cas de catastrophe « sont mobilisées », selon Mme Byrs, qui craint que l’acheminement de l’aide ne se heurte à de nombreuses difficultés. Elle a expliqué que la tour de contrôle de l’aéroport de Port-au-Prince était hors d’état de fonctionner, mais que des équipes s’affairaient pour tenter de la remettre en marche « en fin de journée ».
« Pour le moment, les avions (acheminant de l’aide) atterrissent à vue, c’est très ennuyeux et c’est vraiment un problème », a-t-elle expliqué, en avertissant que les Nations unies, qui coordonnent l’arrivée de l’aide, prévoyaient que l’aéroport serait « congestionné ».
Le port, situé dans la partie la plus touchée de la capitale haïtienne, « n’est pas opérationnel puisque ses trois grues ont toutes été détruites », a poursuivi la porte-parole. « Le quai est gravement endommagé et on ne sait pas quelle est le niveau des débris sous l’eau », ce qui devrait empêcher les bâtiments de guerre américains dépêchés sur place pour apporter des secours d’approcher, selon Mme Byrs.
Depuis la catastrophe de mardi, la communauté internationale s’est mobilisée pour débloquer des fonds, rechercher d’éventuels survivants et fournir au plus vite eau, vivres, abris, soins et médicaments à des Haïtiens désemparés, dans une capitale en ruines, dont les infrastructures sont anéanties.
Car c’est une course contre la montre, contre la mort, la faim et les épidémies : une aide humanitaire « massive » doit arriver « dès (jeudi) soir » en Haïti si l’on veut sauver un maximum de vies, la période devenant « critique » 36 heures après le séisme, a déclaré Olivier Bernard, président de l’ONG française Médecins du Monde.
« Des tentes, des tentes, encore des tentes (…) et un soutien financier rapide » pour secourir les milliers de victimes de ce pays, le plus pauvre des Amériques, résumait l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’OIM devait commencer jeudi à distribuer de l’aide en Haïti, en coordination avec le Programme alimentaire mondial (PAM), agence des Nations unies qui devait dépêcher deux avions transportant de l’aide alimentaire.
Le président Barack Obama a annoncé jeudi qu’il mettait toute la puissance des Etats-Unis au service d’Haïti et qu’il allait immédiatement débloquer une aide de 100 millions de dollars, après le séisme dévastateur qui a frappé la capitale Port-au-Prince mardi.
« On ne va pas vous laisser seuls, on ne vous oubliera pas », a lancé le président américain au peuple haïtien, assurant que les Etats-Unis se « tiendraient aux côtés » de son voisin du sud.
« Vous avez connu l’esclavage et lutté contre des désastres naturels. Et malgré tout, vous n’avez pas perdu espoir. Aujourd’hui, sachez que l’aide arrive », a déclaré M. Obama, entouré des ministres clés de son cabinet.
Il a promis de mettre en oeuvre « tout ce qui est en notre pouvoir », que ce soit au niveau de la « diplomatie, de l’aide humanitaire » ou de la puissance militaire. Il a également offert la « compassion » des Etats-Unis.
Le Pentagone a ordonné le déploiement d’une brigade de 3.500 soldats américains à Haïti pour participer aux efforts humanitaires et aider à maintenir la sécurité après le séisme, dont une centaine d’hommes arriveront dès jeudi, a indiqué un porte-parole de l’armée. « Ils vont fournir une aide humanitaire et aider à maintenir la sécurité », a déclaré à l’AFP Gary Tallman.
En outre, 2.000 Marines se préparent à partir de Camp Lejeune (Caroline du Nord, sud-est) sur un navire amphibie.
Le navire hopital « Comfort » se prépare également à quitter Baltimore (Maryland, est) mais aucune décision n’a encore été prise sur la date de son départ, selon le commandement régional sud (Southcom).
La secrétaire d’Etat Hillary Clinton a affirmé jeudi que l’étendue des dégâts est « inimaginable ». Elle a annulé une tournée dans le Pacifique, ainsi que le ministre de la Défense Robert Gates, pour rentrer à Washington.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé jeudi qu’il comptait ailleurs envoyer « dans les prochains jours un expert chargé du traitement et de l’identification des corps ». Le CICR doit aussi envoyer jeudi 40 tonnes de médicaments et de kits médicaux en Haïti.
Terre de séismes, le Japon a annoncé jeudi 5 millions de dollars (3,5 millions d’euros) d’aide à Haïti. Tokyo enverra aussi des biens de première nécessité d’une valeur de 30 millions de yens (230.000 euros).
Des sauveteurs belges, français, canadiens, vénézuéliens ou encore chiliens, accompagnés de chiens et de tonnes de matériel, étaient aussi attendus. Le Canada a aussi envoyé deux bâtiments militaires, des hélicoptères et des avions gros porteurs.
Les rues de Port-au-Prince sont le théâtre de pillages et de tirs, a rapporté Valmir Fachini, porte-parole de l’ONG brésilienne « Viva Rio » qui travaille au développement social en Haïti. « On ne voit malheureusement pas la Minustah (Casques bleus de l’Onu) dans les rues. Nous entendons de nombreux coups de feu sans pouvoir préciser d’où ils viennent. Les pillages ont commencé dans les supermarchés qui se sont écroulés partiellement », a raconté M. Fachini dans un courriel envoyé dans la nuit de mercredi à jeudi à l’AFP.
« Ce que nous redoutons, c’est que par la suite, si la nourriture n’arrive pas, la population commence à piller les maisons », a ajouté le porte-parole de Viva Rio qui emploie 400 Haïtiens dans des actions de développement social.
« Les tirs sont constants et on a l’impression que ce sont des familles qui tentent de se protéger des assaillants », a précisé M. Fachini. Pour l’instant, selon lui, les marchés ne sont plus approvisionnés en denrées alimentaires.
Au siège de Viva Rio, une brigade de protection communautaire, créée pour intervenir dans des situations de catastrophes naturelles, a soigné des centaines de personnes qui ont passé la nuit sur place, selon Valmir Fachini.
Les blessés continuaient à affluer pour y recevoir les premiers soins, un bain, de l’eau et un réconfort moral.
Serrés les uns contre les autres, les sinistrés du tremblement de terre scrutaient jeudi matin le ciel, dans l’espoir d’apercevoir les avions de l’aide internationale.
Le Champ de Mars, célèbre avenue de Port-au-Prince, a été transformé en un gigantesque camp de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés. Beaucoup ont tout perdu : maisons, passé, famille.
Face à eux, des bâtiments officiels broyés par la violence de la secousse, dont le Palais présidentiel et des ministères. Plusieurs membres du gouvernement seraient portés disparus.
Le tremblement de terre a balayé des infrastructures clefs, dont des installations électriques, plongeant la ville de près de deux millions d’habitants dans l’obscurité et enfonçant le pays, le plus pauvre du continent américain, dans une misère encore plus aiguë.
La secousse, de magnitude 7, la plus forte dans ce pays depuis plus de deux siècles, a laissé derrière elle d’innombrables cadavres, faisant craindre un bilan humain terrifiant.
Le Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, a dit mercredi redouter un bilan « bien au-dessus des 100.000 » morts.
Les corps retirés des décombres sont souvent alignés à même le sol, recouverts d’un drap. Les survivants errent dans les rues, tentant de dégager des blessés à mains nues.
Dans les ruines, les corps restent figés dans la position qui était la leur au moment du drame : un couple surpris pendant la sieste, des fillettes recouvertes de poussière, des femmes presque dévêtues. Dans les carcasses de voitures, gisent des corps carbonisés.
Et près de 40 heures après la catastrophe, les habitants de Port-au-Prince manquent de tout. Des « personnes meurent de froid, de déshydratation ou de blessures qui auraient pu être facilement soignées », a relevé l’ancien président américain Bill Clinton, envoyé spécial de l’ONU pour Haïti.
Deux Français, employés d’une entreprise spécialisée dans la conception de ponts, ont perdu la vie lors du séisme en Haïti, a-t-on appris jeudi auprès de la direction de leur entreprise, basée dans le Cantal. Il s’agit des deux premières victimes françaises formellement identifiées alors que plus d’un millier de Français se trouvaient à Port-au-Prince.
Pour l’heure, le SPF Affaires étrangères n’a été informé d’aucun décès de Belges dans le séisme meurtrier qui a dévasté mardi Haïti. « Le centre de crise continue à rassembler les informations et il n’y a jusqu’à présent pas de mauvaises nouvelles. »
Suite au séisme, les moyens de communication du pays sont sérieusement perturbés, ce qui entrave considérablement la collecte d’informations, surtout pour le personnel actif en dehors de la capitale Port-au-Prince. Pour tenter d’y voir plus clair sur le sort des Belges présents dans l’île, le SPF a décidé mercredi de dépêcher sur place un diplomate.
Vingt-deux membres du personnel de l’ONU ont trouvé la mort dans le violent séisme qui a frappé Haïti, a déclaré jeudi à New York le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, et environ une centaine est encore portée disparue.
M. Ban a précisé que les 22 morts étaient « 4 policiers et 18 militaires ». Il n’a pas parlé de civils.
Le chef de l’ONU a annoncé qu’un Estonien avait été extrait des décombres jeudi, après avoir été localisé par les équipes de secours. « On lui a d’abord donné de l’eau avec un tuyau, puis on a réussi à le sortir des gravats et il a été emmené à l’hôpital argentin, c’est un petit miracle, nous espérons avoir bientôt de bonnes nouvelles de lui », a-t-il ajouté.
Le décès du chef de la mission de stabilisation de l’ONU en Haïti (Minustah), Hedi Annabi, annoncé mercredi par le président haïtien René Préval, n’était toujours pas confirmé par l’ONU jeudi.
Le Comité international de la Croix Rouge a mis en place une page internet destinée à aider les Haïtiens à reprendre contact avec leurs familles frappées par le violent séisme qui a dévasté Haïti mardi.
Le site www.icrc.org/familylinks, où plusieurs centaines de noms d’Haïtiens ont déjà été enregistrés, est géré par le CICR, en collaboration avec la Société nationale de la Croix-Rouge basée en Haïti et l’ensemble du réseau Croix-Rouge dans le monde, souligne le communiqué. Les communications sont extrêmement perturbées en Haïti depuis le séisme.
AFP, Belga
