Opel Anvers : coup de massue pour l’emploi
n.c.
Jeudi 21 janvier 2010
La direction de GM Europe a annoncé son intention de fermer Opel Anvers et de procéder au licenciement collectif des 2.600 personnes qui y travaillent. Quelque 5.000 emplois au total sont menacés. La production est en principe prévue jusqu’au 30 juin. Le ministre-président flamand refuse de se résigner.
Après des mois d’atermoiements, le constructeur automobile General Motors a finalement annoncé son intention de fermer cette année son usine belge fabriquant des Opel à Anvers et de procéder au licenciement collectif de ses 2.600 salariés. La fermeture devrait intervenir « courant 2010 », après les négociations avec les salariés prévues par la législation belge, a annoncé Opel dans un communiqué, confirmant des informations de source syndicale.
La production chez Opel à Anvers est en principe prévue jusqu’au 30 juin, a déclaré Luc Van Grinsven de la CSC. Les syndicats vont tout faire pour maintenir l’usine ouverte au-delà de cette date, ont-ils indiqué.
Le constructeur justifie sa décision par les « énormes surcapacités dans le secteur et en particulier chez Opel », réaffirmant que « pour assurer son existence à long terme, Opel doit réduire ses capacités au total de 20 % ».
L’usine d’Anvers est considérée depuis longtemps comme la plus menacée. Sa fermeture avait déjà été annoncée l’été dernier dans le cadre du projet de rachat d’Opel par l’équipementier canadien Magna adossé à la banque russe Sberbank.
La maison mère américaine d’Opel-Vauxhall, General Motors, a dans un deuxième temps renoncé à vendre sa filiale européenne et entrepris de la restructurer lui-même.
Les salariés attendaient depuis des mois les détails et notamment la répartition géographique de cette restructuration, censée se solder par la suppression de quelque 8.300 emplois sur près de 50.000 en Europe.
Pour Walter Cnop, secrétaire général de la branche Métal du syndicat chrétien CSC, « c’est un drame total pour les travailleurs et l’industrie belge ». Sur place, des salariés ont exprimé leur désarroi : « Nous sommes considérés comme des vieux objets », a lancé Joeri, qui travaille pour Opel depuis 22 ans. Le même salarié ne croit pas à une solution de secours. « C’est un espoir sans fondement », a-t-il estimé.
M. Cnop a précisé qu’en plus du licenciement collectif concernant les 2.600 emplois directs de l’usine, il fallait s’attendre à des dégâts sociaux collatéraux chez les fournisseurs d’Opel. « Avec la sous-traitance, il faut multiplier par trois le nombre d’emplois menacés. Il y a des sous traitants qui travaillent en exclusivité pour Anvers », a-t-il souligné.
Le chef syndical a dénoncé « l’arrogance » de la direction et une décision « basée sur des éléments politiques et nulle part économiques », allusion à des pressions attribuées au gouvernement de Berlin pour que ce soit Anvers plutôt qu’un site allemand qui soit fermé.
Les syndicats de l’usine, qui s’attendaient à l’annonce de la fermeture, avaient entamé mercredi après-midi un blocus du site pour en empêcher les voitures neuves de sortir. Ce blocus est maintenu, a précisé M. Cnop. « C’est notre stock de guerre », a-t-il commenté. Mais « on n’empêche personne d’entrer. Les pièces détachées pourront entrer ».
Les syndicats d’Anvers ont aussi l’intention d’en appeler à la solidarité européenne. « Le jour est venu de faire appel à cette solidarité des autres usines d’Opel et (de sa soeur jumelle britannique) Vauxhall », a dit M. Cnop. « Nos mots d’ordre sont : pas de fermeture, pas de lienciements forcés, répartition équitable des restrictions » entre les différentes unités européennes du groupe.
General Motors est installé à Anvers depuis 1924, initialement pour produire des Chevrolet. L’usine s’était spécialisée ces dernières années dans le modèle Astra dont 88.873 sont encore sorties de ses chaînes en 2009.
Les trois variantes de l’Opel Astra étaient assemblées à Anvers grâce à une équipe travaillant tôt et une équipe travaillant tard, après que l’équipe de nuit fut suspendue. En 1981, à son apogée, Opel Anvers occupait 12.600 travailleurs. Ils étaient encore 10.000 en 1991, un nombre divisé par deux il y a 5 ans.
Le gouvernement flamand se range entièrement derrière la position des syndicats qui veulent continuer à se battre pour le maintien d’un emploi à part entière sur le site anversois d’Opel, a affirmé jeudi soir le ministre-président flamand Kris Peeters, à l’issue d’une réunion du groupe de travail Opel organisée à son cabinet.
Le ministre-président flamand a insisté sur le fait que les syndicats n’acceptent pas que le nombre de travailleurs soit « décimé » dans l’espoir de maintenir l’usine en vie, ce qui l’encourage lui, à poursuivre le combat.
Kris Peeters a promis de prendre contact avec la Commission européenne afin de lui demander d’insister auprès de GM pour qu’il mette enfin son businessplan sur la table.
Faisant référence aux 2,7 milliards d’euros d’aide qu’espère décrocher GM, il a ajouté qu’il demanderait aussi à la Commission dans quelle mesure elle autorisera le soutien d’autres Etats membres. Pour lui, cela constitue un test important pour l’Europe et la solidarité entre les Etats membres.
M. Peeters aura demain vendredi un entretien avec le président de la Commission européenne José Manuel Baroso à propos du dossier Opel. Il se déroulera au Berlaymont à Bruxelles et le ministre-président flamand rencontrera ensuite la presse.
La ministre de l’Emploi, Joëlle Milquet, a dit prendre acte avec beaucoup de regret de la décision de la direction de General Motors Europe de fermer à terme l’usine d’Opel à Anvers. Elle regrette d’autant plus la décision qu’elle est intervenue sans se soucier du sort des milliers de travailleurs de l’usine d’Opel Anvers et des sous-traitants, dont l’usine est un client important, ni de leurs familles.
Mme Milquet évoque aussi dans un communiqué les efforts considérables des différents gouvernements du pays qui ont fortement investi pour convaincre la direction de General Motors Europe de la productivité de l’usine à Anvers et des prestations des travailleurs d’Opel Anvers ainsi que de ses sous-traitants.
La ministre rappelle encore que la procédure de la « Loi Renault », qui prévoit un certain nombre d’obligations d’information et de consultation en matière de volonté de licenciement collectif, devra être scrupuleusement respectée. Elle veillera à ce que ces obligations soient suivies et contrôlées. Mme Milquet compte désigner un conciliateur social pour soutenir si nécessaire les négociations lors de ces phases d’information et de consultation.
(Belga, AFP)
