J’aime les filles de chez Kramix

COUVREUR,DANIEL

Page 41

Lundi 18 janvier 2010

Presse Le Lombard lance un nouveau magazine belge de BD

ENTRETIEN

Sur un marché de la presse francophone en crise, Kramix affiche l’ambition de décadenasser les mâchoires et de gommer la déprime. Disponible depuis ce week-end dans toutes les librairies qui ont le sens de l’humour, le nouveau magazine des éditions du Lombard a installé sa rédaction à Bruxelles dans l’immeuble Tintin. Sous un titre carrément belge, Kramix propose 52 pages « graphicomiques » pour 2 euros. Le premier numéro est signé exclusivement par des femmes d’exception, au rire sympa et attirant. Kramix est distribué en Belgique, en France, en Suisse, au Canada. C’est un pari sur l’avenir. Les éditions du Lombard veulent s’ouvrir à de nouveaux publics.

A 41 ans, Jean-Luc Cornette a été bombardé explorateur en chef de Kramix. Il a épinglé six Belges parmi la collection de filles qui griffent ce numéro 1. La Saint-Gilloise Peggy pastiche son idole de la télé, Kasimir. Oréli, de la galerie bruxelloise Recyclart, illustre le coming out des femmes avec l’écrivain Elisa Brune. Maureen Louys et Mille rangent le mythe de la princesse au placard. Karo joue à cache-cache avec un chat zombie. Mais où vont-elles chercher tout ça ?

Où est la ligne de « Kramix » ?

Un auteur est un auteur. Je ne fais pas de différence entre garçons et filles. Même si graphiquement, il se dégage une certaine féminité du trait dans ce premier numéro, par la suite, des mecs vont envahir le magazine. En fait, il faut chercher la ligne du journal ailleurs. Avant d’être des femmes, les auteurs choisis viennent des blogs, de l’autobiographie, plutôt que de l’aventure ou de l’heroic-fantasy. Au plan de l’esthétique, Kramix est quelque part entre Fluide Glacial et le trait spontané de la jeune génération. C’est un magazine de son époque : 2010, où les créateurs sont capables de s’emparer de tous les sujets. La sensibilité de cette nouvelle bande dessinée est difficile à définir avec des mots. Elle va se définir toute seule sous les yeux du lecteur par la cohérence de pensée qui existe entre les auteurs de Kramix. Je crois que c’est un magazine d’humour où il y a de la tendresse et de la sensibilité.

Les filles représentent à peine 10 % des créateurs de bande dessinée en langue française. Après le « coup de meuf » du numéro un, la présence féminine va s’installer dans « Kramix » ?

Quatre ou cinq d’entre elles vont revenir dans le numéro 2. Mais Kramix n’est pas un maga féminin. On fonctionne à la thématique. Il va y avoir un numéro sur la mafia, un autre sur le célibat… A côté de la quinzaine de pages thématiques, il y aura des gags, des histoires courtes avec des personnages récurrents comme Steve Lumour ou les Cousins Poe. Avec l’idée de pouvoir publier, par la suite, un maximum de ces auteurs en albums.

Quels sont les objectifs fixés par l’éditeur ?

Ils sont à la fois prudents et audacieux. C’est un bimensuel et on table sur 15.000 exemplaires par mois. Kramix sera vendu en librairie spécialisée plutôt qu’en kiosque pour éviter d’avoir des stocks gigantesques et réduire les risques de retour. Le magazine est distribué par les représentants du groupe Média-Participations, dont Le Lombard fait partie.

« Kramix » est un journal sans pub appelé à le rester ?

Je n’ai déjà pas assez de 52 pages pour caser tous les auteurs qui bossent pour Kramix, alors tant qu’on peut se passer de publicité, c’est très bien pour moi ! Le but de Kramix n’est pas d’augmenter les bénéfices du Lombard mais de renouveler son image et de montrer que nous sommes capables, en 2010, de faire autre chose que d’excellents classiques comme Thorgal, Cubitus ou Ric Hochet.

Disney et panini, maîtres de la presse de bande dessinée

En 2009, quatre magazines de création de bande dessinée ont disparu, dont le mythique Pif Gadget. Parmi les survivants, seuls 14 titres proposent des créations européennes. Selon l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée, les leaders de la presse BD appartiennent aujourd’hui aux empires Disney et Panini.

L’inoxydable Journal de Mickey tire toujours à 185.000 exemplaires et il a fait des petits à succès : Super Picsou Géant (250.000), Mickey Parade Géant (187.000), Picsou magazine (185.0000), Witch Mag (170.000), Winnie (153.000) ou Bambi (68.000). Avec le rachat des super-héros de Marvel en 2009, Disney contrôle aussi les revues Spider-Man, X-Men, Wolverine, Fantastic Four, Hulk, Ultimates… dont les ventes se situent toutes entre 15 et 35.000 exemplaires.

Spécialisé dans l’exploitation de héros sous licence étrangère, Panini est le roi de l’adaptation des personnages animés avec les revues Bugs Bunny, Scooby-Doo, Titi & Grosminet, Tom & Jerry… (30 à 120.000 exemplaires chacune).

Pour défendre l’avenir de la BD européenne, il faut se tourner vers Spirou (repassé au-dessus des 100.000), le magazine de Titeuf, Tchô ! (60.000), Lanfeust Mag (40.000), Fluide Glacial (120.000), L’Echo des Savanes (75.000), Psikopat (35.000) et le petit nouveau : Kramix (15.000). Ou des fanzines underground, dont les ventes dépassent rarement les 1.000 exemplaires.

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