Relancer l’idée d’une coordination européenne face aux tragédies

n.c.

Samedi 16 janvier 2010

Carte blanche

Guy Verhofstadt Chef du groupe libéral du Parlement européen

Le tremblement de terre en Haïti a frappé un pays sur qui s’acharne une sorte de fatalité. Cible répétée des catastrophes naturelles, Haïti est aussi un des pays les plus pauvres du monde. Le pays commençait difficilement à se relever, avec l’appui de la communauté internationale quand ce tremblement de terre du 12 janvier a enseveli des milliers de vies.

Ce pays a besoin de tout : de l’aide humanitaire d’urgence bien sûr pour apporter les soins médicaux, l’eau et la nourriture dont les survivants ont immédiatement besoin. Mais au-delà du court terme, ce pays a surtout besoin qu’on s’occupe de lui de manière durable et organisée.

Haïti représente de fait un test pour la capacité d’agir de l’Europe hors ses frontières et un premier cas d’application concrète des dispositions du Traité de Lisbonne en matière d’action extérieure. On peut se réjouir que la Haute Représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère Catherine Ashton ait réagi promptement en tentant de coordonner la réponse européenne et en convoquant un conseil extraordinaire des Ministres, et que la Commission européenne ait rapidement débloqué une aide financière.

Mais il reste que la catastrophe a donné lieu avant tout à des réponses humanitaires nationales. Si l’élan de solidarité et la forte mobilisation des Etats membres de l’Union européenne pour répondre à l’urgence doivent être applaudis, on peut également constater le manque de réflexe européen de leur part. Chaque Etat membre envoie son propre personnel, ses propres chiens pisteurs, ses propres avions, etc. Or, l’addition des réponses individuelles organisées dans l’urgence ne sera jamais équivalente à une réponse européenne planifiée, organisée. Il n’est pas sûr que la phase de reconstruction ne suive pas le même scénario.

L’Union européenne, collectivement avec les 27 Etats membres, représente le premier donateur mondial pour l’aide humanitaire et l’aide au développement. Nous disposons d’une vaste panoplie de moyens d’instruments civils ou militaires pour répondre aux besoins d’urgence et à la reconstruction. Mais tant que perdureront les réflexes nationaux, nous ne serons malheureusement pas en mesure de tirer le bénéfice concret de ce statut virtuel de force collective.

Seule une organisation commune des capacités de protection civile et de l’assistance consulaire des Etats membres permettrait de préparer une réponse efficace et à moindre coût pour l’Union européenne. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’une addition de plans nationaux de mobilisation des moyens comme B-FAST en Belgique ; mais d’un véritable EU-FAST.

Cette idée n’est pas nouvelle. En effet, lors de notre rencontre tant commentée du 29 avril 2003, j’avais déjà proposé, avec le Président français Jacques Chirac, le Chancelier allemand Gerhard Schröder et le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, de créer cet EU-FAST (European Union First Aid and Support Team). Longuement discutée dans le cadre de la Politique européenne de Sécurité et de Défense, cette proposition a finalement échoué à cause du fait qu’un petit nombre d’Etats membres ne pouvait accepter que des moyens militaires soient utilisés pour des actions civiles et humanitaires.

La catastrophe en Haïti nous confronte une fois de plus avec le manque de coordination européenne face aux tragédies humanitaires. Il est temps de relancer l’idée d’un EU-FAST, permettant à l’Union européenne d’associer des moyens civils et militaires pour dépêcher dans les 24 heures une première aide humanitaire d’urgence. Comment ? En créant un centre permanent de coordination qui pourrait être activé dans les deux heures après une catastrophe humanitaire. En organisant des stocks permanents de matériel d’aide humanitaire à l’échelle européenne. Et en ressemblant des capacités de transport militaire mises à disposition par des Etats membres.

Le Sommet européen de 2002 avait d’ailleurs prévu de créer un instrument communautaire de gestion des catastrophes. Mais là encore, la résistance de certains Etats membres avait été trop forte. Et en 2004, la tragédie du tsunami nous avait une fois encore rappelé que le coût de la « non Europe » en matière de gestion de crise était très élevé, là où les forces envoyées par les Etats-Unis sauvaient des vies en masse et à moindre coût. En 2006, le Commissaire Barnier avait alors proposé la création d’une force commune d’intervention baptisée « Europe Aid », au plus tard à l’horizon de 2010. Mais cette fois encore, le projet est resté lettre morte, torpillé par certains Etats membres, soucieux notamment de garder la visibilité de leurs actions de réaction.

La catastrophe en Haïti place les Etats membres devant leurs responsabilités quant à l’application des dispositions du Traité de Lisbonne, particulièrement en matière de coordination et de cohérence de l’action extérieure dans ses différents volets avec le rôle renforcé du Haut Représentant pour la politique étrangère. Nous ne pouvons nous permettre de continuer à agir comme si le traité de Lisbonne n’existait pas. Il convient dès maintenant d’agir dans le sens où il a été conçu, c’est-à-dire « plus d’Europe » et cette responsabilité n’incombe pas simplement à « Bruxelles » mais tout autant aux Etats membres.

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